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12/10/2012 à 13:35
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Martin Shulz, l'actuel président du Parlement européen. Martin Shulz, l'actuel président du Parlement européen. © AFP

Le comité du Nobel de la Paix a attribué son prix à l’Union européenne (UE), le 12 octobre 2012. Le rôle joué par l’organisation régionale dans le processus de pacification de l’Europe ainsi que sa capacité à renforcer les droits de l’homme et la démocratie ont été récompensés. Les responsables européens se sont dits "touchés et honorés".

Mis à jour à 15h13.

Le prix Nobel de la Paix 2012 a été décerné à l’Union européenne (UE), vendredi 12 octobre en fin de matinée. Cette distinction constitue une réelle surprise pour l’organisation régionale dont le nom ne faisait pas partie de la liste des favoris. Le peuple syrien était en revanche pressenti pour recevoir cet honneur, ce qui avait suscité quelques débats. Pas sûr que le choix du jury fasse davantage l’unanimité.

L’UE n’a pas été récompensée pour l’année 2012 en particulier, mais pour son processus d’intégration depuis 1957, qui a réussi à pacifier le Vieux Continent, théâtre de guerres fratricides pendant des siècles. Le président du comité Nobel norvégien Thorbjoern Jagland a souligné la contribution majeure apportée par l’UE « à la réconciliation, la paix, la démocratie et les droits de l'Homme ».

Réconciliation franco-allemande

Le comité norvégien du Nobel de la paix, composé de cinq membres, a quant à lui insisté sur les progrès réalisés dans les relations entre la France et l'Allemagne. Alors que les deux pays avaient connu trois guerres en 70 ans, l’intégration européenne a fait de leur réconciliation « une réalité ». Aujourd’hui, qu'une guerre mette aux prises le couple franco-allemand, moteur de l'Europe, cela apparaît « impensable », s’est réjoui le comité.

Les avancées suscitées par l’UE en termes de démocratie et de droits de l’homme constituent l’autre motivation de la récompense. Les entrées de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce au sein de l’organisation régionale, en 1980, ont notamment été conditionnées à l’établissement d’un régime démocratique dans ces États. Le comité souligne également les progrès accomplis en matière de démocratie et de droits de l’homme en Turquie ces dix dernières années, suite à l’ouverture de négociations avec l’UE.

L’élargissement de l'UE aux pays de l’ex-bloc soviétique, effectué à partir de 2004, a lui aussi été loué par le comité, qui y a vu « l’ouverture d’une nouvelle ère dans l’histoire de l’Europe ». « Il a été mis un terme à la division entre l’Est et l’Ouest ; la démocratie a été renforcée ; de nombreux conflits ethniques nationaux ont été réglés » grâce à ce processus, ajoute le comité.

Un prix Nobel par défaut ?

La contribution de l’UE à la paix sur le Vieux Continent est cependant unanimement admise depuis des années. Alors pourquoi distinguer l’UE aujourd'hui, et pas hier ? Est-ce un prix Nobel « par défaut » ? Pour éviter cette critique, le comité a tenu à expliquer son choix en le reliant aussi à l'actualité.

Ainsi, « l’admission de la Croatie comme membre, l’an dernier, l’ouverture de négociations avec le Monténégro et l’octroi du statut de candidat à la Serbie renforcent le mouvement de réconciliation avec les Balkans », précise le comité.

Surtout, l’instance souligne que l’UE traverse actuellement une période difficile, marquée par de « sérieuses difficultés économiques et une agitation sociale considérable ». Plutôt que de se focaliser sur ces tensions, le comité a affirmé avoir voulu mettre l’accent sur les réussites de l’organisation régionale. L’instance soutient que l’apport crucial de l’UE dans le passage de l’Europe de « continent de guerre à un continent de paix » entre en écho avec le critère de « fraternité entre les nations », établi par Alfred Nobel lorsqu’il élaborait le prix qui porte son nom, en 1895.

L’an passé, trois femmes avaient été récompensées conjointement : la présidente du Libéria Ellen Johnson Sirleaf et sa compatriote Leymah Gbowee, tandis que la Yéménite Tawakkul Karman représentait le Printemps arabe. L’UE rejoint notamment l’ONU et l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) au rang des organisations internationales plébiscitées ces dernières années par le prestigieux prix.

L’UE « touchée et honorée »

Le premier officiel européen à réagir a été Martin Schulz. Sur son compte twitter, le président du Parlement européen s’est dit « profondément touché et honoré que l'UE ait gagné le prix Nobel de la paix ». L’Allemand, qui préside l’institution considérée comme la plus démocratique de l’organisation régionale, a souligné que « depuis sa fondation, l'UE œuvre pour la réconciliation et cela peut servir d'inspiration à tous ». « L'UE est un projet unique qui a remplacé la guerre par la paix et la haine par la solidarité » a-t-il conclu.

José Manuel Barroso est allé dans le même sens. Cette distinction « est un grand honneur pour l'ensemble de l'Union européenne, pour ses 500 millions de citoyens », a fait savoir le président de la Commission européenne, également sur les réseaux sociaux.

Le dernier à s’exprimer a été le discret Herman Van Rompuy.  Le président du Conseil européen a affirmé que « les Européens sont parvenus à surmonter la guerre et les divisions pour former ensemble un continent de paix et de prospérité ».

Angela Merkel a été la première voix du couple franco-allemand à se faire entendre. Le porte-parole de la chancelière allemande a perçu cette récompense comme un « encouragement » pour un projet qui a contribué à pacifier l'Europe. François Hollande, en visite aujourd’hui au Sénégal avant son départ pour la République démocratique du Congo à l’occasion du 14e sommet de la Francophonie, ne s’était pas encore exprimé sur le sujet à la mi-journée. L'Élysée a néanmoins publié un communiqué pour se féliciter de la décision. « L'attribution du prix Nobel de la paix à l'Union européenne est un immense honneur », indique le texte. À travers cette distinction, chaque Européen peut éprouver une fierté, celle d'être membre d'une union qui a été capable de faire la paix entre des peuples qui s'étaient longtemps affrontés et de construire une communauté fondée sur des valeurs de démocratie, de liberté et de solidarité", ajoute la présidence. Qui conclut : « Cette récompense nous engage tous à poursuivre vers une Europe plus unie, plus juste, plus forte et porteuse de paix. »

Sur un ton moins sérieux, le Premier ministre norvégien, Jens Stoltenberg, a tenu à féliciter l’Union européenne mais a rappelé que son pays, dont les membres du comité du prix Nobel sont des ressortissants, exclut toute adhésion à l’organisation régionale.

(Avec agences)

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