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11/10/2012 à 18:24
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Ghannouchi en conversation avec des salafistes, dans la vidéo postée le 9 octobre sur You Tube. Ghannouchi en conversation avec des salafistes, dans la vidéo postée le 9 octobre sur You Tube. © capture d'écran/JA

C’est le "buzz" de la semaine en Tunisie : deux vidéos mises en ligne sur Youtube présentant Rached Ghannouchi, le président du parti islamiste Ennahdha, en entretien avec des salafistes… Édifiant.

Mis à jour le 12/10 à 09h52.

L’homme fort de la Tunisie est aussi le plus énigmatique. Depuis son retour au pays, en janvier 2011, on prête à Rached Ghannouchi un double, voire un triple langage… Sans qu’on arrive à cerner tout à fait le personnage. Mais deux vidéos, mises en ligne à deux jours d’intervalle, les 9 et 11 octobre (voir ci-dessous), permettent d’en savoir un peu plus sur le fond de sa pensée…

Selon son entourage, Rached Ghannouchi aurait été filmé à son insu pour la première vidéo, ce qui paraît peu crédible au vu de l’étroite surveillance à laquelle sont soumis ses visiteurs. Toujours est-il que le président d’Ennahdha tombe le masque. D’abord lors d’une rencontre avec des salafistes, à son bureau de Montplaisir, puis lors d’un entretien téléphonique avec l’un des chefs salafistes radicaux, Béchir Ben Hassen (où il n'apparaît pas à l'image).

Dans les deux cas, le leader islamiste confirme son intention de changer radicalement le modèle de société tunisienne, tout en opérant « par étapes », pour consolider l’enracinement de la pensée islamiste en adoptant une stratégie d’endoctrinement des masses et en particulier des jeunes. Ghannouchi balaye d’un revers de main les principes démocratiques et affirme que « lorsque nous serons forts et puissants, nous pourrons décréter des lois régissant la vie sociale et la famille selon le modèle islamique ».

La première vidéo, postée le 9 octobre :

Charia

Il ajoute que le Code du statut personnel (CSP) qui octroie de larges droits aux femmes « pourra être amendé, le jour où les islamistes auront le dessus », ainsi que la Constitution. Rached Ghannouchi ne cache plus ses objectifs : la mise en place de la charia et l’instauration progressive d’une théocratie. Interpellé après la publication de la première vidéo, il a déclaré assumer entièrement ses propos.

Mais pour lui, rien n’est encore gagné ; il tire les leçons de l’exemple algérien et considère que les islamistes ont été, en Algérie, victimes des magouilles du pouvoir. Il confie que ni l’armée, ni la police, ni l’administration et encore moins les médias, ne sont sous sa coupe. Dans tous les cas, les ennemis à abattre sont « les laïcs » qu’il accuse d’avoir la main mise sur la société tout entière.

« Aujourd’hui, les laïcs ont tout », fulmine-t-il, en assimilant sans vergogne les modernistes aux transfuges du régime de Ben Ali, les fameux « R-cdistes ». Pour remédier au problème, il charge les salafistes de travailler à islamiser la société par la base et se propose de transformer les institutions. Tout un programme… qui vise à réduire en poussière la dimension civile de l'État.

La deuxième vidéo, postée le 11 octobre :

Tempête

Un doute subsiste quand même. Faut-il s’étonner du discours que Ghannouchi tient à des salafistes ? Est-il sincère à 100% ? Avec son habitude de servir à ses interlocuteurs un discours à leur convenance, Rached Ghannouchi sème souvent le trouble. Cette fois, une chose est sûre : il a récolté une vraie tempête.

Les vidéos ont suscité de vives réactions. L’opposition et les médias s’insurgent contre les intentions de Rached Ghannouchi et les entorses à la démocratie alors que les partis d’Ettakatol et du Congrès pour la République (CPR), alliés d’Ennahdha dans la troïka gouvernementale, observent un silence étonnant.

Autre question : la diffusion des vidéos à ce moment précis n’est sans doute pas le fruit du hasard. Car elle intervient à quelques jours d’une initiative de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) qui réunit les représentants de tous les partis, des partenaires sociaux et de la société civile, afin de trouver un consensus autour d’une feuille de route jusqu’à l’achèvement de la Constitution et l’annonce de la date des prochaines élections. Si les Tunisiens ne comprennent rien de ce qui se joue, il est néanmoins certain que la manœuvre est une véritable opération de manipulation publique, qui remet en cause l’autorité du chef charismatique d’Ennahdha… puisqu’il en est la première victime.

________

Par Frida Dahmani, à Tunis

L'atteinte au sacré ne sera pas dans la Constitution, assure Ben Jaafar.

Juste après cette polémique, jeudi 11 octobre, le président de l'Assemblée nationale constituante (ANC), Mustapha Ben Jaafar a assuré que la criminalisation de l'atteinte au sacré ne serait pas inscrite dans la future Constitution tunisienne. « Il n'y aura pas de criminalisation [de l'atteinte au sacré, NDLR], bien sûr », a déclaré à l'AFP Mustapha Ben Jaafar. « Ce n'est pas parce que nous sommes d'accord avec les atteintes au sacré, mais parce que le sacré est très très difficile à définir. Ses contours sont flous et on peut l'interpréter dans un sens ou dans l'autre, d'un excès à l'autre », a-t-il souligné. Selon lui, le parti islamiste d'Ennahdha auquel son parti, Ettakatol, est allié va accepter cette position, bien que le concept d'atteinte au sacré soit au cœur de son programme politique. « Il nous arrive de discuter au sein de la troïka [la coalition tripartite au pouvoir, NDLR] et on sent qu'il y a une disposition [chez Ennahdha, NDLR] à faire évoluer les opinions, à faire bouger les lignes », a-t-il ajouté. (Avec AFP).

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