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11/10/2012 à 13:10
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Des enfants devant l'école du 2 mars à Agadir dont la façade est ornée de proverbes en tifinagh. Des enfants devant l'école du 2 mars à Agadir dont la façade est ornée de proverbes en tifinagh. © Cécile Tréal/Marocimages

La Constitution marocaine de 2011 consacre la reconnaissance officielle de la langue et de l’identité berbères. Mais des blocages demeurent, comme la réticence de certains fonctionnaires de l’État civil à enregistrer des prénoms amazighs. État des lieux.

Anvers, le 24 septembre. Le consulat du Maroc refuse d’enregistrer le petit « Mazilia » sur les registres de l’État civil. Motif invoqué : le prénom de l’enfant ne serait pas « marocain ». Alors que la Constitution de juillet 2011 érige l’amazigh au rang de langue officielle au côté de l’arabe, l’affaire est loin d’être isolée.

Depuis 2011, l’Observatoire amazigh des droits et libertés (OADL) a répertorié une vingtaine de cas du même genre où il a dû intervenir. Un chiffre qui ne reflète sans doute pas l’ampleur réelle du phénomène. « Les victimes ne connaissent pas forcément leurs droits, ce qui constitue une première barrière », explique Meryam Demnati, secrétaire générale de l’OADL. Depuis 2010, la Circulaire D-3220 du ministère de l’Intérieur autorise en effet tout prénom à « caractère marocain » - y compris les amazighs (voir encadré).

Vers une reconnaissance progressive des prénoms amazighs

À partir de 1956 : les politiques d’arabisation successives entamées à l’indépendance conduisent à la raréfaction des prénoms amazighs au Maroc : les Izza, Tafoukt, Massine, Ider, Itto, Tilila, Tiziri, Gaïa, Izza, etc… sont en voie de disparition.

1996 : Le ton se durcit encore. Une circulaire du ministère de l’Intérieur, valable jusqu’en 2002, dresse une liste de prénoms autorisés, qui en intègre seulement quelques uns d’origine amazighe, triés sur le volet. Tous les autres sont systématiquement interdits.

17 octobre 2001 : le roi Mohammed VI, au pouvoir depuis 1999, créé l’Institut royal de la culture amazighe (Ircam). L'heure de la détente a sonné.

5 février 2009 : le tribunal administratif de Meknès donne gain de cause à une famille qui s’était vu refuser le droit de prénommer son fils Sifaw et avait intenté un procès contre l’État.

9 avril 2010 : la Circulaire D-3220 du ministère de l’Intérieur autorise tout prénom à « caractère marocain », c’est-à-dire couramment usité dans le royaume. Les prénoms amazighs sont reconnus, même si leur « signification peut varier d’une région à l’autre ». La circulaire intime aussi aux agents de l’État civil de « faire preuve de souplesse » et de privilégier la conciliation en cas de divergence.

1er juillet 2011 : La nouvelle Constitution reconnaît l’amazigh comme langue officielle du royaume, au même titre que l’arabe. Le texte prévoit également la mise en place d’un Conseil national des langues et de la culture marocaine, qui veille notamment à protéger et développer l’amazigh.

En plus, en cas de refus abusif de l’administration, un véritable parcours du combattant juridico-administratif attend les familles plaignantes, ce qui décourage la plupart d’entre elles. En définitive, seule une minorité de parents concernés - les plus déterminés -, mènent leur combat jusqu’au bout, souvent avec succès. Mais les associations de défense de l’amazigh, langue parlée par au moins un quart de la population, regrettent d’être condamnées à faire preuve d’un activisme permanent pour trouver une oreille attentive sur leur dossier.

"Comportements racistes"

Pour Meryam Demnati, les refus administratifs découlent de « comportements racistes » venant de fonctionnaires trop zélés, mais aussi d’un manque de volonté politique. « Les gens doivent comprendre que le temps de la discrimination est révolu », explique la militante, qui plaide pour une campagne de sensibilisation étendue à l’ensemble de la société. Et une accélération travail législatif : « les lois organiques relatives à la langue et culture berbère, prévues par la nouvelle Constitution, commencent tout juste à être examinées par le Parlement », souligne-t-elle.

Parmi la vingtaine d’affaires recensées par l’OADL, cinq concernent aussi les Marocains résidents à l’étranger (MRE). Interrogé par Jeune Afrique, un proche collaborateur du ministre des Affaires étrangères dément tout phénomène de discrimination à l’égard des prénoms amazighs. « Ces refus sont des exceptions. S’il s’avère qu’il y a des abus, des sanctions seront prises envers les fonctionnaires responsables, en conformité avec une circulaire du ministère de l’Intérieur à ce sujet, explique-t-il. Il reste des choses à améliorer, mais les procédures sont tout de même bien plus fluides qu’avant ».

Les choses bougent

Petit à petit, les choses semblent bouger. Interpellé à deux reprises par l’OADL, le ministre de l’Intérieur, Mohand Laenser (du Mouvement populaire, un parti de base électoral amazigh), a pressé ses services de rédiger une nouvelle circulaire, rapporte le site d’information Bladi.net. Cette piqûre de rappel devrait prier les agents de l’État civil de ne pas opposer de refus à l’enregistrement d’un prénom berbère, sous réserve toutefois que ce dernier soit « compréhensible ». Mais c’est là qu’une nouvelle difficulté pourrait surgir.

« Qu’on arrête de nous embêter pour savoir quel est le sens des prénoms amazighs, on ne cherche pas à savoir quelle est la signification de Khadija ou Soukaïna », s’indigne Meryam Demnati. D’autant que le choix d’un prénom – sous réserve qu’il ne nuise pas à l’intérêt de l’enfant - fait partie des droits fondamentaux reconnus par le comité pour les droits de l’homme des Nations unies… depuis 1994.

 

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