Après les attaques non élucidées qui ont touché Goma, les rebelles du M23 ont menacé, lundi 1er octobre, d’attaquer la capitale du Nord-Kivu. Mais la menace pèserait davantage sur le Masisi et le nord du Rutshuru.
Dans les rues de Goma, l’heure est à l’inquiétude. En une semaine (les 22, 24 et 28 septembre), près d’une dizaine de meurtres non élucidés ont été enregistrés, conséquences d'attaques à main armée et à la grenade. Des « incidents sporadiques », selon la Monusco, que certains attribuent aux Forces armées de la République du Congo (FARDC), et d’autres, au Mouvement rebelle du 23 mars (M23).
Cette hausse de l’insécurité est en tout cas une conséquence directe du conflit dans le Nord-Kivu, estime Thierry Vircoulon, directeur de l'International Crisis Group (ICG, qui a publié, jeudi 4 octobre, son dernier rapport intitulé "L’Est du Congo : pourquoi la stabilisation a échoué") pour l'Afrique centrale. « C’est une guerre de réseaux financiers et commerçants entre les deux camps, explique-t-il. La dernière victime [Kambale Nzereka Mutinga, tué par balle dans la nuit de vendredi 28 septembre, en plein centre-ville de Goma] était un opérateur économique assez connu du secteur pétrolier, opposé au M23 ».
Les rebelles rejettent quant à eux le crime sur les autorités congolaises et menacent de prendre la capitale du Nord-Kivu. « Si le commandant suprême, le président Joseph Kabila, ne maintient pas l'ordre sur son armée, nous allons sauver la population qui est en train d'être tuée par elle chaque jour », a déclaré son porte-parole, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, lundi 1er octobre.
Le Masisi dans le viseur ?
Quelle importance faut-il donner à cette nouvelle déclaration, alors que s'annoncent les sommets de la Conférence internationale pour la région des Grands lacs (CIRGL), les 7 et 8 octobre, et de la Francophonie, du 12 au 14 octobre ? « Je ne pense pas que le M23 a intérêt à prendre Goma. Mettre la pression est compréhensible, attaquer moins, car la prise de la ville reste la ligne rouge de l’ONU », estime Thierry Vircoulon. Une attaque de la capitale du Nord-Kivu, où de nombreuses ONG sont présentes, serait en effet désastreuse en termes d’image, alors que le M23 tente désespérément de s’affirmer comme un interlocuteur politique crédible.
De plus, beaucoup doutent de la capacité du M23 à tenir la ville où les renforts des FARDC affluent. « Par le passé, le CNDP [Congrès national pour la défense du peuple] ne l’avait jamais prise », rappelle le chercheur de l'ICG. Mais le regard du M23 se dirige-t-il seulement vers la capitale du Nord-Kivu ?
Pour certains commentateurs, c’est surtout le nord du territoire de Rutshuru et le Masisi qui intéresse le groupe rebelle. Celui-ci s’est d’ailleurs emparé, lundi 1er octobre, de tous les villages situés sur l’axe Kiwanja-Ishasha, long de 60 kilomètres, dans le nord-est du territoire de Rutshuru (Nord-Kivu). « Sécuriser un accès vers le Masisi est essentiel pour le M23. C’est un endroit stratégique où il des affrontements pourraient éclater », explique Thierry Vircoulon. C’est notamment dans cette zone que se trouve la seule mine du Nord-Kivu autorisée à l'exportation : celle de coltan et de cassitérite de Rubaya...
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Vincent Duhem (@vincentduhem)

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