Extension Factory Builder
01/10/2012 à 09:17
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Marcus George est président de "Concerned Citizens", une association luttant contre les expulsions forcées à Port-Harcourt, au Nigeria. À l'occasion de la Journée mondiale de l’habitat, il prend la parole au nom des milliers de victimes dont il défend les droits pour interpeller le président Goodluck Jonathan.

À l’attention de Monsieur Goodluck Jonathan, Président du Nigeria.

M. le Président,

Le 27 juin 2012, à Abonnema Wharf, à Port Harcourt, dans l'État de Rivers, des milliers de nigérians ont vu leurs maisons et moyens de subsistance détruits en toute illégalité et sans préavis, sous la supervision des troupes dont vous avez le commandement.

Beaucoup se trouvaient à leur travail, dans les ministères, dans les tribunaux, dans les écoles et les universités où ils étudient ou enseignent, dans leurs magasins ou leurs ateliers, lorsqu'ils ont été alertés que des bulldozers étaient en train de détruire leurs maisons. Sous une pluie battante, des milliers de personnes ont fouillé les décombres, à la recherche du peu d'effets personnels qu'ils pouvaient sauver.

Pourtant, la Constitution dont vous êtes le garant, M. le Président, statue qu'il est du devoir de l'État de « fournir un foyer durable et acceptable à tous les citoyens » [Section 16(1)(d)]. Un droit fondamental que le Nigeria est tenu de respecter également en tant que signataire de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples.

Je vous exhorte, M. le Président, à instaurer immédiatement un moratoire fédéral sur toutes les expulsions forcées de grande ampleur et sur les démolitions de bidonvilles. Je vous demande également d’initier une enquête publique indépendante sur la démolition d'Abonnema Wharf, les démolitions à Njemanze, le 28 août 2009, et les tirs des forces de sécurité à Bundu qui ont causé la mort d'au moins une personne et en ont blessé au moins 11 autres, le 12 octobre 2009.

Est-il acceptable que des personnes et des gouvernements étrangers soient davantage préoccupés par la détresse des pauvres de notre nation que ceux qui sont chargés de les protéger ?

Des milliers de Nigérians, dont les droits sont bafoués, ont également soutenu les demandes portées par cette lettre, et ont été rejoints par des milliers de personnes dans le monde*. Est-il acceptable que des personnes et des gouvernements étrangers soient davantage préoccupés par la détresse des pauvres de notre nation que ceux qui sont chargés de les protéger ?

M. le Président, nous voulons démontrer que dans une démocratie, nos représentants élus sont les serviteurs du peuple et doivent lui rendre véritablement des comptes. Nous chercherons à obtenir le respect de procédures régulières et l'état de droit au moyen de structures légales et institutionnelles et d'instruments accessibles à tous, riches et pauvres. Nous voulons que soit mise en œuvre l'obligation de rendre des comptes au moyen des instruments fournis par les organes et cadres régionaux et internationaux. Nous voulons manifester notre volonté dans les rues de Port Harcourt en exerçant nos droits constitutionnels à la liberté de mouvement, d'association et d'expression.

Le gouvernement de l'État de Rivers a affirmé que les démolitions vont dans le sens du « développement ». Tout le monde est en faveur du développement. Cela est d'autant plus vrai pour ceux qui vivent dans des logements de qualité inférieure à la norme et qui sont privés d'accès à l'eau potable, à un service fonctionnel d'électricité et aux infrastructures routières. Une question se pose alors : les bulldozers émancipent-ils les gens de la pauvreté ou les aggravent-ils encore plus leur situation ? Qui bénéficie de ce « développement », M. le Président, si ce ne sont pas les personnes dont les vies sont détruites en son nom ?

Nous sommes prêts à faire des sacrifices pour le bien commun, M. le Président. Mais nous aurons plus de chance de l’atteindre si notre gouvernement respecte ses propres lois et les droits fondamentaux de son propre peuple. Ainsi, nous demandons que soit mis un terme aux expulsions forcées et aux démolitions illégales. Nous nous battrons pour faire de Port Harcourt une ville pour tous ses citoyens. Et nous invitons les autorités nigérianes à nous rejoindre.

________

* Lancée par Amnesty International, une pétition soutenant les victimes d’expulsions forcées à Port Harcourt a recueilli près de 10 000 signatures à ce jour.
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Nigeria

E-commerce : le nigérian Konga se déploie en Afrique de l'Ouest

E-commerce : le nigérian Konga se déploie en Afrique de l'Ouest

 Konga, coleader du commerce en ligne au Nigeria, compte se déployer dans l'ensemble de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest d'ici à la mi-2015.[...]

Nigeria : Boko Haram enlève près de 200 personnes, dont des femmes et des enfants

Les islamistes de Boko Haram ont attaqué dimanche un village dans le nord-est du Nigeria. Lors de l'assaut, 32 personnes ont été tuées et au moins 185 ont été enlevées. Parmi elles[...]

Cameroun : en riposte à Boko Haram, l'armée tue 116 de ses combattants

Les soldats camerounais positionnés à Amchidé, à la frontière avec le Nigeria, ont répliqué à une attaque de Boko Haram mercredi, tuant 116 islamistes, a[...]

Terrorisme : à Dakar, Le Drian plaide pour une "alliance régionale, continentale et mondiale"

À l'ouverture du premier forum international sur la paix et la sécurité en Afrique, qui se tient à Dakar, Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, a appelé lundi les[...]

Boko Haram : le Niger appelle à l'aide face à l'afflux de réfugiés

Le Niger a appelé vendredi à "la solidarité nationale et internationale" en vue d'éviter un "drame humanitaire" causé par l'afflux sur son sol de réfugiés du[...]

Jihad : Boko Haram plus féroce que l'État islamique

Se basant sur les données de la BBC, un centre d'études britanniques a publié mercredi un rapport aussi macabre que détaillé sur les morts causés par le jihad au cours du mois de novembre[...]

Décryptage : 3 clés pour comprendre la démocratie nigériane

Prévues en février 2015, les élections générales nigérianes approchent à grands pas. Complexe, le système politique qui régit la démocratie dans le pays est peu[...]

Nigeria : bonne chance, Jonathan !

Février 2015 n'est plus loin, cher Jonathan. Vous êtes même déjà en campagne, car vous avez décidé de demander un nouveau mandat présidentiel aux Nigérians.[...]

Présidentielle nigériane : Muhammadu Buhari affrontera Goodluck Jonathan

Ils étaient cinq candidats à espérer s'opposer à Goodluck Jonathan en février, lors de la prochaine élection présidentielle au Nigeria. C'est finalement Muhammadu Buhari, ancien[...]

L'ex-président Obasanjo poursuivi après avoir publié un livre critique envers Goodluck Jonathan

L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo (77 ans) est sous le coup d'une décision de justice lui interdisant de publier son autobiographie en trois tomes, très critique envers l’actuel[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers