Extension Factory Builder
01/10/2012 à 12:51
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
La salle du nouveau théâtre construit à Soweto. La salle du nouveau théâtre construit à Soweto. © DR

Jusqu'au 7 octobre se tient à Johannesburg la 9e édition de la biennale "Danse l'Afrique, danse". L'occasion de découvrir, à travers le travail d'une quarantaine de compagnies, la richesse de la création contemporaine panafricaine.

La biennale « Danse l’Afrique danse » s’est ouverte le 28 septembre au tout nouveau théâtre de Soweto (inauguré le 21 mai dernier) avec Nkululeko de la compagnie sud-africaine Via Katlehong Dance. Une performance haute en couleurs de pantsula. Cette pratique des quartiers populaires mêle différents styles de claquettes (tap danse et step) au gumboot, la danse des mineurs à base de frappe des mains sur les cuisses et sur les bottes en caoutchouc, le tout enrichi de l’influence du hip-hop et de la culture urbaine. Les 10 interprètes de cette compagnie qui tire son nom d’un quartier mythique de l’East Rand ont rendu hommage aux 45 mineurs tués lors des récents mouvements de contestation sociale.

Pas de concours pour cette neuvième édition de « Danse l’Afrique danse » qui se tient jusqu’au 7 octobre à Johannesburg, mais un festival panafricain co-produit par l’Institut français et le Soweto theater qui réunit une quarantaine de compagnies de tout le continent. L’occasion de présenter la richesse de la création contemporaine.

Le Sud-Africain, Lucky Pele a présenté le 28 septembre lors d’une courte performance au Soweto theater, Point 1, 2, 3, une danse toute en tension évoquant tour à tour l’emprisonnement, la violence, la mort… Une tension partagée par les Congolais de la compagnie. Dans Où vers ?, une pièce énergique qui gagnerait à être plus ramassée, les corps se bousculent, se convulsent, tentent de s’échapper et cherchent à s’exprimer. Avec cette création, DeLaVallet Bidiefono se penche sur la condition des Africaines qui doivent au quotidien affronter une société « machiste ». Charismatique, Ella Ganga – qui a dû imposer à son entourage son choix de devenir danseuse professionnelle – porte la pièce sans pour autant effacer ses partenaires.

Radhouane El Meddeb, prémonitoire

Le Tunisien Radhouane El Meddeb a fait un choix tout autre. Avec Ce que nous sommes, les pas sont plus posés. Le chorégraphe tunisien aime travailler sur la marche. Ses danseurs (trois hommes et deux femmes) traversent le plateau baigné dans la pénombre. On les devine à peine. La vue laisse la place à l’ouïe. On entend leurs déplacements. Bruits de pas sur un sol dur, gravier qui roule sous les semelles et s’effrite. Peu à peu, la lumière révèle des êtres emprisonnés dans une solitude étouffante, à la recherche de l’autre. Lequel se montre tour à tour indifférent, tendre, réceptif, amusé avant que la violence ne s’empare de lui. On se bat alors, on écrase l’autre, on essaye de le dominer, de se l’approprier, avant de le rejeter et de le violenter. Conçue en 2010, cette pièce tout en subtilité et en sensibilité pourrait tout à fait évoquer la récente histoire de la Tunisie. Radhouane El Meddeb le concède : « je l’ai écrite à la mort de mon père, mais on y retrouve tous les événements qui ont marqué la Tunisie dernièrement, avec la joie de la révolution puis la violence qui s’en est suivie. C’était prémonitoire… »

Dans un tout autre registre, le Sud-Africain Gregory Maqoma et le Congolais Florent Mahoukou ont présenté le 30 septembre une chorégraphie tout en rythme avec Wake up. Travail sur la suspension, les portés et les mouvements collectifs, cette création en cours est jusqu’à présent l’une des rares pièces présentées lors de cette édition sud-africaine qui exprime une furieuse envie de célébrer le mouvement dansé. Pas de théâtralisation ou de dramatisation excessive. Pas de propos superflu. Prometteur.

___

Séverine Kodjo-Grandvaux, envoyée spéciale à Johannesburg

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Afrique du sud

Nadine Gordimer l'Africaine

Nadine Gordimer l'Africaine

Décédée à l'âge de 90 ans le 13 juillet, la Prix Nobel de littérature aura été une militante antiapartheid de la première heure. Elle laisse une oeuvr[...]

Nadine Gordimer : disparition d'une voyante

Cette femme déterminée représentait une face de l'Afrique du Sud dont elle donnait une vision sans concession. Tout en défendant une conception exigeante de l'écrivain.[...]

Nadine Gordimer : un si long chemin

L'auteure du Conservateur, Booker Prize 1974, a porté jusqu'au bout un rêve : celui du premier jour après le racisme.[...]

Nadine Gordimer, celle qui tient tête

Frêle mais jamais fragile, l'écrivaine engagée aura affiché une volonté à toute épreuve, refusant les faux-fuyants. Portrait.[...]

Quand Nadine Gordimer invitait Jeune Afrique à dénoncer la pauvreté

Prix Nobel de littérature en 1991, la romancière sud-africaine Nadine Gordimer est décédée le 13 juillet à l'âge de 90 ans. Une figure de l'engagement contre l'appartheid dont[...]

L'Afrique du Sud honore son premier Mandela Day depuis la mort de l'icône

L’Afrique du sud fêtait vendredi l’anniversaire de Nelson Mandela, qui aurait eu 96 ans. Comme c’est désormais la tradition depuis 2010, chaque citoyen était invité à donner 67[...]

Afrique du Sud : Nadine Gordimer et la transition postapartheid

Prix Nobel de littérature en 1991, la romancière sud-africaine Nadine Gordimer est décédée le 13 juillet à l'âge de 90 ans. "Jeune Afrique" réedite une interview de[...]

Afrique du Sud : premier "Mandela Day" sans Madiba

67 minutes. C’est le temps que chaque Sud-Africain, et de nombreux autres citoyens du monde, doit consacrer pour aider son prochain à l’occasion du "Mandela Day", une journée en l’honneur[...]

Praemium Imperiale : le Nobel des arts pour le Sud-Africain Athol Fugard et la Fondation Zinsou

Les lauréats 2014 du Praemium Imperiale - qui se veut le "Nobel des arts" -  ont été présentés le 16 juillet, à Paris. Pour la première fois un artiste du continent[...]

"Moi, Nadine Gordimer, Africaine blanche"

Femme engagée dans la lutte contre l'apartheid et prix Nobel de littérature en 1991, Nadine Gordimer s'est éteinte le 13 juillet à Johannesburg, à l'âge de 90 ans. "Jeune Afrique"[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers