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28/09/2012 à 18:31
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Kewku Adoboli voulait 'augmenter son bonus' et 'satisfaire son ego', selon l'accusation. Kewku Adoboli voulait "augmenter son bonus" et "satisfaire son ego", selon l'accusation. © AFP

Accusé d'avoir causé une perte frauduleuse de 1,8 milliard d'euros à sa banque, UBS, Kweku Adoboli risque dix ans de prison. Pour dépasser ses limites de courtage, le trader d’origine ghanéenne aurait utilisé un fonds secret baptisé "Rihanna" ou "Umbrella". Ses avocats arguent qu’il n’a pas agi seul.

Si la personnalité de Kweku Adoboli et le montant des pertes qu'il a accumulées ont déjà été maintes fois évoqués depuis que la police britannique a arrêté en septembre 2011 ce jeune trader de 32 ans, fils d’un fonctionnaire ghanéen de l’ONU, un voile de mystère entoure toujours le système de fraude présumée qu'il a mis en place. La deuxième semaine de son procès, qui s'est ouvert le 10 septembre et dont le jugement est attendu le 24 octobre, a toutefois permis d’en apprendre un peu plus sur ses « magouilles ».

Le golden boy est soupçonné d'avoir fait perdre frauduleusement quelque 1,8 milliard d’euros (2,3 milliards de dollars) à sa banque, UBS, dans le seul but « d’augmenter son bonus » et de « satisfaire son égo », selon les mots de la procureure du tribunal de Southwark Crown, où le procès a lieu. Remis en liberté sous contrôle judiciaire (grâce à la surveillance d’un bracelet électronique) depuis juin, le jeune trader, qui encourt 10 ans de prison, comparaît pour deux chefs d’accusation : « abus de position » et « fraude comptable » (voir la chronologie ci-dessous).

Transaction fictives

À l’origine de l'affaire, selon le Financial Times, une simple "bourde" conduisant à une perte de 400 000 dollars, que Adoboli aurait cherché à dissimuler en falsifiant des comptes.

À l’origine de l'affaire, selon le Financial Times, une simple « bourde » conduisant à une perte de 400 000 dollars, que Adoboli aurait cherché à dissimuler en falsifiant des comptes. Le Monde croit savoir que le trader avait pour mission d’élaborer un produit financier, dit ETF (Exchange Traded Funds), un fonds qui devait suivre les évolutions du Franc suisse. Mais le quotidien français affirme qu'il y aurait eut une erreur : plutôt que de combler la hausse ou la baisse de la devise suisse par rapport à l’euro, le produit élaboré faisait exactement le contraire et amplifiait les écarts du Franc suisse vis-à-vis de la monnaie européenne.

La procureure a expliqué qu’afin de masquer ses pertes, M. Adoboli a monté de toutes pièces des transactions fictives qui lui permettaient de dépasser ses limites de courtages. En raison de ce subterfuge, le trader aurait exposé la banque suisse à des risques s’élevant à 40 millions de dollars, alors que sa limite s’établissait à 25 millions. Selon le quotidien britannique The Telegraph, il aurait misé au total douze milliards de dollars dans des transactions non autorisées.

Adoboli est comparé par l’accusation à un « parieur insouciant » : « comme la plupart des joueurs, il pensait qu'il avait la main heureuse. Comme la plupart des joueurs, quand il a perdu, il a causé le chaos et un désastre pour lui et les gens autour de lui ».

Un système bien huilé

Chronologie d’une descente aux enfers

2006 : Kweku Adoboli rejoint la banque suisse UBS, d’abord comme stagiaire.

Octobre 2008-décembre 2009 : falsification d’un registre ETF.

Janvier 2010-septembre 2011 : utilisation d’un faux compte, appelé « Umbrella », ou encore « Rihanna ».

Janvier 2011-septembre 2011 : nouveau cas de fraude.

Eté 2011 : interloqués par la hausse de revenu spectaculaire de Adoboli, ses collègues l’interrogent sur les raisons de son succès. Le trader est rapidement à « court d’excuses », selon la procureure chargée du dossier, Sasha Wass.

24 août 2011 : un responsable du « back office » de la banque suisse remarque que les comptes tenus par Adoboli contiennent des irrégularités. Le golden boy se contente d’une explication confuse.

14 septembre 2011 : le responsable d'UBS exige de connaître l’identité des interlocuteurs avec qui Adoboli a effectué des transactions. Ce dernier prétexte un problème de santé et quitte son lieu de travail. Une fois de retour chez lui, le trader adresse un e-mail au responsable dans lequel il détaille son système et avoue que les transactions n’étaient pas réelles. L’homme précise alors avoir agi seul et s’excuse d’avoir mis sa banque et ses collègues dans une situation délicate.

15 septembre 2011 : Scotland Yard arrête Adoboli.

Plus que ces manipulations, c’est l’existence d’un « fonds secret personnel » nommé « Umbrella » qui interpelle l'accusation. D’après  les mots de la procureure, celui-ci était destiné à « dissimuler les pertes et profits réalisées sur les transactions non-autorisées ».

Le cursus universitaire en informatique poursuivi par le trader avant son embauche dans la banque suisse lui aurait été très utile. Il y aurait une forte ressemblance entre Adoboli et Jérôme Kerviel, l'ex-trader français de la Société Générale : tous deux ont débuté leur carrière en s’occupant du « back office », un service qui se situe en amont des activités bancaires proprement dites. Les deux hommes ont en particulier pu y découvrir les « méthodes de surveillance des traders », dont la connaissance leur permettra par la suite d’être très au fait des astuces qui permettent d’exploiter les failles du système, pour frauder sans se faire prendre.

Le golden boy a donc pu réaliser des « transactions non-autorisées » en toute opacité dans la mesure où les profits transitaient par « Umbrella » avant d’être placés dans le registre d’UBS, lorsque'il avait besoin de dissimuler les pertes essuyées les « mauvais jours ». « Umbrella », à l’image du tube de Rihanna qui porte le même nom, représentait une affaire en or - du moins au début -, le fond secret dégageant rapidement 30 millions de dollars de profit. Amusés par le parallèle entre le titre de la chanteuse de la Barbade et le nom de son compte, Aboboli et certains de ses collègues qui étaient informés de sa duperie se sont alors mis à le surnommer « Rihanna ». Jusqu'à ce que le pot-aux-roses soit découvert.

Au début de septembre 2011, l’intervention très volontariste de la BNS (Banque nationale suisse) pour tenter de stopper l’appréciation du Franc helvétique rend la situation intenable pour Adoboli, qui ne parvient alors plus à masquer ses pertes. Ses heures étaient comptées.

Adoboli a-t-il été inspiré par Le Loup de Wall Street, un livre dans lequel Jordan Belfort, un ancien trader comme lui, décrit comment il est parvenu à détourner 200 millions de dollars avant de passer par la case prison ? La publication de ce témoignage est en tout cas intervenue deux mois avant que l’homme ne commence à frauder. Il s’agirait même du livre préféré du trader, selon The Guardian.

Adoboli a-t-il agi seul ?

Au-delà du système mis en place par le golden boy, la responsabilité de certains de ses collègues, voire d’UBS, est également mise en cause. L’avocat de Adoboli, qui plaide non coupable des charges qui sont reprochées à son client, affirme que d’autres traders de la banque suisse et même des managers étaient complices de la fraude. Le 27 septembre, la défense a accusé trois autres de ses collègues d’être impliqués dans l’affaire. Comme ces derniers nient toute responsabilité, le trader s’estime désormais victime d’un « coup de poignard dans le dos », rapporte The Guardian.

Parmi les complices présumés, seul le nom de John Hugues est sorti dans la presse. Celui-ci concède seulement avoir été « stupide » en ne dénonçant pas son collègue après qu'il l’ait informé de l’existence du fonds secret, au début de 2011.

À la même période, au cours d’une conversation sur Internet avec Adoboli, Hughes aurait expressément formulé une demande à Adoboli : inscrire sur le compte de la banque certains bénéfices réalisés à la fin de 2010 avec une date du début de 2011. Au cours du procès, Hughes, qui a été licencié par UBS après l’arrestation d’Abodoli, a reconnu que cette opération correspondait à une « manipulation de chiffres », selon Reuters.

Aucun chef d’accusation ne vise pour le moment Hughes, qui jure que cette affaire lui a causé un « énorme traumatisme », le conduisant à développer des pensées suicidaires. L'aridité des formules comptables n'exclut par les émotions. Devant le malaise exprimé pas son ex-collègue à l’audience, Adoboli aurait même essuyé quelques larmes.

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