De loin ou de près, le "bishop" Jean-Marie Runiga a côtoyé tous les anciens mouvements rebelles congolais : Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD)... Aujourd’hui leader politique du Mouvement du 23 Mars (M23), il est en première ligne pour négocier avec Kinshasa, comme il l’était autrefois lors des tractations du CNDP de Ntanganda avec Kabila, en 2009. Portrait d'un homme de l’ombre passé à la lumière.
Du prédicateur au chef rebelle : Jean-Marie Runiga n'a pas hésité à franchir le pas. L’« homme de Dieu » a pris au début de juillet les rênes politiques du M23, le principal mouvement insurrectionnel congolais qui défie depuis cinq mois l’armée à l’est de la RDC. Une posture qui propulse au-devant de la scène un homme habitué à œuvrer, bible en main, dans l’ombre de différents groupes rebelles. « Pendant l’époque de l’AFDL [Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, rébellion qui a mis fin aux 32 ans de règne de Mobutu, NDLR], je me limitais à apporter mes bons offices pour régler des différends internes », précise-t-il fièrement.
Dans une société où la religion occupe une place prépondérante, Jean-Marie Runiga a gravi les échelons grâce à son statut d’évangélisateur. Tout est parti de Kisangani, au nord-est de la RDC. À la fin des années 80, il y débarque pour poursuivre ses études universitaires après avoir décroché son diplôme d’État à Bukavu, capitale du Sud-Kivu, sa province natale. Il est accueilli par son beau-frère Safari, infirmier dans un centre de santé de la place.
« Faute des moyens financiers, Runiga n’a pas pu terminer sa formation, raconte Jean-Marie Mbundu, un commerçant qui a recueilli le jeune étudiant en difficulté pour lui proposer de devenir le gérant d’un des magasins "Mbundu et Frères" à Kisangani. On s’est connu parce que son hôte était le "médecin" de mes enfants », précise-t-il.
Montée en puissance
La rencontre des deux hommes ne se limite pas au mercantile. Le patron et son employé évoluent également ensemble dans les groupes de prière. Jusqu’à fonder leur propre église, « Jésus seul sauveur » (JSS), implantée aujourd’hui dans plusieurs villes de RDC. Après une brève direction du culte par son « frère en Christ », Runiga prend la commande. Et les titres se succèdent : pasteur, apôtre, "bishop", … Sa montée en puissance dans le milieu des « églises de réveil » coïncide avec la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda en 1998. Jean-Marie Runiga joue le jeu mais ne s’affiche pas. « J’étais devenu le conseiller spécial d’Azarias Ruberwa [le président du RCD, NDLR], mais je n’assumais aucune fonction officielle dans le mouvement », avance-t-il.
En 2003, lorsqu’un accord de partage de pouvoir est conclu entre Kinshasa et les différents groupes rebelles, le prédicateur est gratifié d’un poste de troisième rapporteur de la Commission d’éthique et de lutte contre la corruption. Deux ans plus tard, Joseph Kabila, le chef de l’État congolais, le nomme président du conseil d’administration du Fonds pour la promotion de l’industrie (FPI), pour le compte du RCD. Fonction qu’il occupa jusqu’en 2007, avant de rejoindre la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dirigée par le général déchu Laurent Nkunda.
"Fin opportuniste"
À l’éclatement du CNDP, Jean-Marie Runiga soutient le camp de Bosco Ntaganda qui s’est rapproché du gouvernement congolais pour mettre hors-jeu Laurent Nkunda. « C’est un fin opportuniste », résume Jean-Cornelis Nlandu, auteur de l'essai Les nouveaux cadres congolais – Figures d’aujourd’hui et de demain. Et de renchérir : « Runiga est un personnage qui émerge d’une nébuleuse, profitant de la force des armes pour peser sur l’échiquier politique ». Fort de ce poids politique, il négocie l’entrée du CNDP – devenu parti politique – dans la Majorité présidentielle, plateforme qui a soutenu Joseph Kabila à la dernière présidentielle. Aujourd’hui, six mois plus tard, le divorce est consommé : Runiga a repris les armes. Avec le M 23, il réclame désormais de nouvelles négociations avec Kabila.

Agadez et Arlit : le Mujao frappe le coeur du dispositif de sécurité nigérien
Niger : un jihadiste retranché "avec des explosifs" dans la caserne militaire d'Agadez
RDC : selon Ban Ki-moon, la brigade d'intervention de l'ONU sera sur pied dans "un à deux mois"







Découvrez le catalogue 2013 des Éditions du Jaguar
La campagne Pub de Jeune Afrique

Un opposant après la dispersion d'une manifestation le 23 mai 2013 à Lomé
Le porte-parole du groupe salafiste jihadiste Ansar Asharia, Seifeddine Raïs, le 16 mai 2013 à Tunis
Cette photo publiée le 22 mai 2013 par la Mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Unamid) montre une réfugiée qui a quitté les régions de Labado et Muhajeria, à l'est du Darfour
Le président du Bénin Thomas Yayi Boni, le 15 mai 2013 à Bruxelles
Des soldats nigériens patrouillent aux environs d'Agadez, au nord du Niger, le 24 septembre 2010
Des soldats nigériens patrouillent sur la route entre Agadez et Arlit, au Niger le 27 septembre 2010
Le logo du groupe Thales
Deux casques bleus de la mission des Nations unies en RDC observent aux jumelles les déplacements de rebelles du M23, le 18 novembre 2012











