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25/09/2012 à 18:38
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Deux Iraniennes dans un cybercafé de Téhéran. Deux Iraniennes dans un cybercafé de Téhéran. © Vahid Salemi/AP/Sipa

Le lancement de l’internet national iranien, le 22 septembre, suscite de vives inquiétudes dans les rangs des défenseurs de la liberté d’expression. Officiellement, il ne s’agit pourtant que de renforcer la sécurité du système informatique...

C'est fait : le 22 septembre, l’Iran a lancé sa propre version d’internet. La mise en place de ce réseau, qui concerne quelque 36 millions d’internautes, selon Internet World Stats, se fait en deux phases distinctes. Dans un premier temps, ce sont les agences administratives et les bureaux gouvernementaux qui ont été raccordés. Mais l’essentiel de l’opération se déroulera d’ici à mars 2013, quand les particuliers seront incités à utiliser le nouveau réseau.

Pour justifier le lancement de son propre internet, la République islamique invoque des impératifs de sécurité, suite à plusieurs attaques informatiques à son encontre. En se dotant d’un réseau national, les communications émanant du pays n’auront plus à transiter par des serveurs étrangers. L’Iran argue qu’avec une « souveraineté électronique » totale, il pourra mieux se défendre face aux cyber-attaques. En décembre dernier, Téhéran avait déjà rapatrié 90% des sites officiels du régime suite, notamment, aux problèmes rencontrés face aux virus Stuxnet (en 2010), Stars (2001) et Flame (2012).

Museler la population

Cependant, derrière l’objectif officiel, la mise en place de l’internet iranien haut-débit représente sans doute un cadeau empoisonné pour la population. Sous couvert de lutte contre les menaces extérieures (le Washington Post laisse entendre que les États-Unis et Israël seraient à l’origine des cyber-attaques afin d’affaiblir le programme nucléaire iranien), la version locale du web viserait surtout à renforcer la répression intérieure et le système de censure existant, mais contournable (lire l’encadré ci-dessous).

Vidé de tout contenu critiquant le régime des mollahs ou la situation économique et sociale en Iran, le réseau sera forcément politiquement correct.

Car dorénavant, la république islamique n’aura plus à se soucier des pages que visitent ses ouailles puisqu’un filtrage aura été effectué à deux niveaux. D’une part, cet « Internet halal » sera nettoyé de tout site considéré par les religieux comme avilissant. De plus, vidé de tout contenu critiquant le régime des mollahs ou la situation économique et sociale en Iran, le réseau sera forcément politiquement correct.

En parallèle, Téhéran a ordonné le blocage du moteur de recherche Google et de la messagerie Gmail, sans préciser la durée de cette interdiction. La mesure serait un moyen d’empêcher le visionnage de l’extrait du film « Innocence of Muslims » (« L’innocence des musulmans »), décrété illégal par les autorités iraniennes, qui affirment avoir agi en réponse à des plaintes émanant d’utilisateurs.

Toutefois, le blocage de Gmail survient à un « moment opportun », souligne RSF (Reporters sans frontières), alors que le régime inaugure une messagerie nationale. Laquelle constitue une réelle menace pour la vie privée des utilisateurs car l’inscription nécessite de fournir un nom, une adresse et un numéro de carte d’identité. Autrement dit, l’outil facilite considérablement l’identification et l’arrestation d’internautes « dissidents », qui n’auront plus la possibilité de se dissimuler derrière une fausse identité. RSF y voit une tentative d’« éradiquer l’anonymat en ligne ».

Internet à deux vitesses

Il s'agit d'une tentative d'"éradiquer l’anonymat en ligne" dénonce RSF.

Al-Jazira souligne qu’à l’heure actuelle, il est difficile de savoir si l’accès au réseau mondial sera coupé une fois l’immense intranet définitivement en service. Ou si les deux versions pourront cohabiter.

Un rejet total de l’internet mondial paraît cependant peu plausible dans la mesure où l’économie du pays a besoin de la Toile pour ses échanges avec l’extérieur. Des blogueurs et journalistes locaux ont d’ailleurs confié à RSF qu’ils craignaient davantage une exclusion par le prix qu’un grossier blocage.

De fait, la république islamique a prévu d'augmenter le prix des abonnements offrant accès au réseau mondial, de sorte que seuls le « gouvernement, les institutions bancaires et financières » et les plus fortunés aient accès à celui-ci, s’inquiètent les défenseurs iraniens des libertés. Dans le même temps, la population devra se contenter d’un Internet national, certes plus rapide (le débit sera quasiment équivalent à celui de l’ADSL français) et accessible financièrement, mais complétement aseptisé.

Reza Moini de RSF indiquait sur France 24 que le régime pourrait aussi être tenté de réduire la vitesse de connexion jusqu’à rendre quasi-impossible la navigation sur le World Wide Web, contraignant les Iraniens à utiliser « l’Internet propre ». RSF nuance néanmoins la portée du déploiement de ce réseau national, qui ne saurait représenter un changement majeur, dans le sens où son principe est déjà inscrit dans la « réalité depuis des années », les Iraniens étant « condamnés à consulter une version du Web autorisée par le régime, donc nettoyée de critiques politiques, sociales ou religieuses ».

Une « balkanisation » de la Toile, évoquée par RSF, est-elle à craindre au niveau mondial ? En 2010, la Birmanie a instauré son Internet national, avec une version pour le gouvernement, une pour l’armée et une autre pour la population, rapporte le site d'information Street Press. Dans les années à venir, les web nationaux pourraient ainsi se multiplier au sein des régimes autoritaires.

L'internet iranien entre filtrages et ralentissements

Depuis 2009 et les manifestations qui ont éclaté après la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad au poste de président, les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, YouTube notamment) ont été bloqués en Iran. Il n’a pas échappé à Téhéran que ces outils ont joué un rôle majeur dans la mobilisation du peuple à l’époque.

Les pages considérées comme contraires à la morale sont bloquées, comme la plupart de celles consacrées aux programmes qui offrent la possibilité de contourner les filtrages. De même, l’accès à certains sites d’informations, perçus comme des instruments au service des pays occidentaux pour déstabiliser l’Iran, est interdit.

Cependant, grâce au recours aux adresses VPN (Virtual private network, un programme qui permet de court-circuiter la censure en attribuant une fausse adresse, située à l’étranger, à l’ordinateur), les utilisateurs peuvent accéder aux médias sociaux et aux sites censurés par le régime.

La république islamique a toutefois réussi à rendre inopérants, plusieurs jours durant, les ports VPN et elle s’arrange également pour que le débit internet soit si faible en Iran qu’il ne permette pas de visionner une vidéo en streaming.

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