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24/09/2012 à 08:32
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Aboudou Touré Cheaka, le 8 septembre à Bamako. Aboudou Touré Cheaka, le 8 septembre à Bamako. © Baba Ahmed

Grâce à l'accord entre Bamako et la Cedeao, rendu public le 23 septembre, une opération militaire ouest-africaine au Nord-Mali se dessine enfin à l'horizon. Mais sous quelle forme ? Le représentant spécial d'Alassane Ouattara (président en exercice de la Cedeao) au Mali, Aboudou Touré Cheaka, a accepté de recevoir Jeune Afrique durant plus d’une heure à son hôtel bamakois, pour nous dévoiler en exclusivité les détails de la future Mission de la Cedeao au Mali (Micema). Interview.

Jeune Afrique : Quelles troupes la Cedeao a-t-elle prévu de déployer à Bamako ?

Aboudou Touré Cheaka : Nous avons retenu le déploiement d’un dispositif de sécurité formé d’une unité mixte de police et de gendarmerie comptant entre 128 et 135 personnes, au maximum, pour assurer la sécurité de la représentation spéciale de la Cedeao à Bamako, mais aussi celle de l’équipe de la coordination stratégique de la Micema qui devrait s’installer à Bamako.

Mais elle devra aussi s’occuper de la sécurité du personnel international qui pourra être sollicité dans le cadre de l’intervention de la Micema et, de manière ponctuelle, des vols qui seraient organisés pour le transport d’équipement, l’approvisionnement…

Qu’en est-il de la force spécialisée pour former les soldats maliens ?

C’est une unité formée là aussi de policiers et de gendarmes spécialisés qui répond exactement à la demande d’aide malienne. Elle sera également basée à Bamako et comprendra l’ensemble des techniciens et experts pour la formation en matière de police scientifique, de détection de métaux, de déminage.…

Pourquoi la Cedeao a-t-elle insisté pour baser la Micema à Bamako ?

Qu’on se dise la vérité. S’il n’y avait pas de base à Bamako, la Cedeao n’aurait aucun moyen de mobiliser de l’équipement ou l’expertise nécessaire pour appuyer ses dispositifs au front. On ne peut pas demander à une mission qui vient dans un pays de ne pas s’installer près de la capitale où se trouvent tous les centres des décisions politiques, financiers et tous les dispositifs de communications, de gestion des relations avec les partenaires…

Il est clair que les bataillons demandés par la partie malienne ne viendront pas à Bamako, ils iront directement sur le champ de bataille. Mais avant tout engagement sur le terrain, la Micema doit s’installer au niveau de la capitale pour mieux coordonner ses activités avec les responsables maliens.

Mais une force combattante de la Cedeao pourrait être basée à Koulikoro...

C’est l'un des détails qu’il faudra sans doute discuter. Il s’agirait d’une compagnie légère qui serait basée à Koulikoro, c'est-à-dire à 60 km hors de la ville de Bamako, puisque la partie malienne soutient toujours que la présence de combattants de la Cedeao dans la capitale peut choquer la population, etc.

Si les hostilités sont déclenchées au Nord, Bamako va être en ébullition. Des cellules terroristes dormantes peuvent exister, des tentatives de déstabilisation peuvent survenir.

C’est sur la proposition du chef de l’état-major malien que Koulikoro a été retenu comme point à la fois suffisamment éloigné de Bamako pour ne pas brusquer les esprits mais également assez proche. Car si les hostilités sont déclenchées (au Nord), Bamako va être en ébullition. Des cellules dormantes [terroristes, NDLR] peuvent exister, des tentatives de déstabilisation peuvent survenir. Et au-delà des institutions maliennes, il y a beaucoup d'institutions internationales, comme les ambassades étrangères, qui peuvent faire l’objet d’attaques.

Comment les bataillons de la Micema vont-ils évoluer aux côtés de l’armée malienne ?

Le déploiement de la Micema va se faire de manière séquentielle. L’installation de son siège à Bamako, le renforcement des capacités miliaires maliennes, la mise en place des bataillons de sécurisation entre la ligne de front et le sud du pays… Tout cela peut être prêt en cinq à six semaines. L’intervention proprement dite se fera en fonction des renseignements provenant du terrain. Le principe est que les soldats maliens seront devant et les cinq bataillons ouest-africains derrière, en appui. En ce qui concerne la couverture aérienne, on a besoin de la communauté internationale. Mais avec la future résolution des Nations unies, nous n’aurons pas de souci pour cela.

En plus des avions du Nigeria et du Niger, il y a la possibilité que des pays comme la France et d'autres puissances aériennes aident l’opération. Mais tous les détails seront définis au moment opportun. Le scénario de l’intervention est, lui, déjà établi. Le jour où le Conseil de sécurité de l’ONU donnera mandat d’intervenir au Mali, les chefs des pays de la Cedeao se réuniront pour donner l’ordre à leurs armées d’entrer en action.

Quelle sera la place de la médiation à ce moment ?

La médiation avait pour rôle de faire comprendre au MNLA que l’intégrité territoriale du Mali n’est pas négociable, et à Ansar Eddine que la laïcité du pays n’est pas discutable. Maintenant, même pendant les combats, le dialogue reste toujours valable. On peut revenir à de meilleurs sentiments et suspendre les combats pour trouver des solutions par le dialogue.

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Propos recueillis par Baba Ahmed, à Bamako
 

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