Fin connaisseur du continent et des joueurs africains, le sélectionneur de la RDC, Claude Le Roy, en est convaincu : l’intégration au club est déterminante pour la carrière du joueur. Mais aussi pour éviter que ce dernier ne fasse davantage parler de lui à travers ses frasques que grâce à ses actions sur le terrain. Interview.
Jeune Afrique : Comment expliquez-vous les frasques de certains joueurs africains ou d’origine africaine ?
Claude Le Roy : D’abord, ces cas sont de plus en plus rares, car les joueurs sont de plus en plus vigilants. Bien sûr – et cela ne concerne pas uniquement les Africains –, ils ont tendance à s’acheter de grosses voitures, des montres hors de prix… Mais ils sont plus prudents qu’avant, parce qu’ils savent que le football est un vecteur de réussite sociale après la carrière. C’est la même chose pour les joueurs européens de milieu très modeste. Ils ont en tête les exemples de ceux qui se sont retrouvés sans rien après avoir quitté les terrains. Autre aspect, ils se savent observés par leur famille.
L’accueil du club peut-il dicter la suite de la carrière ?
Oui. Mais parfois, les clubs veulent trop bien faire. Je me souviens du Camerounais Emile Mbouh. Au Havre, il avait été installé dans un très bel appartement. Il aurait été préférable de le loger au centre de formation. Il se serait senti plus entouré. Au lieu de cela, Mbouh s’est mis à déprimer. Ce n’est pas facile pour un Africain d’arriver en Europe. Il se retrouve souvent seul, face à une autre culture, parfois une autre langue, un climat différent, des habitudes alimentaires nouvelles. Sans parler des règles imposées aux professionnels en Europe, qui ne sont pas les mêmes que chez lui.
Mario Balotelli doit faire attention à ne pas gâcher sa carrière à cause de ses frasques. Il est arrivé à un âge, 22 ans, où il doit faire très attention…
Cela peut donc conduire à des échecs et à des dérapages ?
Bien sûr ! Si un joueur se sent mal, il va déprimer seul dans son coin, se couper du groupe ou multiplier les « conneries ». C’est pour cela qu’un entraîneur, qui est aussi un éducateur, ne peut pas tenir un discours uniforme. Prenez quelqu’un comme El Hadji Diouf. Il faut lui parler, tout lui expliquer, le responsabiliser, mais se montrer intransigeant. Et il peut vous emmener très loin. Idem avec Trésor Mputu [TP Mazembe de Lubumbashi, NDLR]. On m’avait dit qu’il était ingérable, or cela se passe très bien ! J’en ai fait mon capitaine en sélection, pour lui montrer qu’il est important… Mais il doit respecter les règles collectives. C’est une condition non négociable !
Que pensez-vous du cas Mario Balotelli ?
Quand j’étais sélectionneur du Ghana, j’avais tenté de le convaincre de jouer pour son pays. Mais pour lui, il en était hors de question. Il a été abandonné très jeune, puis adopté… Il n’a pas eu une enfance facile, et je crois que cela explique en partie son comportement. Balotelli a un talent immense. Cesare Prandelli, le sélectionneur de l’Italie, semble savoir le gérer. Mais ce joueur doit faire attention à ne pas gâcher sa carrière à cause de ses frasques. Il est arrivé à un âge, 22 ans, où il doit faire très attention…
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Propos recueillis par Alexis Billebault
Lire aussi, dans Jeune Afrique N° 2697, en kiosques du 16 au 22 septembre : "Foot, fric et frasques"

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