Recherché depuis la violente manifestation devant l’ambassade américaine, vendredi 14 septembre à Tunis, le leader salafiste radical Abou Iyadh nargue les autorités. Avec un certain sens de l’esquive...
Il a pris son nom de guerre, Abou Iyadh al-Tounsi (« le Tunisien »), dans les camps djihadistes d’Afghanistan et du Pakistan. Depuis les scènes d’émeutes meurtrières survenues vendredi dernier devant l’ambassade des États-Unis, à Tunis, ce salafiste radical est activement recherché par les services de police.
De son vrai nom Seifallah Ben Hassine, Abou Iyadh est accusé d’avoir appelé à la manifestation anti-américaine qui a coûté la vie à quatre personnes et fait des dizaines de blessés. S’il n’était pas sur place vendredi après-midi, le leader du mouvement Ansar al-Charia aurait notamment donné des instructions à ses fidèles par téléphone.
Une descente a d’abord lieu chez lui, samedi matin. Sans succès. Le lendemain, dimanche, sa présence est signalée par un journaliste de Shems FM au cimetière El Jellaz, à Tunis. Abou Iyadh est venu assister aux funérailles d’un salafiste tué dans les affrontements de l'ambassade américaine. Malgré une forte présence policière sur place, l’ancien djihadiste parvient à s’échapper sans problèmes.
Lundi 17 septembre, le prédicateur à la longue barbe noire remet le couvert. À la mi-journée, il déboule en moto avec sa garde rapprochée à la mosquée El Fath, bastion salafiste situé dans le centre de la capitale tunisienne. Abou Iyadh monte à la tribune. Il réclame la démission du ministre de l’Intérieur, Ali Larayedh, qu’il tient pour responsable des violences de vendredi. Protégé par ses partisans, il prend ensuite la poudre d’escampette, se jouant avec une étonnante facilité de l’important cordon policier déployé à l’extérieur de la mosquée. Officiellement, les forces de l’ordre l’auraient plus ou moins laissé filer, afin de ne pas provoquer d’affrontements avec les nombreux salafistes présents dans et autour de la mosquée.
Une carrière de djihadiste international
Abou Iyadh gravite depuis de longues années dans les milieux islamistes radicaux. Il fréquente d’abord le Front islamique tunisien (FIT), branche armée d’Ennahdha, fondée en 1986 par un certain Rached Ghannouchi. Dans les années 1990, il prend la direction de l’Afghanistan et du Pakistan, séduit par les idéaux de guerre sainte et de djihad. Là-bas, il fonde avec Tarek Maaroufi sa propre cellule terroriste, le Groupe combattant tunisien (GCT), réputée proche d’Al-Qaïda. Le GCT restera célèbre pour avoir organisé l’attentat-suicide contre le commandant Massoud, assassiné par deux faux journalistes tunisiens quelques jours avant les attaques du 11 septembre 2001.
Le leader du GCT sera finalement arrêté en Turquie en 2003. Il est extradé vers la Tunisie, où il est condamné à soixante-quatre ans de prison. En mars 2011, il bénéficie de l'amnistie accordée aux prisonniers salafistes après la révolution. Abou Iyadh fait alors son retour sur la scène nationale, usant régulièrement de ses talents de provocateurs pour défendre l’application de la charia. Devenu trop dérangeant, il est désormais la cible numéro un du ministère de l’Intérieur tunisien.

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