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14/09/2012 à 17:32
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L'ambassade d'Allemagne à Khartoum en flammes, le 14 septembre 2012, après une attaque. L'ambassade d'Allemagne à Khartoum en flammes, le 14 septembre 2012, après une attaque. © Ashraf Shazly/AFP

Liban, Égypte, Soudan, Tunisie, Yémen, Pakistan... Dans la foulée de l'attaque du consulat américain de Benghazi, le 11 septembre, qui a entraîné la mort de quatre fonctionnaires américains, dont l’ambassadeur Christopher Stevens, de nombreuses manifestations - plus ou moins violentes - étaient en cours dans l'après midi du vendredi 14 septembre. Toujours pour protester contre le film anti-musulmans « Innocence of Muslims ». On compte six morts à travers le monde.

Mis à jour le 15/09 à 09h43.

Ce vendredi 14 septembre était classé « à haut risque » par plusieurs experts du monde arabe. À juste titre : il s'agissait du premier vendredi, jour saint pour les musulmans, après l’indignation suscitée par le film polémique et islamophobe « Innocence of Muslims »  (« L’innocence des musulmans ») dans le monde arabo-musulman. Comme au moment du Printemps arabe, les manifestations ont souvent lieu après la grande prière du vendredi. La visite du pape au Liban, du 14 au 16 septembre, risque en outre de jeter de l’huile sur le feu dans ce pays à la fragile mosaïque confessionnelle.

« C'est un jour à haut risque d'abord parce que c'est un jour de prière collective, mais aussi parce qu'il y a eu un appel de tous les groupes islamistes égyptiens pour manifester ce jour après la prière », a ajouté l'islamologue Mathieu Guidère sur Europe1. Malek Chebel, autre islamologue, a dit « craindre un embrasement généralisé », dans un entretien accordé à Direct Matin.

Tunisie : les salafistes incendient l’ambassade américaine à Tunis, deux morts

Libye : manifestations pro-américaines

C’est l’exception qui confirme la règle : des manifestations pro-américaines ont été organisées en Libye, notamment à Benghazi. Les manifestants ont adressé des messages de soutien et d’excuses au peuple américain. On pouvait lire sur des pancartes « Nous sommes désolés pour le peuple américain, ce n’est pas le comportement que prône notre islam » [en référence à l’attaque de l’ambassade libyenne, le 11 septembre), « Benghazi est contre le terrorisme », ou encore « Chris Stevens était l’ami de tous les libyens » rapporte le Daily Mail. Le nombre de manifestants n’a pas été communiqué.

Environ un millier de salafistes se sont massés devant l’ambassade des États-Unis dans la banlieue de Tunis. Ils ont ensuite lancé des pierres et des pavés en direction des forces de l’ordre, qui auraient répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes. Mais les manifestants ont pris le dessus et ont forcé les portes de la représentation diplomatique, dont ils ont ensuite incendié deux bâtiments. L'armée a dû finalement intervenir, avec l'aide de trois chars. La manifestation a été maîtrisée vers 18 heures locales. Le bilan des violences est de deux morts.

>> Tunisie : deux morts dans l'attaque de l'ambassade américaine par des islamistes

Un mort au Liban

Les premiers incidents ont éclaté au Liban, où des affrontements entre les forces de l’ordre et des manifestants islamistes ont fait un mort et 25 blessés à Tripoli (Nord), a confié un responsable des services de sécurité libanais à l’AFP.

Selon lui, environ 300 manifestants islamistes ont mis le feu à des fast-foods nord-américains (un KFC et un Arb’ys), afin de protester contre le film anti-islam, produit aux États-Unis. Les manifestant s’en sont ensuite pris aux forces de l’ordre, qui ont ouvert le feu et tué un des protestataires. Parmi les 25 blessés, 18 seraient des policiers, touchés par des pierres et du verre.

Des Libanais détruisent un fast-food américain, le 14 septembre 2012 à Tripoli, au Liban.

© AFP

Égypte : affrontements sporadiques mais violents, un mort

En Égypte, où des manifestations importantes étaient attendues après celles, quotidiennes, qui se sont tenues ces derniers jours, la situation est peut-être plus calme que prévue. Les Frères Musulmans ont annoncé qu’ils n’appelaient plus à manifester dans tout le pays mais seulement à une grande manifestation pacifique au Caire sur la symbolique place Tahrir. Les islamistes souhaitent éviter tout débordement alors que la violence est montée d’un cran ces derniers jours.

Des heurts ont toutefois eu lieu près de l’ambassade américaine, où des jeunes manifestants ont défié les forces de l’ordre. La police a érigé un mur alors que les deux camps continuent de s’affronter à coup de jets de pierres et de grenades lacrymogène, en fin d’après-midi. Un manifestant a été tué dans les affrontements avec les forces de l'ordre et 53 policiers ont été blessés, selon l'agence officielle Mena.

L’AFP souligne que le nombre de manifestants n'a cessé de décroître ces derniers jours en Égypte mais que les affrontements de vendredi mettent aux prises les forces de l’ordre à des jeunes de plus en plus violents et aux motivations politiques floues. Seuls quelques centaines de salafistes, dont ceux du parti al-Nour, arrivé deuxième lors des dernières législatives, se sont rassemblés place Tahrir.

Soudan : manifestations-fleuves, deux morts

À Khartoum, les rangs des manifestants ont grossi jusqu'à atteindre 10 000 personnes à proximité de l’ambassade américaine.

Les manifestations se succèdaient au Soudan, vendredi après-midi. À Khartoum, des manifestants ont commencé par attaquer l’ambassade d’Allemagne, qu’ils ont mis à feu et où le drapeau allemand a été remplacé par un étendard islamiste, rapporte le correspondant de l’AFP. Les protestataires ont ensuite pénétré dans l’ambassade d’Allemagne, partiellement en feu, mais Berlin a indiqué que l’ensemble de son personnel sur place était « sain et sauf », tout en exhortant les autorités soudanaises à remplir leurs devoirs et à protéger leurs ressortissants. D’abord bloqués par les manifestants, les pompiers ont finalement pu atteindre l’ambassade et éteindre l’incendie, rapporte l’AFP.

Dispersés par les forces de l’ordre, les manifestants se sont alors dirigés vers l’ambassade de Grande-Bretagne, avant de s’en prendre à celle des États-Unis. Leurs rangs ont grossi jusqu'à atteindre 10 000 personnes à proximité de l’ambassade américaine, devant laquelle des heurts ont éclaté.

Les manifestants ont toutefois été stoppés dans leur élan par les forces de l’ordre qui ont bloqué la rue de l’ambassade et tenté de refouler les manifestants à l’aide de gaz lacrymogène. Des heurts ont ensuite commencé à éclater alors que les manifestants scandaient « Dieu est le plus grand » et « tout sauf le prophète » en faisant référence au film polémique de « Sam Bacile », dont le véritable nom pourrait être Nakoula Basseley Nakoula. Deux manifestants ont été tués à proximité de l’ambassade américaine lorsque les forces de l’ordre tentaient de disperser les protestataires, selon l’AFP. La première victime aurait été écrasée par un véhicule des forces de l’ordre, qui a foncé sur le groupe de manifestants, lesquels jetaient des pierres à leur destination. La seconde a été retrouvée en sang, au pied du mur de l’ambassade, sans que les circonstances de sa mort ne soient éclaircies.

Une dizaine de manifestants a réussi à entrer dans l’enceinte de l’ambassade américaine, en agitant des drapeaux islamiques. Les gardes postés sur les toits ont alors effectué des tirs de sommations.

Palestine : cinq blessés

À Jérusalem, une manifestation partie de la mosquée al-Aqsa après la grande prière du vendredi, s’est ensuite poursuivie dans la vieille ville. Les forces de l’ordre israéliennes sont alors intervenues avec des gaz lacrymogènes et des grenades flash, faisant cinq blessés parmi les manifestants, selon Le Monde.

Des manifestations, réunissant plusieurs centaines de Palestiniens ,ont également été organisées à Gaza, où des drapeaux américains ont été brûlés, rapporte le quotidien français. Il s’agit du deuxième jour consécutif de manifestations contre les Etats-Unis.

Yémen : envoi de renforts américains

Au lendemain de l’attaque de l’ambassade américaine à Sanaa, qui a fait quatre morts, 3 000 manifestants se sont massés à 500 mètres du bâtiment, brûlant des drapeaux américains et lançant des slogans comme « pas d'ambassade, pas d'ambassadeur. Pars, ambassadeur de Satan. Mort à l'Amérique, mort à Israël ».
 
Dans ce climat de tensions, l’administration américaine a envoyé spécialement 50 marines au Yémen, à Sanaa, par « mesure de précaution » a annoncé le porte-parole du département de la Défense, George Little alors que l’AFP fait état de manifestations et violences anti-américaines qui mettent en danger le bâtiment et son personnel.

Pakistan : plusieurs manifestations regroupant des centaines d’islamistes

Après les appels à manifester lancés par le parti islamiste Jamaat-e-Islami, des centaines de manifestants islamistes se sont regroupés dans les principales villes du Pakistan. La police a annoncé avoir renforcé la protection des ambassades, craignant une flambée de violences. À Islamabad, 400 personnes environ ont manifesté devant la Mosquée Rouge après la grande prière du vendredi. À Karachi, 700 islamistes, appelant à pendre le réalisateur d’« Innocence of Muslim » ont manifesté. À Lahore, deuxième ville du pays, ce sont 500 personnes qui ont manifesté, sans qu’aucun incident ne soit à signaler.

Dans la capitale du Balouchistan, que l’administration américaine considère comme une base arrière des talibans afghans, 500 manifestants se sont réunis et ont brûlé un drapeau américain, selon le correspondant de l’AFP. Enfin, à Peshawar, grande ville du nord-ouest du pays, considéré comme un fief des insurgés talibans, seuls 150 personnes ont manifesté, lançant un appel à la « mort de l’Amérique ».

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