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15/09/2012 à 11:13
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Le film présente l’islam comme une religion de violence. Le film présente l’islam comme une religion de violence. © Capture d'écran YouTube, compte de Sam Bacile.

De nombreuses interrogations planent sur les 14 minutes de vidéo extraites du film "Innocence of Muslims" ("L’innocence des musulmans") qui a déclenché une vague de violences anti-américaines dans le monde arabe. Qui l'a réalisé, comment, avec quels moyens ? Début de réponse.

Mis à jour le 15 septembre à 11h13

Rien ne prédisposait le film « Innocence of Muslims » (« L’innocence des musulmans ») à être connu au-delà des frontières de la Californie du Sud, dans la ville de Duarte, à 45 km à l'est de Los Angeles, où il a été tourné à l'été 2011. Le long métrage qui n'est rien d'autre qu'un violent pamphlet islamophobe, dont un extrait de 14 minutes a été diffusé sur Internet, a acquis une dimension planétaire après avoir déclenché - ou servi de simple prétexte -, à un déferlement de violence contre les ambassades américaines dans le monde arabe. Alors que de nombreuses questions étaient en suspens sur les conditions de sa réalisation et de son financement, le site Gawker a révélé de nouvelles informations. Le film aurait été tourné par une organisation caritative chrétienne, un copte condamné pour fraude et, selon la presse, un réalisateur de films pornographiques. Ce dernier s'appellerait Alan Roberts, 65 ans.

Qui est l’initiateur du film ?

Un "timing" bien maîtrisé

Morris Sadek, copte égyptien conservateur vivant aux États-Unis, a été le premier à publier la vidéo sous-titrée en arabe sur son site Internet début septembre, alors qu’elle était sur You Tube en anglais depuis le début de juin. Le très controversé pasteur Terry Jones a fortement contribué à la popularisation du film. Lors de la « journée internationale du jugement de Mahomet » qu’il a fixée au 11 septembre, il a diffusé « Innocence of Muslims » dans sa paroisse et l’a également mis en ligne sur son site Internet.

Alors que le film avait seulement été diffusée en comité (très) restreint jusqu’alors et vu une centaine de fois seulement sur internet, ces deux coups de projecteur ont accru sa notoriété, notamment dans le monde arabe. Des chaînes égyptiennes l’ont repris, ce qui expliquerait pourquoi les attaques ont eu lieu ces derniers jours.

Il n’est toutefois pas à exclure que des groupes salafistes, liés à Al-Qaïda, aient, en sous-main, instrumentalisé la contestation afin qu’elle ait lieu le 11 septembre et qu’elle leur permette, grâce à l’agitation causée, de s’en prendre aux ambassades américaines, alors que les vidéos circulaient déjà depuis près d’une semaine dans le monde arabe.

La question a été à l’origine de nombreuses rumeurs. Mais le nom de Sam Bacile - le pseudonyme de la personne qui a publié l'extrait du film il y a bientôt un mois sur You Tube - a rapidement émergé.

Le 12 septembre, un homme se présentant comme Sam Bacile appele au téléphone l’agence américaine Associated Press et le Wall Street Journal. Se présentant comme le réalisateur du film polémique, l’individu prétend être un promoteur immobilier israélo-américain de confession juive. Il explique avoir financé son long-métrage grâce aux 5 millions de dollars de dons fournis par une centaine de riches Israéliens.

S’appuyant sur l’analyse de Max Blumethal, spécialiste des groupes islamophobes, le Los Angeles Times a remis sérieusement en cause ces informations. D’après l’expert, affirmer ouvertement ses appartenances juives et israéliennes après avoir lancé un tel brûlot contre l’islam semble en décalage avec la « culture de la communauté juive », soucieuse selon lui de prévenir toute attaque antisémite. D’autre part, les autorités israéliennes ont confirmé ne pas avoir trouvé trace d’un citoyen répondant au doux nom de Sam Bacile.

Steve Klein, un Américain, islamophobe notoire, auteur de nombreuses actions coup-de-poing, que le New York Times dépeint comme l’un des principaux producteurs du film, assure connaître le réalisateur du film. Celui-ci masquerait sa véritable identité derrière ce pseudonyme de Sam Bacile.

L’agence américaine Associated Press, citant une source policière américaine, affirme que Nakoula Basseley Nakoula serait son véritable nom. Il ne serait pas un juif israélien comme il le clamait au départ, mais un chrétien copte - originaire d’Égypte d’après NBC- et résidant aux États-Unis.

La « piste copte » était déjà prise au sérieux et relayée par le Los Angeles Times : Morris Sadek qui a été l’un des premiers à relayer la vidéo, est en effet un copte originaire d’Égypte. En outre, le NYT révèle que M. Klein, très impliqué dans le film, est proche des milieux coptes.

Selon AP, Basseley Nakoula a reconnu être le responsable de la société de production du film, mais a nié être Sam Bacile, en précisant toutefois qu’il connaissait ce dernier. Cependant, montrant son permis de conduire à la presse afin d’étayer ses dires, le quinquagénaire a tenté de masquer son deuxième nom, Basseley, dont la sonorité est très proche de « Bacile »… Mais ce n’est pas tout.

Autre élément troublant révélé par AP : le numéro de téléphone employé par Sam Bacile pour contacter l’agence a pu être géo-localisé et il conduit à la même adresse que celle de Nakoula, à proximité de Los Angeles. D’autre part, M. Nakoula, 55 ans, et Sam Bacile, 52 ans (ou 54 selon les sources), se situent dans la même tranche d’âge. Un journaliste de l’AFP a également remarqué que le porche de la maison de M. Nakoula ressemblait à s’y méprendre à une porte qui apparaît à plusieurs reprises dans l’extrait du film. Voilà, qui fait une étrange « coïncidence » supplémentaire…

Des équipe de journalistes devant la maison de Nakoula Basseley Nakoula, à Cerritos, en Californie, le 13 septembre.

© Joe Klama/AFP

La chaîne américaine ABC rapporte que l’homme, craignant pour sa vie, a demandé à être placé sous protection policière depuis que les médias l’ont identifié, le 13 septembre. Mais de nouvelles interrogations surgissent déjà.

D’après le Wall Street Journal, la police cherche désormais à savoir si Nakoula, qui a été condamné à une amende élevée et cinq ans d’interdiction d’utilisation d’ordinateur et d’Internet dans une affaire d’usurpation d’identité ayant donné lieu à une escroquerie bancaire, a lui-même utilisé le web pour poster ce film. Si c’est le cas, l’homme pourrait voir sa mise en liberté conditionnelle tomber et risque d’écoper de 21 mois de prison, selon Le Monde.

Un budget de 5 millions de dollars ?

Le long métrage aurait été réalisé à l’été 2011 et aurait mobilisé, trois mois durant, 59 acteurs et une équipe de 45 personnes. Mais il existe un décalage apparent entre la qualité technique du film et son budget, qui serait de l’ordre de 5 millions de dollars, toujours d’après les dires de Sam Bacile lorsqu’il a contacté AP. Les acteurs, vêtus de costumes d’époque, ont été simplement superposés à des images de désert, ce qui donne quasiment au film un air parodique… Jeffrey Robinson, le directeur adjoint du film, a confié au Wall Street Journal, que « l’œuvre » n’aurait bénéficié que d’un budget de 250 000 dollars.

Le New York Times va jusqu’à se demander si une version complète du film, censé durer deux heures, existe vraiment alors que seul l’extrait circule et que les spectateurs susceptibles d’avoir assisté à une projection de l’intégralité du film, dans un théâtre délabré d’Hollywood, se comptent sur les doigts de la main, selon le Los Angeles Times.

M. Klein assure en tout cas que le film, qui visait à provoquer les musulmans extrémistes, pour montrer la violence qui serait inhérente à cette religion, « a atteint ses objectifs », avec les violentes réactions auxquelles le film a donné lieu dans le monde arabe.

Une actrice du film témoigne sur CNN.

L’équipe du film a-t-elle été bernée ?

Les acteurs et l’équipe de tournage se désolidarisent totalement du film et estiment avoir été bernés. Un membre de l’équipe, qui s’est confié au Los Angeles Times, abonde dans ce sens et soutient qu’il a initialement été contacté pour tourner dans un film historique intitulé « Desert Warrior » (« Guerrier du désert »), qui a peu à voir avec la version finale d’« Innocence of Muslim ». Il explique que les dialogues contenant des attaques adressées à l’islam ont été réenregistrés une fois le tournage effectué. Selon lui, la différence de voix est aisément perceptible suivant les scènes.

AP remarque d’ailleurs que le nom de Mahomet est généralement prononcé lorsqu’on ne voit pas l’acteur en question s’exprimer. Et, lorsque c’est le cas, il semble exister un décalage entre le nom « Mohammed » qui est prononcé et les mots qui semblent se dessiner sur les lèvres des acteurs. Le membre de l’équipe conclut en assurant que l’ensemble de l’équipe est « à 100% hostile au film » et s’estime « grossièrement trompé sur son intention et son but ».

Une copie du mail transmis à Al-Arabiya, précisant le cahier des charges du film comme il a été présenté aux acteurs.

© DR

L’une des actrices, qui s’est exprimée au New York Times, certifie que « rien dans le film ne ressemble à ce que nous avons fait ». « Il n’y avait même pas un personnage du nom de Mohammed » lorsque les scènes ont été tournées argue-t-elle. Une autre actrice - ou la même, difficile de savoir puisque la première a souhaité rester anonyme -, est apparue le 13 septembre sur l’écran de CNN. « Ça me rend malade de penser que j’ai participé à ce film qui a causé la mort de quelqu’un », regertte-t-elle. Considérant les répercussions de la vidéo comme « très injustes », elle se dit « désolée » pour l’ambassadeur décédé, « sa famille et toutes les personnes qui ont été touchées ».

Au vu de l’ampleur prise par l’affaire dans le monde musulman, difficile de savoir toutefois si les acteurs ont réellement été dupés ou si leurs réactions sont motivées par la crainte de représailles de la part d’extrémistes. Le NYT a cependant retrouvé la  trace d’un certain Sam Bassiel (orthographié ainsi) aux États-Unis en 2009 concernant une demande de casting pour un film nommé « Desert Warrior ». Un mail transmis à la chaîne saoudienne Al-Arabiya par l’équipe du film (voir ci-dessus) confirme d’ailleurs que c’est le nom sous lequel le film aurait été présenté aux acteurs.

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