Très présent aux côtés des mineurs au moment du drame de Marikana, Julius Malema s’apprête cette fois à haranguer les bataillons militaires, qui ont eux aussi des revendications à faire valoir. Guidée tant par un certain opportunisme que par des convictions profondes, cette "hyper-présence" dans toutes les luttes n’est pas du goût des autorités sud-africaines, qui l’ont fait savoir.
Floyd Shivambu, fidèle lieutenant de Julius Malema a annoncé que le jeune tribun populiste allait prendre la parole devant l’armée sud-africaine. L’ancien président de la ligue de jeunesse de l’ANC (Congrès national africain) va écouter les doléances des militaires concernant leurs salaires et la sécurité de l'emploi.
Le meeting doit se tenir à Lenasia près de Soweto (banlieue de Johannesburg), non loin de deux importantes bases de l'armée de terre - dont celle de Doornkop - qui abritent chacune un millier de soldats. Les rangs de l’armée sud-africaine sont formés de 65 000 hommes.
Pikkie Greeff, secrétaire national du syndicat des forces armées, a indiqué à l’AFP les raisons de la venue de Julius Malema. « Un groupe de soldats mécontents ont demandé à Malema de venir pour donner de la publicité à leurs problèmes que le gouvernement refuse d'écouter depuis trois ans ». Le plébiscite adressé à Malema tranche avec la défiance exprimée par les militaires vis-à-vis du gouvernement sud-africain.
Revendications salariales
« La principale raison pour laquelle ils ont fait appel à Malema est que la chaîne de commandement refuse de traiter leurs plaintes et que personne ne les écoute », a-t-il continué. Pikkie Greeff a ajouté que les instances de dialogue mises en place par les autorités « n'avaient pas la confiance des hommes du rang ».
Concernant les revendications des militaires, il a précisé que « le premier problème est l'écart entre le salaire des généraux payés au niveau d'un général américain et la troupe [NDLR : soldat de base] qui gagne 10 fois moins qu'un collègue étranger ».
Autre source de grief invoquée par M. Greef, la précarité du statut de soldat : « les militaires sont traités comme des intérimaires, recrutés pour des contrats de deux ans et non renouvelés pour prendre quelqu'un d'autre à la place ».
Mise en garde
S’adressant à l’antenne de la radio SAFM, la ministre de la Défense, Nosiviwe Mapisa-Nqakula, a clairement condamné cette initiative, soulignant ironiquement qu’elle ignorait « à quel titre M. Malema a l'intention de s'exprimer ». La ministre a même fait planer, selon le quotidien sud-africain The Times, la menace de sanctions disciplinaires pour les soldats qui assisteraient à la rencontre.
« Le souhait a été exprimé par Malema de rendre le secteur minier "ingouvernable" et de saper l'économie. Le pays ne peut pas se permettre que la même instabilité gagne l'armée », s’est inquiétée la ministre, citée par The Times.
La ministre a conclu, en soulignant avec gravité, que « les forces nationales de défense sud-africaines sont l'ultime ligne de défense de la souveraineté de ce pays. Nous ne pouvons pas permettre que quelqu'un joue au football politique avec cette institution » en faisant clairement références aux probables visées électoralistes qui motivent le déplacement de Julius Malema.
M. Greeff a réagi en critiquant la réaction de la ministre qui agit, selon lui, « par la menace et l'intimidation au lieu de s'asseoir et d'écouter ce que les soldats ont à dire ».
Le précédent Marikana
Très récemment, l'ex-leader de la ligue de jeunesse de l’ANC s’était montré très présent au moment du drame du Marikana, dont certains l’accusent d’avoir tenté d'en tirer profit afin de briser l'anonymat politique dans lequel il était plongé depuis son expulsion de l'ANC en avril. Il y a, à maintes reprises, harangué les foules de mineurs, notamment le jour de la cérémonie d'hommage aux victimes de l’assaut policier. Il en a également profité pour appeler à une « révolution des mines », qui passerait par la nationalisation de ces dernières.
Il s’est également montré très critique à l’égard du président Zuma, qu’il a dépeint comme un pion au service des puissants groupes miniers et qu’il a exhorté à démissionner. Sur Al Jazeera English, Johan Kruger, porte-parole du syndicat Solidarité accusait Malema d’avoir versé de l’huile sur le feu et incité à la violence. Cette dernière ne serait pas « spontanée », mais dans « son propre intérêt », visant à donner un nouveau souffle à sa carrière politique.
(Avec AFP)

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