Les journalistes de deux quotidiens en grève mardi pour défendre leur liberté d’expression.
© AFP
Hier, les journalistes des deux quotidiens tunisiens du groupe "Dar Assabah" ont marqué une journée de grève. Ils entendaient protester contre les nominations controversées à la tête des médias effectuées par le gouvernement. Ce dernier est accusé depuis quelques semaines de tenter de mettre la main sur les médias en vue des prochaines élections.
Suite à l'échec des négociations entre les syndicats de la presse et le gouvernement tunisien, dominé par les islamistes du parti Ennahdha, les employés des deux quotidiens Assabah (arabophone) et Le Temps (francophone) ont fait grève le 11 septembre.
Soutien des syndicats
Pour Sana Farhat, journaliste responsable du syndicat du groupe de presse Dar Assabah, qui édite notamment Assabah et Le Temps, les enjeux sont importants : « Nous sommes en grève pour défendre notre droit à exercer librement et celui des Tunisiens à une information crédible ».
Les syndicats de la presse ont apporté leur soutien à la grève. Lundi, ils ont préféré mettre un terme temporairement à leurs discussions avec le gouvernement, afin d’exprimer leur mécontentement quant à l’absence de progrès dans la recherche d'une solution à la crise qui secoue les médias tunisiens.
Mme Farhat souligne que l'ensemble des personnels ont pris part à la grève et témoigné de leur mécontentement après l'impasse des pourparlers ouverts avec le gouvernement. Le personnel des deux chaînes a également lancé un appel à la grève pour la journée du 13 septembre. Dans le même temps, les syndicats tentent de s’entendre sur la date d'une grève générale des médias du pays.
Visées hégémoniques
Nejiba Hamrouni avait précisé la raison de cette indignation : « Le gouvernement n'a montré aucune volonté de revenir sur la nomination récente de responsables controversés à la tête de certains médias ».
La présidente du Syndicat des journalistes (Snjt) se référait à la nomination de responsables compromis avec l'ancien régime à la tête des quotidiens en grève et des deux chaînes de la télévision publique Wataniya 1 et Wataniya 2. C’est notamment la nomination de Lotfi Touati fin août, à la tête de Dar Assabah, ancien commissaire de police et dont l’appartenance à l’ancien régime ne fait pas de doute, qui a suscité l’indignation des journalistes du quotidien.
Si pour le gouvernement, nommer les dirigeants dans les organes de presse publics, apparaît comme un droit élémentaire, les journalistes locaux interprètent ces désignations comme une ingérence dans les rédactions, visant à les museler.
Ainsi, Sana Farhat estime que le gouvernement veut « imposer un directeur pour aligner les rédactions sur son discours de propagande en prévision des prochaines élections ». Fixées en 2013, ces élections (législatives au moins, voire présidentielles selon le type de régime qui sera choisi) seront les premières depuis celles qui ont conduit à l’élection de l’Assemblée constituante, dominée par Ennahdha, en octobre 2011.
Les journalistes de Dar Assabah portent également une seconde revendication : le règlement de sommes impayées depuis neuf ans (telles que les primes et la rémunération pour les heures supplémentaires effectués) et se placent en acquéreurs « prioritaires » au cas où l’État déciderait de mettre en vente les deux titres de presse.
Longtemps dans le giron de Sakhr el-Materi (expulsé du Qatar vers la Tunisie ce lundi), qui détenait 80% des parts, Dar Assabah était ensuite passé sous le contrôle de l'État, qui a récupéré les parts du gendre de Zine El Abidine Ben Ali, après la révolution.
Un "dialogue de sourd"
Mme Farhat regrette toutefois que ces discussions s’apparentent à un « dialogue de sourd, le gouvernement ne veut pas nous reconnaître le droit d'être (…) consultés sur la ligne éditoriale, ou sur le sort des deux quotidiens ».
Alors qu’ils se sont réunis en assemblée lors de cette journée de grève, les journalistes - qui étaient en sit-in devant leurs locaux ces derniers jours- ont également bloqué la parution des journaux dans leurs versions électroniques. Les grévistes ont bénéficié du soutien de leurs confrères, de l’opposition et des ONG, dont RSF (Reporters sans Frontières).
Kamel Laabidi a estimé que « ce gouvernement multiplie les erreurs, la dernière étant son insistance à maintenir un dirigeant soupçonné de corruption à la tête de Dar Essahah ».
M. Laabidi a occupé la tête de l’instance chargé de la réforme des médias après la révolution (Inric). Cet organe a, lui-même, mis fin à ses fonctions en juillet pour protester contre les « velléités d’hégémonie de l’exécutif sur les médias ». Il a également dénoncé « l'inaction du gouvernement et de l'Assemblée constituante face aux tentatives d'humilier les journalistes afin de les mettre au pas ».
(Avec AFP)

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