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11/09/2012 à 09:23
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Des djihadistes d'Ansar Eddine, mouvement allié à Aqmi. Des djihadistes d'Ansar Eddine, mouvement allié à Aqmi. © Reuters

Selon plusieurs témoignages, les seize prédicateurs islamistes d'une secte pakistanaise abattus par l'armée malienne, dans la nuit du 8 au 9 septembre, ont été froidement exécutés. Un massacre qui donne du grain à moudre à la propagande islamiste.

Dans la nuit du 8 au 9 septembre, entre 21 heures et 1 heure du matin, seize prédicateurs islamistes – huit mauritaniens et huit maliens - de la secte pacifique basée au Pakistan, Jama'at Tabligh, ainsi que leur chauffeur, ont été fusillés par l'armée malienne dans le petit village de Diabali (Centre), à 430 km au Nord de Bamako.

Un agent de renseignement apparemment malhonnête aurait été à l’origine du drame. « Il a dit aux militaires maliens : "il y a une voiture pleine de salafistes qui fonce vers vous, donc vous n’avez pas besoin d’aller au Nord-Mali pour les tuer"», témoigne Sid'Ali Ould Oumar, parent d’une des victimes maliennes.

« Le poste d’entrée à Diabali a bien enregistré les prêcheurs à leur arrivée dans le village, mais c’est à la sortie que les militaires les ont arrêtés avant de les massacrer », affirme Moussa Boubacar Bâ, chargé de la jeunesse au Haut Conseil islamique du Mali (HCI). Une information confirmée par une source de la gendarmerie qui ajoute : « Les militaires les ont amené dans l’obscurité dans la périphérie du village avant de les fusiller, l’un après l’autre ».

"Bastonné et torturé"

Même le chauffeur des religieux, Khatra Ould Elbéchir, a été exécuté. Son frère Hassan, contacté par Jeune Afrique, raconte la scène. « Quand les militaires ont commencé à tirer sur les prêcheurs, il a fui mais a été aussitôt rattrapé. On l’a bastonné et torturé avant de le tuer, pourtant il est très connu à Diabali comme chauffeur de transports en commun », affirme-t-il.

À Bamako, ce 10 septembre, le ministère de la Sécurité intérieure et les imams rencontrait les organisateurs du congrès annuel de la secte pour tenter d’apaiser les esprits. « Jama'at Tabligh est un mouvement islamique que je connais très bien, explique Moussa Boubacar Bâ. C’est l’un des mouvements les plus pacifiques au monde et il n’accepte jamais de se mêler de politique. Ses membres prêchent dans les mosquées et dans les rues en demandant aux jeunes de ne pas se droguer, de ne pas boire d’alcool... et dénoncent toutes les pratiques contraires à l’islam de manière pacifique. Ils respectent les non-musulmans et disent que ce sont des gens qui n’ont pas encore compris le message du prophète », poursuit-il.

Instrumentalisation

La secte a commencé avec des prêches pacifiques. Mais à la fin du compte, on s’est retrouvé avec des djihadistes qui contrôlent la ville.

Un habitant de Kidal

Et d’ajouter : « Le chef d’Ansar Eddine, Iyad Ag Ghali, comme d’autres leaders des groupes islamistes armés qui contrôlent le Nord-Mali étaient membres de Jama'at Tabligh. Le jour où il a commencé la politique au nom de l’islam et a pris les armes, le mouvement l’a exclu ». Mais à Kidal, on se rappelle avec amertume de l’introduction de la secte. « Chez nous aussi, elle a commencé avec des prêches pacifiques. Mais à la fin du compte, on s’est retrouvé avec des djihadistes qui contrôlent la ville », explique Mossa Ag Ibrahim, un habitant de Kidal.

Des djihadistes qui aujourd’hui tentent d’instrumentaliser le massacre de Diabali. « L’armée malienne a retrouvé ses vieilles pratiques en massacrant ses propres civils sans défense et a démontré une fois de plus son amateurisme. Pourtant elle sait bien où se trouvent les islamistes armées, pourquoi ne vient-elle pas les chercher ? » ironise Sanda Abou Mohamed, porte-parole d’Ansar Eddine à Tombouctou. De son côté, Oumar Ould Hamaha, le chef militaire du Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao, proche d'Aqmi), qui contrôle la ville de Gao, va plus loin.

« Depuis ce massacre de civils musulmans, nous avons compris que le gouvernement malien est un gouvernement mécréant. Nos frères musulmans de Bamako peuvent préparer nos matelas, on arrive… Nous allons planter le drapeau noir de l’islam sur Koulouba », martèle-t-il.

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Par Baba Ahmed, à Bamako
 

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