Lundi 10 septembre, à l'issue d'un scrutin fermé à la population, Hassan Cheikh Mohamoud a été élu président de la Somalie par le Parlement. Il succède au très controversé, mais favori, Sharif Cheikh Ahmed à la tête d’un pays en proie à la guerre civile et à l’instabilité politique depuis plus de vingt ans. Plusieurs fois reporté, cette élection sonne comme la concrétisation d’un processus de paix "historique".
Initialement prévu le 20 août au plus tard, le vote visant à élire le nouveau président somalien s’est finalement tenu le 10 septembre. Les 229 députés du Parlement étaient invités à élire le successeur de Sharif Cheikh Ahmed, au cours d’un vote effectué à bulletin secret dans l’école de police de Mogadiscio et retransmis en direct afin d’assurer sa transparence. C’est Hassan Cheikh Mohamoud, néophyte en politique, qui a recueilli la faveur des urnes alors que 25 candidats étaient en lice. L’ONU n’hésite pas à qualifier ce processus « d’historique » en escomptant qu’il permette de sortir la Somalie de deux décennies de guerre civile et de chaos politique.
Un scrutin "historique" mais fermé à la population
Cette élection est en effet historique dans le sens où la Somalie n’a plus disposé de gouvernement central digne de ce nom depuis la chute du président Siad Barre, en 1991. Ce vote représente l’aboutissement d’une transition, placée sous l’égide de l’ONU, qui ambitionne de fournir des institutions stables au pays.
Les élections ont été contestées par 200 jeunes environ dans le camp de Dadaab, à l’est du Kenya, où plus de 450 000 réfugiés somaliens sont présents. Les manifestants protestaient contre leur mise à l’écart du scrutin. La feuille de route établie avec l’ONU prévoyait en effet que la population ne prenne pas part au scrutin en raison des combats persistants et de l’absence de structure étatique.
Nouveau venu en politique
Hassan Cheikh Mohamoud est décrit par la chaîne d'information France 24 comme « modéré », mais il serait également « proche du parti islamiste » al-Islah, la branche somalienne des Frères Musulmans. Au premier tour, l’universitaire de 56 ans et le président sortant étaient au coude à coude (4 voix d’avance en faveur du second). Deux candidats se sont désistés au deuxième tour, dont l’ancien Premier ministre Abdiweli Mohamed Ali, en faveur du membre de la société civile, ouvrant la voie à un duel entre M. Cheikh Mohamoud et M. Cheikh Ahmed. Le premier a alors largement devancé le président sortant, avec la majorité absolue. Des scènes de liesse s’en sont suivi dans la capitale, Mogadiscio.
Sharif Cheikh Ahmed avait été élu président en 2009, après son ralliement aux institutions de transition contre lesquelles il luttait pourtant auparavant à la tête d'une rébellion islamique. Si beaucoup d’experts le voyaient obtenir un second mandat facilement, il demeurait toutefois très controversé.
Le double échec de Sharif Cheikh Ahmed
Un récent rapport de l’ONU affirme que, durant son mandat, « détournements de fonds systématiques, accaparement pur et simple de fonds et vols d'argent public sont devenus des systèmes de gouvernement ». À titre d’exemple, ce rapport estimait qu’entre 2009 et 2010, 70% des sommes alloués au gouvernement fédéral de transition étaient détournés avant d’arriver dans les caisses de l’État somalien.
Cette élection, qui permettra de renouveler le personnel politique, infirme les craintes de nombreux experts. Ils redoutaient que ces élections ne fassent que laisser en place les mêmes figures et le même système, gangrené par la corruption.
Depuis la destitution de Siad Barre, la Somalie est en situation de guerre civile, ravagée par les violences des chefs de clans, des seigneurs de guerres, des groupes islamistes et des gangs criminels. Malgré les revers infligés aux islamistes shebabs, l’éradication de la rébellion représente, avec la corruption, le deuxième point négatif du bilan de M. Cheikh Ahmed, bilan qui lui a sans doute coûté sa réélection.
Shebab en difficulté
Cette élection s'est tenue dans une période qui n'est pas favorable aux islamistes shebab, principale rébellion du pays. La force de l'Union africaine dans déployée le pays (Amisom), qui prête main forte aux forces gouvernementales somaliennes, leur a en effet infligé une série de revers militaires.
Les Shebab, qui ont prêté allégeance à al-Qaïda et juré d’instaurer un État islamique en Somalie, ont été chassés de Mogadiscio en août 2011, puis, avec les offensives conjuguées de l'Amisom et de troupes éthiopiennes entrées en novembre dans le pays, après des défaites cuisantes, ont perdu plusieurs bastions.
Si la capitale est à peu près sécurisée, et que de nombreux déplacés vont pouvoir rentrer chez eux et débuter la reconstruction du pays, le territoire se trouve de facto quasiment hors du contrôle étatique. De larges portions du centre et du sud somaliens demeurent d’ailleurs sous le contrôle des islamistes shebab, qui sont toujours perçus par les experts comme une sérieuse menace pour la paix.
(Avec agences)

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