Al-Jazira a été victime d’une cyber-attaque, mardi 4 septembre. Les différents sites de la chaîne qatarie, tant la version arabophone (Aljazeera.net) que la version anglophone (Aljazeera.com), mais aussi les sites sportifs de la chaîne, ont été visés.
Le groupe de hackers syriens « Al Rachidoune », visiblement pro-Assad, a revendiqué l’attaque. En se rendant sur le site d’Al-Jazira, les internautes tombaient non pas sur la page d’accueil de la chaîne, mais sur un message dudit groupe syrien, accompagné d’un drapeau du pays et de la mention « hack » (« piratage électronique »).
Dans ce message, les hackers accusent la chaîne satellitaire de parti-pris en faveur de l’opposition au régime des Assad. Il stipulait : « Ceci est une réaction à vos positions contre le peuple et le gouvernement syriens, et particulièrement à votre soutien aux groupes terroristes, et aux fausses nouvelles que vous répandez ». La cyber-attaque aurait pris plusieurs formes, puisque la chaîne qatarie a aussi fait état d’un déroutage depuis sa page d’accueil vers des sites tiers.
L’attaque a eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi et a duré plusieurs heures. Néanmoins, la chaîne satellitaire assure que tout était rentré dans l’ordre mercredi matin et que les internautes ne rencontraient plus aucune difficulté pour se connecter sur le site de la chaîne.
Al-Jazira s’est contentée de faire état de l’attaque et de préciser que ce n’était pas le serveur principal de la chaîne qatarie qui a subi l’attaque mais des serveurs externes, basés aux États-Unis. Les autorités américaines, avec qui le Qatar entretient de très bonnes relations, mèneraient donc l’enquête.
Vives critiques
La réaction a minima de la chaîne peut être interprétée comme une volonté de ne pas faire de vagues sur sa couverture des événements en Syrie, alors que celle-ci vaut à Al-Jazira de vives critiques. D’abord qualifiée de « prudente » par la politologue Claire Gabrielle Talon, la couverture de la révolution syrienne a suivi les inflexions de la diplomatie qatarie.
L’émir étant proche de Assad, il a d’abord tenté de le raisonner avant de laisser tomber son allié, voire de chercher à précipiter sa chute. Dans le même temps, Al-Jazira, qui au départ ouvrait son antenne presque exclusivement aux membres du régime, a pris un virage à 180°C, pour adopter une couverture des événements de plus en plus favorable à l’opposition, dont les membres ont désormais micro ouvert sur la chaîne.
Le professionnalisme de Al-Jazira est régulièrement mis en cause. La chaîne est notamment accusée par ses détracteurs de recourir abondamment à des témoins oculaires, sans vraiment prendre le temps de recouper ses sources. D’autre part, la chaîne satellitaire aurait tendance à passer sous silence les informations qui pourraient s’avérer compromettantes pour les révolutionnaires. Elle a par exemple fait très peu cas de la présence supposée de membres d’Al-Qaïda au sein de l’opposition syrienne armée, thème qui a pourtant été abordé par la plupart des médias généralistes d’envergure internationale.
Précédentes attaques
Le site internet de la chaîne qatarie avait déjà été victime d’attaques de cyber-pirates, en 2003. Les hackers, qui étaient cette fois américains, protestaient contre la manière dont la chaîne couvrait les événements en Irak. Ces attaques, survenues dans les premiers jours du lancement du site, avaient conduit à la suspension de celui-ci pendant plusieurs mois.
D’autres sites d’informations ont été visés par des attaques de groupes pro-Assad, comme l’armée électronique syrienne, qui possède un tableau de chasse bien garni : Reuters le mois dernier, Amnesty International, Harvard… En juillet dernier, c’est le compte Twitter de la chaîne qatarie qui avait été ciblé, vraisemblablement par le même groupe de cyber-pirates pro-Assad.

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