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22/08/2012 à 18:39
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Des journalistes tunisiens manifestent le 22 août 2012 à Tunis pour 'une presse libre'. Des journalistes tunisiens manifestent le 22 août 2012 à Tunis pour "une presse libre". © Fethi Belaid/AFP

La liberté de la presse est-elle menacée en Tunisie ? Quelques dizaines de journalistes des quotidiens arabophone "Essabah" et francophone "Le Temps" ont en tout cas manifesté devant le siège du gouvernement, à Tunis, mercredi 22 août, pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une tentative de mise au pas des médias de la part du gouvernement islamiste d’Ennahdha. Zied el-Hani, journaliste et membre du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), nous donne son sentiment. Interview.

Mise à pieds de journalistes, nominations partisanes à la direction de la télévision nationale et désignation d’un ancien policier, aujourd’hui militant du parti islamiste Ennahdha, à la tête du premier groupe de presse tunisien… Les médias semblent à nouveau dans la ligne de mire du gouvernement. C’est du moins ce qu’explique Zied el-Hani, journaliste et membre du bureau exécutif du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

Jeune Afrique : Que se passe-t-il entre le gouvernement et les médias ?

Zied el-Hani : Les divergences portent sur les nominations dans les médias publics. Avec la révolution, et sachant combien la presse et l’audiovisuel ont été muselés sous Ben Ali, la rupture avec le passé est nécessaire. Celle-ci implique des réformes mais aussi que la direction des médias publics soit confiée à de nouvelles figures. Ce n’est pas le cas, le gouvernement nomme systématiquement des personnes compromises avec l’ancien régime. Et la situation s’envenime du fait d’un vide juridique paradoxal : les décrets loi n°115, qui assure la liberté des médias, et n°116, qui désigne une instance de contrôle de l’audiovisuel, ont été adoptés mais le gouvernement refuse de les appliquer.

Depuis la révolution, il est question de mettre les journalistes qui ont collaboré avec le régime Ben Ali au ban de la profession. Y a-t-il une liste noire ? Qui l’a établie ? Qui devrait la publier et est-elle fiable ?

La commission du SNJT a établi des critères pour déterminer qui a collaboré avec le système Ben Ali. Il s’agit de ceux qui ont fourni des rapports au ministère de l’Intérieur, qui ont exécuté des commandes ou émargé à l’Agence tunisienne de communication extérieure (ATCE) et ceux qui, entre le 17 décembre 2011 et le 14 janvier 2012, ont soutenu le pouvoir.

Mais le gouvernement n’a jamais accepté de nous communiquer les documents qu’il détient et il n’est pas question de désigner des fautifs sans preuves ; il s’agit d’établir la vérité. Aujourd’hui, le gouvernement menace de produire une liste, mais c’est une manœuvre afin que les journalistes se rangent de son côté. La commission aurait pu être bilatérale et un travail commun aurait pu rendre effective la justice transitionnelle.

Pourquoi, selon vous, le gouvernement veut-il contrôler les médias ? La liberté de la presse est-elle menacée ?

C’est une lutte de pouvoirs ; les médias dérangent, même dans les plus grandes démocraties, et notre rôle est de préserver l’indépendance de la profession. Le danger est réel, d’autant que le projet de Constitution présenté par l’Assemblée nationale constituante est un projet réducteur des libertés. Nous continuons à lutter et le SNJT va engager une grève sectorielle nationale le 5 septembre. Puis nous aviserons au fur et à mesure.

Le gouvernement craint la remise en question de sa gestion de la période de transition ; il veut éviter les questions sensibles.

L’attaque des médias peut-elle faire partie d’une manœuvre de diversion ?

On est en droit de se poser cette question. Pour mémoire, un sit in mené pendant 55 jours par les milices d’Ennahdha avait réclamé, en mars 2012, le départ de journalistes accusés d’avoir servis Ben Ali. Aujourd’hui, personne ne bronche quand ceux-là même sont nommés à la direction des médias publics. Le gouvernement craint la remise en question de sa gestion de la période de transition ; il veut éviter les questions sensibles telles que son attitude vis-à-vis des salafistes, sur les camps d’entraînements de djihadistes, sur l’absence de ministre des Finances ou sur la réforme administrative, sur la commission d’enquête de la répression des manifestations du 9 avril ou encore sur le dossier des victimes de la révolution. Il a besoin de temps et pour cela il doit aussi retarder les échéances électorales.

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Propos recueillis par Frida Dahmani, à Tunis
 

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