Extension Factory Builder
16/08/2012 à 17:30
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
À Tombouctou, malheur à ceux qui enfreignent les règles imposées par les islamistes. À Tombouctou, malheur à ceux qui enfreignent les règles imposées par les islamistes. © Luc Gnago/Reuters

Pour la première fois, le Nord du Mali a passé un ramadan sous la férule des "fous de Dieu". Coupés de la moitié sud du pays, les habitants ont subi stoïquement la rigueur toute wahabbite des islamistes, nouveaux maîtres des lieux.

Depuis le mois d'avril, les principales villes du Nord-Mali ont échappé au contrôle de Bamako. Ce sont les islamistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), à Gao, comme ceux d’Ansar Eddine, à Tombouctou, qui font la loi. Leur loi : la charia.

Conséquence : la vie a bien changé. Et le ramadan de 2012 ne ressemble en rien à ceux des années passées. La population, qui a l’habitude de pratiquer un islam modéré, est déboussolée. Les islamistes imposent par exemple les thèmes sur lesquels les imams doivent faire des prêches dans les mosquées, même si « cela ne m’empêche pas de traiter aussi de mes propres sujets », nuance Abdrahmane Ben Essayouti, l’imam de la mosquée Djingareyber de Tombouctou.

N’empêche, l’ambiance dans les rues de la Ville aux 333 saints a bien changé. Sur instruction des nouveaux maîtres, les restaurants et les buvettes sont désormais fermées pendant la journée. « Les femmes ne vendent plus de galettes ni de crème de mil [très prisée par la population, NDLR] et il est interdit de griller la viande dans la journée », témoigne Ali Yattara, un boucher de Tombouctou. Le vendredi, à l’heure de la grande prière, la présence de tout un chacun est requise à la mosquée, car « toute personne qui circule dans les rues à cette heure là sera fouettée », ont averti les islamistes.

Censure

À Kidal, les islamistes qui contrôlent la ville vont jusqu’à prêcher directement dans les mosquées. Ils pratiquent également la censure : ils ont coupé le signal de l’ORTM [la télévision nationale, NDLR] de manière à ce que les habitants n’aient plus accès aux émissions religieuses qui se fondent sur un islam trop modéré à leurs yeux. « Cela nous manque », regrette Mohamed Ali, un habitant. « On a l’impression qu’on habite dans un sultanat, comme dans les pays du Golfe et notre sultan (empereur) s’appelle Iyad Ag Ghali », le chef du groupe Ansar Eddine qui contrôle la ville.

Un sultanat cependant sans électricité dans la journée. L’énergie ne vient que le soir, à Tombouctou comme à Gao. Cette dernière ville a même connu une grande pénurie, au début d’août. Le 27 juillet, le Mujao a donné 50 millions de F CFA pour acheter le carburant des groupes électrogènes qui alimentent toute la cité. Pas assez tôt pour éviter la rupture. En attendant que le carburant arrive, le courant électrique n’était disponible que de 18 heures à 23 heures.

Manque de liquidités

Mais le pire c’est peut-être le manque de liquidités. Les prix sont raisonnables, les islamistes encourageant les commerçants à approvisionner les marchés. Mais depuis que les services étatiques et les banques ont été détruits par les islamistes, la majorité de la population n’a plus suffisamment d’argent pour se payer les produits de première nécessité.

Du coup, les islamistes ont été obligés de mettre sur pied une aide alimentaire. Les chefs de ménages apportent au comité de crise de la ville leur carnet de famille qui donne droit de la famille un sac de 50 kg de riz, des haricots et de l’huile pour quatre personnes. Feront-ils un petit geste supplémentaire - de la viande par exemple - pour la fête de fin du ramadan, l’Aïd el-Fitr ?

______

Par Baba Ahmed, à Bamako

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Nord-Mali : au moins 4 soldats de la Minusma tués dans l'explosion d'une mine

Nord-Mali : au moins 4 soldats de la Minusma tués dans l'explosion d'une mine

Le bilan provisoire de l'explosion d'une mine au passage d'un convoi de la Minusma mardi au nord de Kidal est d'au moins 4 morts et 15 blessés.[...]

Mali : réouverture des négociations d'Alger, à la recherche d'une "solution définitive" à la crise

Le gouvernement et des groupes armés maliens ont repris lundi les pourparlers d'Alger en vue de ramener la paix dans le nord du pays. Un deuxième round de discussions après la signature fin juillet d'une[...]

Mali : deux diplomates algériens libérés plus de 2 ans après leur rapt

Deux diplomates algériens enlevés en avril 2012 par un groupe islamiste armé au Mali ont été libérés samedi, ont annoncé les autorités algériennes en confirmant[...]

Mali : IBK ne veut plus de la médiation du Burkinabè Compaoré

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta soupçonne Blaise Compaoré de vouloir réintroduire dans le jeu Iyad Ag Ghaly, le chef d'Ansar Eddine.[...]

France - Libye : Sarkozy, Kadhafi et la piste malienne

Comme l'a révélé J.A. en exclusivité, les juges qui enquêtent sur le financement de la campagne de l'ex-président français en 2007 ont adressé une demande d'entraide[...]

Mali : les groupes armés du Nord veulent faire front commun face au gouvernement

Les six principaux groupes armés du Nord du Mali ont signé jeudi à Ouagadougou une déclaration commune censée mettre fin à leurs divisions. Ils entendent ainsi présenter un front[...]

Mali : les groupes armés du nord peaufinent leurs revendications à Ouagadougou

Les principaux mouvements armés du Nord du Mali sont réunis depuis mardi à Ouagadougou. Objectif : harmoniser leur plateforme de revendications avant un second round de négociations décisif avec[...]

Éthiopie : Hiroute Guebre Sellassie, une diplomate tout-terrain pour le Sahel

De Nouakchott à Niamey, le nouvel envoyé spécial de l'ONU se démène pour mobiliser chefs d'État et partenaires internationaux. Son nom ? Hiroute Guebre Sellassie.[...]

Mali : le Prytanée militaire de Kati, école d'excellence de l'armée

Sanogo, Dacko, Fané... Tous sortent du même moule : le Prytanée militaire de Kati. Un établissement d'excellence hérité de l'époque coloniale où l'on apprend[...]

Mali - Moctar Mariko : "Les libérations d'auteurs présumés de violences nous atterrent"

La libération, le 15 août dernier, de l'ancien juge islamique de Tombouctou - notamment responsable d'avoir fait pratiquer des amputations -, a suscité les protestations de l'Association malienne des droits de[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex