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12/08/2012 à 12:48
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Aux JO de Londres, une pénalité  a fait s'envoler les espoirs de médaille de Benjamin Boukpeti. Aux JO de Londres, une pénalité a fait s'envoler les espoirs de médaille de Benjamin Boukpeti. © Reuters

Porte-drapeau du Togo et premier médaillé olympique de son pays - le bronze en canoë à Pékin en 2008 -, Benjamin Boukpeti a vécu à Londres ses troisièmes JO. Pour Jeune Afrique, il raconte son expérience du village olympique. Immersion dans un milieu où les caméras de télévision n'ont pas droit de cité.

Les Jeux Olympiques, c’est LA compétition où tout tourne autour des athlètes. Même si il y a toujours des impératifs liés aux horaires de la télévision, la plupart des autres choses sont vraiment faites pour nous. Dès l’aéroport, à partir du moment où vous posez le pied sur le sol anglais, vous êtes attendu. Pour moi, ce n’est pas du luxe. Je voyage avec un kayak qui fait 3,50 mètres de long. Autant dire qu’il ne passe pas dans le coffre d’une voiture. Et il faut une sacrée logistique pour arriver au village olympique.

En soi, celui-ci n’a rien d’extraordinaire. Des appartements neufs avec, petit détail, des couettes décorées à l'image des différents sites olympiques. Le grand moment, c’est quand on découvre son compère de chambrée.  Pour moi : Komi Agbetoglo, un pongiste togolais. On se connaissait l’un et l’autre à travers nos résultats. Mais là, on s’est vraiment découvert. Il a 19 ans, j’en ai 31… Résultat, il fait ses petites conneries de jeune. Parfois, je me demande s’’il n’oublie pas d’aller à l’entrainement ! Moi je suis plutôt le vieux con maniaque. La chambre rangée, les affaires bien pliées, le savon bien à sa place. Je suis hyper régulier, je me lève toujours aux mêmes heures. Lui, je le vois courir partout, oublier tel ou tel truc, ça me fait toujours rire.

La grande fête de l'ouverture

Comme ce sont mes troisièmes jeux, je suis forcément moins ébahi, un peu plus habitué. Je m’attendais même un peu à être une nouvelle fois porte-drapeau du Togo après 2008 même si je me disais qu’ils allaient peut-être choisir quelqu’un d’autre. Autour de moi on me disait : « Tu ne te rends pas compte, tu es le premier médaillé olympique du pays, tu es bien préparé, tu es le seul qui joue réellement quelque chose sur ces Jeux »... Donc finalement, je n’étais pas complétement surpris d'être à nouveau choisi. On est toujours content d’être porte-drapeau. Surtout que la cérémonie, c’est toujours un grand événement.

L’ouverture c’est vraiment le moment où on rentre dans la fête tous ensemble. Je ne pourrais pas imaginer les JO sans ça.

Toutes les délégations sont regroupées, c’est un des premiers et des seuls moments où l'on se retrouve tous ensemble. En dehors, on ne vit pas aux mêmes heures. Vu que la restauration est ouverte 24 heures sur 24, on ne mange même pas forcément ensemble. L’ouverture c’est vraiment le moment où on rentre dans la fête tous ensemble. Je ne pourrais pas imaginer les JO sans ça. Ce qui est dommage, c’est qu’on ne voit pas vraiment le spectacle puisque on attend pour défiler. Je n’ai vu que le tout début à la télé. On n’était pas dans l’immensité de Pékin mais j’ai trouvé ça génial, même en démarrant mes compétitions peu de temps après, le dimanche. On se couche un poil plus tard que d’habitude, vers deux heures du matin, mais ça ne dérange pas trop. Dès le lendemain on a récupéré.

La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres le 27 juillet 2012.

© Dylan Martinez/Reuters

La réussite des JO : stars et proximité

C’est le fait d’être entre athlètes qui est extraordinaire. Au village, pendant les premiers jours tout le monde va prendre en photo Tony Parker, les basketteurs, les stars du sport mondial. Mais, au bout de quatre ou cinq jours à les voir au restaurant, on finit par juste dire bonjour et on va s’asseoir à côté d’eux pour discuter. C’est la vraie réussite des Jeux : je vois des stars à la télévision le matin et le midi, je vois les mêmes qui viennent manger et qui se préparent pour leur finale du soir même.

Bon, il y en a toujours qui ne veulent pas jouer le jeu et qui ne restent que deux jours au village avant d'aller s’entrainer à l’extérieur. Je pense que c’est le cas d’Usain Bolt. On l’a vu au début mais il a très vite disparu. C’est logique : quand il gagne le 100 mètres et qu’il se prépare pour le 200 mètres, il vaut mieux qu'il évite de traîner, c'est sûr. Ça peut vite tourner à l'émeute. Les basketteurs américains n’étaient pas au village non plus cette fois ci : à Pékin dès qu’ils mettaient un pied dehors, c’était une cohue indescriptible.

Ça peut vite tourner à l'émeute. Les basketteurs américains n’étaient pas au village cette fois ci : à Pékin dès qu’ils mettaient un pied dehors, c’était une cohue indescriptible !

Pour ce qui est de la compétition à proprement parler, ça a été un peu compliqué pour moi, notamment durant les qualifications. J’étais dans un mauvais jour, le parcours était difficile et très exigeant. J’ai eu un petit pépin physique qui me faisait perdre énormément de sensation. Je ne me suis qualifié qu’à quelques dixièmes de seconde près. J’avais fait un début de saison moyen. En fait, je n’avais pas fait de finale entre les Jeux de Pékin et ceux de Londres. Mais je courais quand même derrière une médaille. Depuis l’été 2011, je ne faisais que progresser. Après les qualifications, je me suis dit que ça allait être juste pour une médaille mais, finalement, je fais une bonne demi-finale, à seulement une ou deux secondes du meilleur temps en ayant contrôlé ma descente. Donc je me dis que tout est possible : sur un malentendu ça peut passer. Mais ce n’est pas passé. En finale je prends 50 secondes de pénalité pour avoir raté une porte… Je dois avoir une oreille à l’extérieur de la porte… Mais je suis très content du niveau que j’ai atteint. C'était mercredi 1er août. Ce qui veut dire qu’il me restait une semaine et demie à Londres.

Décompression et échanges

Subitement, après les épreuves, ça devient un peu dur pendant quelques jours. On a eu un énorme moment d'émotion, et puis il faut revenir à la normale.

J’ai d’abord passé pas mal de temps avec ma famille qui était venu m’encourager. Après la compétition, c’est toujours sympathique de retrouver de partager avec ceux qui sont venus nous soutenir. On fait forcément une première nuit de décompression avec les copains… De toute façon, après un événement comme ça, on ne dort pas… Ensuite, pendant quelques jours, ça devient subitemement  un peu dur. On a eu un énorme moment d’émotion et puis, d’un coup, on passe du champion parfaitement réglé à autre chose. On a l’impression qu’il ne se passe plus rien. Il faut réussir à revenir à la normale, se balader dans le village avec les autres athlètes, découvrir la ville, éventuellement voir d’autres sports. Mais, on n’a accès qu’aux sites sur lesquels on concourt. Pour les autres, on peut avoir des tickets mais il faut les demander longtemps à l’avance. Je ne l’ai pas fait. Mais je me rends compte qu’on voit très bien les épreuves à la télévision. J’ai préféré aller voir les athlètes au village,  échanger avec d’autres délégations, notamment africaines.

Développer le sport en Afrique

On dit toujours que l’Afrique n’a pas de moyens, qu’on n’est pas bon, qu’on fait des mauvais Jeux Olympiques. Personnellement, après trois olympiades, je commence à prendre du recul. J’essaye d’aller voir les autres Africains pour voir comment ils fonctionnent, et surtout ce qu’on pourrait mettre en place pour partager les expériences et nous améliorer ensemble. Il faut qu’on prenne le temps avec les dirigeants de nos délégations, avec nos chefs de mission, avec certains présidents de fédération pour essayer de commencer à mettre un pied dans l’olympiade qui suit. Ce qu’on cherche, c’est développer le sport en général. On sait bien que le kayak, en Afrique, n’est pas le truc le plus réaliste… L’idée c’est vraiment de développer le sport en général et d’apporter des réponses à toutes les questions qu’on se pose pour pallier au manque, notamment d’infrastructures, qui nous empêche  de faire de bonnes performances.

Il faut avoir une approche assez large. On s’appuie sur le Togo mais on aimerait travailler avec les Ghanéens, les Béninois, les Burkinabé, en gardant nos spécificités et nos forces africaines. Les Jeux olympiques sont pleins d’opportunités. Je ne compte pas le nombre de champions accessibles qu’on a rencontrés, le nombre de dirigeants sportifs avec qui on peut se positionner. En dehors des Jeux, si on veut se rencontrer, il faut traverser le monde. Aux JO, on traverse le monde en 15 minutes. À pied. D’habitude ça prend du temps et ça coûte une fortune. Là, beaucoup de gens sont accessibles. De jour comme de nuit.

Vie nocturne

Cette année, je n’ai pas trop bougé la nuit. Il y a quand même d’autres athlètes qui se préparent... Mais, en même temps, tout est ouvert en permanence, donc il y a toujours moyen de se retrouver dans des zones du village... J’ai des supers souvenirs d’Athènes, en 2004. J’avais huit ans de moins, plus la pêche, plus envie de découvrir tout le monde et de m’éclater. À Londres, les bus tournent toute la nuit et il y a toujours des sponsors qui organisent des fiesta ou certains clubs olympiques. Il y a beaucoup de soirées qui partent de là. C’est comme ça que ça démarre, du moins pour ceux qui peuvent se le permettre.

Car ça ne doit pas être évident de concourir en fin de programme, dans les derniers jours des Jeux. Nous, quand on passe au début, on a dix jours de plus pour prendre le temps de découvrir. Avant les compétitions, je ne connaissais qu’un dixième du village. C’est dommage. Quand vous vous balladez, vous pouvez tomber sur des choses assez incroyables. Les athlètes néozélandais médaillés en aviron et qui sont accueillis par un haka. Vous pouvez vous réveiller en plein milieu d’un entrainement de hockey sur gazon que les Canadiens ont improvisé sur une pelouse en bas d’un immeuble. Ou vous pouvez encore être coincé entre un basketteur de 2,10 mètres et un lutteur de 1,60 mètre…  Il n’y a qu’au village olympique que ça arrive !

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Propos recueillis par Mathieu Olivier

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