Extension Factory Builder
11/08/2012 à 15:03
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
'Nous avons encore des techniciens de qualité, mais ils font le bonheur des pays du Golfe.' "Nous avons encore des techniciens de qualité, mais ils font le bonheur des pays du Golfe." © DR

Vingt ans après avoir donné sa première médaille d’or olympique à l’Algérie sur 1 500 m à Barcelone, Hassiba Boulmerka revient sur la participation algérienne aux JO de Londres, qu'elle juge insuffisante. Selon elle "il n'y a pas de politique sportive" dans son pays. Symbole de la lutte pour l’émancipation des femmes du monde arabe, elle apprécie également à sa juste valeur l’autorisation du port du voile lors des compétitons.

« Aussi vrai qu’il est impossible de se rendre à la mosquée en short, il est impossible de courir en hijab ». C’est ce que déclarait en 1992 l’athlète algérienne Hassiba Boulmerka, médaillée d’or sur 1500 m aux JO de Barcelone et menacée de mort dans son pays, en pleine montée de l’islamisme. Nombre d’éditorialistes européens ont repris cette déclaration pour critiquer l’autorisation du port du voile décidée cette année par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF). Aujourd’hui devenue patronne d’une entreprise pharmaceutique (Hassiba Boulmerka International), à Alger, la championne voit au contraire dans cette décision une victoire. Interview.

Que pensez-vous de la participation algérienne aux JO de Londres ?

Elle n’est pas brillante et cela m’a fait souffrir. Dès le début, j’étais déçue par le faible nombre d’athlètes qui ont réussi à décrocher leur billet. Il n’y a malheureusement pas de politique sportive dans notre pays, la victoire de Taoufik Makhloufi est un exploit personnel. Nos dirigeants gèrent l’athlétisme de manière archaïque, sans professionnalisme. Je suis le fruit de la réforme sportive de 1977, qui a notamment amené les entreprises publiques à financer le développement du sport. Nous avions à l’époque des jeux sportifs nationaux qui permettaient de détecter les athlètes, des infrastructures aux normes internationales dans chaque wilaya (région)… En 1989, cette politique a été cassée elle n’a pas été remplacée, amenant les entreprises publiques à se désengager. Nous avons encore des techniciens de qualité, mais ils ne sont pas sollicités. Et ils font le bonheur des pays du Golfe.

En Algérie, vous n’avez pas encore de successeur sur le 1500 m, et il n’y a plus de sportive symbole de la cause des femmes comme vous l’étiez…

J’ai eu une carrière très difficile. En plus des sacrifices liés à l’entraînement et la pression, j’ai supporté les menaces de mort des islamistes, car je représentais la femme émancipée. Cette image a aussi constitué une pression venant des medias internationaux. Le résultat est que mes victoires étaient pour moi sportives et politiques. Il était question d’« être ou ne pas être ». Quand je gagnais, beaucoup de femmes gagnaient avec moi.

Vingt ans après, certains estiment en Algérie que leur société est plus islamisée que la vie politique…

Je ne le crois pas car les Algériens ont vécu des moments terribles de terrorisme aveugle. Ils s’en sont relevés et ils ne vont pas répéter ces erreurs. Ils savent que ces gens sont les ennemis de la joie et de la vie. C’est vrai qu’il n’est  pas facile d’être une femme. On vit dans un pays où il y a beaucoup d’interdits liés à la tradition, à la religion et à la loi, et cela ne laisse pas une grande marge pour l’émancipation d’une femme. Tous les jours, il y a des difficultés, mais des femmes se battent, dans le monde de l’art, du sport, de l’entreprise…

L’IAAF a pris une décision courageuse en prenant à leur jeu les pays du Golfe, qui répètaient depuis des années que, sans voile, la participation de leurs femmes était impossible. L’IAAF a levé l’obstacle et ils n’ont plus d’excuse.

Que pensez-vous de l’autorisation du port du voile décidée pour la première fois lors de ces Jeux ?

C’est très important et positif. Je suis contente que des pays comme l’Arabie Saoudite, le Qatar ou Bruneï aient envoyé des athlètes femmes. Leur participation est plus forte qu’une victoire sportive. L’IAAF a pris une décision courageuse en prenant les pays du Golfe à leur jeu. Ces derniers répètent depuis des années que sans voile, la participation de leurs femmes est impossible. L’IAAF a levé l’obstacle et ils n’ont plus d’excuse. Ma position n’a pas changé par rapport à 1992, mais nous autres Maghrébines n’avons jamais été contraintes par des interdits vestimentaires. Pour ces pays arabes, c’est une victoire qui se fait par étapes. Je dois dire que j’en ai été l’un des déclencheurs, lorsque j’étais à la section « sport et femmes » du Comité international olympique (1996-2000), où j’ai défendu une position « révolutionnaire » : un pays qui n’envoie pas de femme ne peut pas participer aux Jeux.

_______

Propos recueillis par Saïd Aït Hatrit

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

In Amenas : l'enquête britannique provoque la colère des familles de victimes

Selon les conclusions de l'enquête judiciaire britannique sur l'attaque du complexe gazier algérien d'In Amenas, il "est probable que la balle" qui a tué Stephen Green, l'un des sept otages, "a[...]

Algérie : Karim Achoui, le droit au retour

Ce Franco-Algérien s'est fait connaître comme l'avocat des figures du milieu. En s'inscrivant au barreau d'Alger, il a trouvé le moyen de contourner l'interdiction de plaider qui le frappait en France.[...]

Le dessinateur algérien Ali Dilem rejoint l'équipe de "Charlie Hebdo"

Le célèbre dessinateur de presse algérien Ali Dilem a rejoint la rédaction de "Charlie Hebdo", qui a sorti mercredi son second numéro depuis les attentats de janvier. Un choix audacieux[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Algérie : vaste dispositif policier pour empêcher une manifestation contre le gaz de schiste à Alger

Un important dispositif policier a été déployé mardi à l'aube autour de l'esplanade de la Grande Poste, dans le centre d'Alger, où devait se tenir une manifestation contre le gaz de[...]

Gaz de schiste : Sonatrach contre-attaque

 Pour contrer les arguments des opposants au gaz de schiste en Algérie, Sonatrach a invité des experts étrangers pour rassurer l'opinion quant aux dangers représentés par l'exploitation des[...]

Football : le Real Madrid enfin de retour sur les terres algériennes ?

Le Real de Madrid a donné vendredi son accord pour disputer un match amical en Algérie, a rapporté le quotidien espagnol "Marca", très proche du club. La date de cette rencontre et[...]

L'expulsion de 33 chibanis à Paris pose la question de la situation des vieux migrants en France

Après avoir été expulsés manu-militari jeudi matin de leur hôtel situé rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris, 33 chibanis (personnes âgées) ont reçu l'assurance[...]

Mali : accord entre Bamako et les groupes armés pour une "cessation immédiate" des hostilités

Réunis à Alger pour un nouveau round des négociations de paix, le gouvernement malien et six groupes armés du nord du Mali ont signé jeudi, sous les auspices de l'Algérie et de l'ONU, un[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120811142927 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120811142927 from 172.16.0.100