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10/08/2012 à 18:36
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Le nouveau président de l'assemblée libyenne, Mohamed al-Megaryef, était un opposant de Kaddafi. Le nouveau président de l'assemblée libyenne, Mohamed al-Megaryef, était un opposant de Kaddafi. © AFP

À 72 ans, Mohamed al-Megaryef, opposant politique libyen un temps exilé aux États-Unis, a été élu jeudi  9 août président du Congrès national général. L’assemblée de 200 membres est chargée de mener la transition démocratique libyenne, prenant ainsi le relais du Conseil national de transition (CNT). Interview.

Mohamed al-Megaryef fait défection au régime de Kaddafi au début des années 1980, alors qu’il est ambassadeur en Inde. Il devient par la suite une des figures de l’opposition libyenne installées à l’étranger, en fondant le Front de salut national libyen, et il est notamment responsable d’une tentative d’assassinat contre Mouammar Kaddafi en mai 1984.

Élégant, le port altier, l’ancien diplomate est vêtu de la tenue traditionnelle libyenne : un veston brodé, une djellabah blanche immaculée. Affable et souriant, il répond aux questions de Jeune Afrique au sujet des principaux défis qui se posent à la Libye d’aujourd’hui. Cette interview a été réalisée dimanche 5 août 2012, avant son élection à la tête du Congrès national général.

Jeune Afrique : Quelles leçons tirez-vous de la manière dont le CNT a dirigé la Libye ces derniers mois ?

Mohamed al-Megaryef : Il y avait au sein du CNT un manque d’organisation interne. Il n’a pas assuré certaines procédures administratives simples. Il faudra réguler la manière dont le Congrès va fonctionner. Nous allons apprendre des erreurs passées. Nous devons par exemple définir le mode de coopération et le partage des tâches entre le Congrès et le gouvernement. Durant la période précédente, il y avait beaucoup d’interférences entre le CNT et son gouvernement.

Le CNT ne s’est pas du tout intéressé aux organisations de la société civile, ou à la rue. Il ne les tenait pas informées des avancées de son travail. Cela a créé un fossé et a alimenté les critiques à son encontre. Les gens ne savaient pas ce que faisaient ses membres. Ils étaient surpris par l’adoption de certains décrets ou par certaines décisions. Nous devons les tenir au courant de ce qui se passe au sein du Congrès national, des débats que nous tenons. Nous pourrions par exemple diffuser en direct nos séances de travail.

Chaque force politique doit avoir la sagesse de comprendre qu’elle ne peut diriger le pays et gérer les priorités du jour seule.

Comment sera formé le gouvernement ?

Aujourd’hui, le paysage politique est fragmenté et équilibré. Personne ne peut avoir la majorité seul. Il nous faut un gouvernement de consensus. Chaque force politique doit avoir la sagesse de comprendre qu’elle ne peut diriger le pays et gérer les priorités du jour seule.

Quelles seront les priorités du Congrès général national et du gouvernement ?

Les dossiers sont nombreux et doivent être étudiés avec attention. Il faut revoir l’organisation de la justice, la réconciliation nationale, la lutte contre la corruption, le désarmement et la construction des forces armées. Nécessaires à la révolution, les armes sont devenues un grand problème aujourd’hui. Elles sont présentes partout, dans des proportions qui nous sont inconnues, parfois entre des mains malhonnêtes qui peuvent représenter un danger pour la sécurité nationale.

Tous ces dossiers sont nos priorités, et ce sont des sujets qui préocupent l’opinion publique. Le gouvernement doit également lancer le développement économique et social de la Libye, en rassurant les investisseurs étrangers par exemple. Nous aurions souhaité que ce travail soit entamé avant notre arrivée, mais malheureusement du retard a été pris. Nous allons demander au gouvernement de présenter son programme et nous le discuterons lors des séances du Congrès.

Votre position en ce qui concerne la réconciliation nationale ?

Il est important de faire le jour sur ce qui s’est passé pendant les quarante-deux années qui ont précédé la révolution. Et pendant la révolution elle-même. Les meurtres, la torture, le viol, l’emprisonnement. Ces crimes ont nui à la Libye et à des milliers de familles de victimes. C’est important d’en parler pour la mémoire collective, pour notre histoire. Si nous essayons de cacher la vérité, elle restera dans les esprits et dans les cœurs. Les punitions collectives sont totalement refusées. Mais dans certaines régions, au sein de certaines tribus, des gens ont commis des crimes. Et ils doivent être punis. Les tribus ne peuvent pas demander à l’État de gracier ces personnes lorsqu’il s’agit de crimes graves, comme ceux évoqués plus haut. Ils doivent être soumis à une justice équitable.

Comment sera mis en place le comité constitutionnel ?

Nous ne pourrons pas organiser de nouvelles élections pour choisir le comité chargé de rédiger la Constitution, cela fait quasiment consensus. Nous devrons nommer les soixante membres directement. Nous allons cependant conserver le quota symbolique de vingt membres par région, qui envoie un message fort à ces dernières, assurées d’être  également représentées.

Le régime sera républicain. L’État sera civil, non religieux, et respectera les droits de l’homme, le multipartisme, la séparation des pouvoirs et la diversité des Libyens.

Quelle forme prendra l’État selon vous ?

Le régime sera républicain. L’État sera civil, non religieux, et respectera les droits de l’homme, le multipartisme, la séparation des pouvoirs et la diversité des Libyens. Nous devons donner leurs droits culturels aux Amazighs, aux Toubous et aux Touaregs par exemple.

Y a-t-il en Occident beaucoup de craintes concernant la charia ?

Nous sommes un peuple 100 % musulman, il est normal que la charia soit une source de législation et que rien ne vienne la contredire. C’est une question de formulation : certains estiment que l’on peut se contenter d’indiquer que l’islam est religion d’État, d’autres considèrent qu’il faut préciser que la charia est une source du droit.

Nous sommes un peuple 100 % musulman, il est normal que la charia soit une source de législation et que rien ne vienne la contredire.

La Libye sera-t-elle fédéraliste ?

La Libye a connu le fédéralisme autrefois et notre expérience n’était pas négative. Toutefois, ce système était coûteux, à un moment où le pays était limité dans ses revenus. Ce fédéralisme avait su assurer un certain niveau de décentralisation profitable à l’époque car les différentes régions n’avaient jamais été sous un pouvoir central unifié. Par la suite, nous sommes passés à un régime centralisé. Malheureusement, la centralisation, appliquée durant la monarchie et les quarante-deux années de Kaddafi, a été marquée par l’injustice, les privations et la marginalisation de certaines régions. Aujourd’hui, tout ce que nous voulons c’est un régime le plus décentralisé possible. Afin de permettre à chaque ville et à chaque région de profiter équitablement du développement du pays et du partage des richesses mais aussi de disposer des services nécessaires.

Que reste-t-il du régime de Kaddafi ?

Au sein des appareils de sécurité, des administrations gouvernementales, certaines pratiques ont encore cours : les fonctionnaires sont habitués au chaos, ils ont perdu leur esprit d’initiative. Le régime de Kaddafi était un régime individuel, rien ne se faisait sans un ordre venu d’en haut. La corruption est encore très répandue. Il y a des gens, parfois haut placés, qui ont profité de la révolution et de la situation du pays pour la pratiquer dans des proportions très importantes.

Ces personnalités devraient-elles être exclues de la vie politique ?

Elle faisaient partie du régime. Elles ont participé à la corruption de la vie politique sous Kaddafi. Dans la période à venir, elles ne doivent pas avoir de rôle directeur, mais rester en retrait. On doit profiter au maximum de leur expérience au sein de l’État, mais elles ne peuvent diriger une société révolutionnaire. Ce n’est pas de la vengeance, c’est de la logique.

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Propos recueillis par Tony Gamal Gabriel
 

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