Extension Factory Builder
10/08/2012 à 09:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Tirs de gaz lacrymogèneslors de la manifestation du 9 août à Sidi Bouzid. Tirs de gaz lacrymogèneslors de la manifestation du 9 août à Sidi Bouzid. © Mokhtar Kahouli/AFP

Les manifestations contre le gouvernement dirigé par les islamistes d’Ennahdha se multiplient à Sidi Bouzid. Objet de la contestation : l’incapacité du pouvoir à trouver des remèdes à la crise économique.

Il y avait longtemps que Sidi Bouzid (Centre-Ouest), berceau de la révolution tunisienne, n’avait pas connu une telle agitation. Après les violentes échauffourées de la fin de juillet, deux manifestations se sont produites en une seule journée, jeudi 9 août. Dans la nuit, quelque 800 personnes se sont réunies pour protester contre l’intervention musclée de la police qui avait dispersé dans la mâtinée une première mobilisation à coup de gaz lacrymogènes et de tirs de balles en caoutchouc, envoyant à l’hôpital cinq personnes.

Les affrontements avec les forces de l’ordre se sont poursuivis après minuit heure locale. Aucune information sur d’éventuels nouveaux blessés n’était disponible dans la nuit. La mobilisation de la matinée avait tourné au vinaigre quand les manifestants avaient essayé de prendre d’assaut le gouvernorat, après avoir lancé des slogans très hostiles au gouvernement dirigé par les islamistes d’Ennahdha : « Le peuple veut la chute de régime », « non à l'hypocrisie »…

« Les revendications du peuple relatives à l'amélioration de sa situation sociale deviennent de plus en plus insistantes mais malheureusement le gouvernement n'est pas au service de ce peuple », déplore Mohamed Ghadri du Parti républicain, l’une des formations politiques participant aux marches du 9 août, avec le Parti républicain (centre), mais aussi le Parti des travailleurs tunisiens (communiste), et Al-Watan (la nation).

Région marginalisée

De fait, marginalisée sous l'ancien régime, la région de Sidi Bouzid n’a pas vu sa condition s’améliorer. « Les habitants de Sidi Bouzid vivent dans des conditions très difficiles surtout ces derniers temps avec les coupures d'électricité et d'eau », explique le politologue Ahmed Manaï. « Il fallait s'attendre à ces manifestations ».

Et ce qui est très inquiétant pour le pouvoir, c’est que Sidi Bouzid n’est que le foyer où se cristallise les rancœurs de plus en plus répandues dans le pays contre le gouvernement, incapable d’améliorer les conditions de vie des Tunisiens. De plus en plus, la contestation de la politique d’Ennahdha - singulièrement son absence de vision et de résultats économiques – grandit en s’appuyant sur une sorte de nostalgie de la stabilité de l’ancien régime. D’où un malaise qui se politise rapidement.

C’est une relative nouveauté : la contestation n’est plus simplement sectorielle, comme à la fin juillet où des travailleurs de Sidi Bouzid réclamaient le paiement de leurs allocations. Désormais, elle se généralise, l'opposition et la société civile accusant le gouvernement d'une dérive autoritaire et islamiste, voyant notamment dans la volonté de réforme sociétale affichée par Ennahdha (comme la « criminalisation » des atteintes au sacré) des projets démagogiques destinés à détourner l’attention des Tunisiens de l’incapacité du gouvernement à redresser l’économie.

Autisme

Outre la polémique sur le projet de loi punissant de peines de prison les atteintes au sacré, une proposition d'article de la Constitution en cours d’élaboration évoquant la « complémentarité » et non pas « l'égalité » homme-femme provoque de forts remous. La troïka au pouvoir paraît même menacée. Il semble que le président de l’Assemblée, Mustapha Ben Jaafar soit prêt à démissionner du perchoir et à revoir tous les accords avec la troïka gouvernementale si, par exemple, les droits des femmes étaient remis en question.

De son côté, plus autiste que jamais, Ennahda rejette en bloc toutes les critiques. Rached Ghannouchi a même accusé récemment des médias et des syndicats de « menacer l'unité du pays ».

(Avec AFP)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : un ex-ministre de Ben Ali à Carthage ?

Tunisie : un ex-ministre de Ben Ali à Carthage ?

Caciques de l'ancien régime ou membres éphémères de l'équipe gouvernementale du président déchu, ils ont décidé de briguer la magistrature suprême le 23&[...]

Tunisie : un scrutin placé sous le signe de la morosité

Quelques jours avant les élections législatives, la Tunisie semble se préparer à troquer la transition contre une situation aléatoire.[...]

Législatives tunisiennes : lobby tout-terrain

Des stades aux mosquées en passant par les soirées privées, en Tunisie tous les moyens sont bons pour gagner des voix aux législatives.[...]

Hammamet : Afek Tounes, la voix des jeunes Tunisiens

Dans l'intérieur du pays, électeurs et formations politiques tunisiennes se croisent, entre désillusions des uns et ambitions électorales des autres. Reportage.[...]

Législatives tunisiennes : l'abstention, le vrai outsider

Quels que soient les résultats des législatives tunisiennes du 26 octobre, vainqueurs et vaincus devront relativiser leurs performances. En cause : l'abstention qui risque à nouveau de battre des[...]

Tunisie - Sfax : "La ville est abandonnée"

Dans l'intérieur de la Tunisie, électeurs et formations politiques se croisent, entre désillusions des uns et ambitions électorales des autres. Reportage.[...]

Tunisie : la montée de Slim Riahi inquiète les ténors

Grâce à ses moyens financiers très importants, Slim Riahi commence à agréger derrière lui un électorat urbain peu politisé. Peut-il faire de l'ombre aux favoris de la[...]

Législatives tunisiennes : "Le poids d'Ennahdha sera contrebalancé", selon Ghazi Gherairi

L'ancien porte-parole de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, Ghazi Gherairi, analyse les enjeux des législatives du 26 octobre. Au sein de l'Assemblée, et aussi[...]

Législatives tunisiennes : aux urnes citoyens !

Le scrutin du 26 octobre approche à grands pas, mais les citoyens tunisiens ne se mobilisent guère. Les enjeux sont pourtant cruciaux : les députés défendront leur vision de[...]

CAN 2015 : le Sénégal concède le nul face à la Tunisie aux qualifications

Le Sénégal et la Tunisie se sont neutralisés 0-0 vendredi à Dakar et conservent la tête du Groupe G pour la 3e journée des éliminatoires de la CAN 2015, alors que le Maroc a[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers