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09/08/2012 à 22:25
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L'équipe camerounaise de football féminin compte une défection aux JO 2012. L'équipe camerounaise de football féminin compte une défection aux JO 2012. © AFP

On connaissait le "brain drain", c'est à dire l'immigration des élites intellectuelles des pays en développement vers les pays riches. La récente défection de sept athlètes camerounais aux JO de Londres a mis en évidence un autre phénomène, tout aussi ancien : celui du "muscle drain"…

S’il y a une chose que les pays en développement partagent allègrement avec les dictatures (quand ce ne sont pas les mêmes), c’est le risque de fuite de leurs élites, mais aussi de leurs athlètes lors des grandes compétitions internationales. Et lorsque cela se produit, dans le cadre de recontre surmédiatisées, l’image du pays victimes de ces défections en pâtit considérablement. Le Cameroun n’a pas échappé à la règle, quand il a confirmé, le 7 août, que sept membres de sa délégation olympique - cinq boxeurs, un nageur et une footballeuse (voir encadré ci-dessous) – s’étaient évaporés dans la nature, vraisemblablement pour s’installer quelque part en Europe.

Désappointées, les autorités camerounaises ont demandé l’aide du Comité d'organisation des Jeux de Londres, le Locog (London Olympic organising committee) pour retrouver leurs sportifs. Celui-ci a informé la police, qui ne peut cependant pas faire grand chose : les visas accordés aux disparus sont valables jusqu'en novembre. Quoi qu’en cas de non présentation des documents à un contrôle de police, les athlètes en cavale risquent de voir leurs plans s’effondrer… « Tous les passeports et d’autres documents des joueuses [de football, NDLR] sont retenus par le staff administratif », a ainsi affirmé au site Footafrica365.fr un responsable de la délégation camerounaise.

La prudence de cette dernière est bien compréhensible. Le Cameroun n’est pas, loin s’en faut, le seul à subir les désagréments du « muscle drain » - le politologue camerounais Nguini Owona parle « d'exode de muscles » -, mais il est sûrement l’un des pays les plus touchés par le phénomène. Le même type d'incidents se produit régulièrement, lors de rencontres internationales de juniors, à l'occasion de Jeux de la francophonie ou de Jeux du Commonwealth. Et même lors des quatre dernières Olympiades.

Ils ont tout donné au Cameroun. En retour qu'est-ce qu'ils ont reçu ? Qu'est-ce que le Cameroun fait pour assurer l'avenir de ses athlètes ?

Bertrand Magloire Mendouga, Président de la Fédération camerounaise de boxe

 « Il y a 16 ans, nos athlètes ont fait défection lors des jeux Olympiques. Ce fut le cas il y douze, huit, quatre ans et aujourd'hui. Si rien n'est fait, dans quatre ans, on parlera de la même chose », assène Bertrand Magloire Mendouga, le président de la Fédération de boxe dont sont issus cinq des sept athlètes disparus.

"Insuffisance chronique des politiques sportives"

« Le problème que ces garçons pose est celui de leur devenir, renchérit le président de la fédération de boxe. Ils [les boxeurs, NDLR] ont tout donné au Cameroun notamment en Afrique où le pays a été célébré grâce à leurs victoires. En retour qu'est-ce qu'ils ont reçu ? Qu'est-ce que le Cameroun fait pour assurer l'avenir de ses athlètes? »

Nguini Owona, le politologue, pointe du doigt « une immigration sportive liée à l'insuffisance chronique des politiques sportives. Ces sportifs estiment que rien n'est fait pour qu'ils puissent tirer leur épingle du jeu dans la société. Ils choisissent donc d'immigrer parce que dans de nombreux sports, les changements de nationalité sont très aisés ».

Défections en série

La deuxième gardienne de l'équipe de football, Drusille Ngako, a été la première à se faire la malle, le 2 juillet. Puis, quelques jours plus tard, c’est au tour du nageur Paul Ekane Edingue, qui a quitté sa chambre en emportant ses affaires personnelles après avoir été éliminé de la compétition. Les autres sportifs qui se sont envolés sont cinq boxeurs éliminés dès les premiers tours, Thomas Essomba, Christian Donfack Adjoufack, Abdon Mewoli, Blaise Yepmou Mendouo et Serge Ambomo.

Même dans le camp de la majorité présidentielle, on reconnaît aussi le marasme dans lequel le sport camerounais est plongé. « Cette disparition est la preuve qu'il y a un problème. C'est une preuve supplémentaire si on en avait encore besoin de l'état de délabrement de notre sport. Le sport est malade au Cameroun », regrette Hervé Emmanuel Nkom, ex-dirigeant du club de foot du Dynamo de Douala aujourd’hui membre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir). « Je suis triste mais en même temps je comprends. Ce sont des jeunes qui pour des raisons diverses ont envie d'aller s'épanouir sportivement ailleurs », poursuit-il avec des termes choisis. Un fait parle de lui-même : pour l'heure, à Londres, le Cameroun n'a décroché aucune médaille.

Les doutes de la jeunesse

C'est l'expression « d'un malaise commun. Celui d'une jeunesse qui n'a pas confiance, ne croit pas aux capacités de son pays et doute de ses chances d'avenir », analyse de son côté Mathias Eric Nguini Owona, politologue et universitaire camerounais. Un responsable du Social Democratic Front (SDF, opposition), Evariste Fopoussi, est encore plus direct : « Quand un jeune trouve la moindre occasion de sortir de l'enfer, il sort. Il ne se demande pas où il va. Tout le monde fuit. C'est la déliquescence. Les jeunes n'ont pas de perspectives d'avenir ».

« Avant, les meilleurs avaient la possibilité d'accéder à la fonction publique. Mais ce n'est plus le cas. Il faut, dans la plupart des cas, être pistonné ou payer pour obtenir une place », ajoute Jean de Dieu Momo, membre d'un petit parti d'opposition. Et de blâmer le chef de l'État, Paul Biya, « qui n'a aucune politique en faveur des jeunes. »
Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : avec ces récentes défections, il sera de plus en plus difficile pour les sportifs camerounais de se voir délivrer des visas à l’avenir, pour des stages voire de prochaines compétitions. Ce qui rendra leur situation encore plus précaire.

(Avec AFP)
 

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