Mustapha Abdeljalil (g) remet les pouvoirs à Mohamed Ali Soulayem (d), le 8 août 2012 à Tripoli.
© AFP
Le Conseil national de transition libyen (CNT) a officiellement transmis ses pouvoirs à l'Assemblée constituante issue des élections législatives du début de juillet. Une transition pacifique historique après quarante ans de pouvoir dictatorial de Mouammar Kaddafi.
Ce 8 août 2012 restera comme une date marquante de la Libye post-Kaddafi. Mercredi soir, le Conseil national de transition (CNT) a remis les pouvoirs à l'assemblée issue des élections du 7 juillet, lors d'une cérémonie historique marquant la première transition pacifique après plus de quarante ans de dictature kaddafiste.
La cérémonie a été ouverte par des sourates du coran suivi de l'hymne national entonné par une chorale d'enfants. Des représentants de missions diplomatiques, ainsi que des membres du CNT, du gouvernement et des chefs de partis étaient présents.
« Je remets nos prérogatives constitutionnelles au Congrès général national qui est désormais le représentant légitime du peuple libyen », a déclaré le président du CNT, Mustapha Abdeljalil, en remettant symboliquement le pouvoir au doyen des 200 membres du Congrès général national (CGN), élus il y a un mois lors du premier scrutin libre en Libye.
Peu avant, les 200 membres ont prêté serment devant le président de la Cour suprême libyenne. « Maintenant le CNT n'existe plus. Il est dissout », a déclaré Othman Ben Sassi, membre du Conseil.
En raison du mois de jeûne de ramadan, la cérémonie a commencé tard dans la nuit, dans une luxueuse salle de conférence d'un hôtel de la capitale libyenne. Une autre salle aménagée au deuxième étage de cet établissement sera désormais le siège du CGN.
Élection d'un président de l'assemblée
À l'issue de la cérémonie qui n'a duré finalement qu'une quarantaine de minutes, les membres du Congrès ont été appelés à rester dans la salle pour leur première réunion officielle au cours de laquelle ils devaient élire un président et deux vice-présidents de l'assemblée.
« Il faut qu'on choisisse un président ce soir ou demain pour éviter un vide constitutionnel », a précisé un des membres du CGN.
Plus tard, à l'issue d'une réunion à huis clos, le CGN a décidé de reporter l'élection de son président au lendemain, jusqu'à l'adoption d'un « règlement » régissant ces élections. Selon Mohamed Al-Megarief, membre du CGN et ex-opposant notoire du régime de Mouammar Kaddafi, le Congrès doit reprendre ses travaux jeudi à 14 heures (12 heures GMT).
Des mesures de sécurité exceptionnelles ont été mises en place à cette occasion, notamment après une escalade de la violence dans plusieurs régions du pays ces derniers jours. Le ministère de l'Intérieur a ainsi bouclé le périmètre de l'hôtel et toutes les routes proches ou menant à la salle de conférences ont été fermées à la circulation.
Le CNT était l'organe politique de la rébellion qui a fait tomber le régime de Mouammar Kaddafi. Il avait pris officiellement la tête du pays après la chute du Guide libyen, tué en octobre dernier après plus de quarante ans au pouvoir.
Dans son discours, M. Abdeljalil a salué « une première passation de pouvoir dans l'histoire de la Libye » qui représente un « moment historique » pour les Libyens. Il a reconnu des « erreurs » durant une période de transition « exceptionnelle » et un « retard dans le traitement de certains dossiers », notamment ceux de la sécurité, du désarmement. Selon lui, le CNT a échoué aussi à trouver une solution au dossier des déplacés du conflit libyen à l'intérieur et à l'extérieur du pays, qu'il a qualifié de « véritable drame ». « Nous n'avons pas pu garantir la sécurité comme nous le souhaitions et comme le désirait le peuple libyen », a-t-il ajouté.
Voile plutôt que maquillage
Il a par ailleurs annoncé qu'il prenait sa retraite et qu'il quittait ses fonctions au CNT et dans le Conseil supérieur de magistrature dont il était membre sous le régime de Mouammar Kaddafi. La cérémonie a été marqué par un petit incident, quand M. Abdeljalil a ordonné le remplacement d'une jeune femme qui présentait le programme de la cérémonie parce qu'elle était maquillée et non voilée.
« Nous croyons dans les libertés individuelles et nous les consolidons mais nous sommes musulmans et nous sommes attachés à nos principes. Tout le monde doit comprendre ce point », a déclaré M. Abdeljalil sans autre précision, avant de prononcer son discours. L'incident est pasé inaperçu par la plupart de l'assistance qui n'a pas compris la remarque du chef du CNT.
Le CGN sera chargé de choisir un nouveau gouvernement pour prendre le relais du CNT, qui devrait être dissout lors de la première session du Congrès. Il devra conduire le pays à de nouvelles élections sur la base d'une nouvelle Constitution.
L'Alliance des forces nationales (AFN), une coalition libérale quelques dizaines de petits partis, menée par des architectes de la révolte de 2011 contre le colonel Kaddafi, détient 39 sièges sur les 80 réservés à des partis politiques.
Le Parti de la justice et de la construction (PJC), issu des Frères musulmans, est la deuxième formation politique du Congrès avec 17 sièges. Les 120 sièges restants ont été attribués à des candidats indépendants, aux allégeances et convictions encore floues mais qui sont très courtisés par les partis.
« Durant les premières réunions, nous allons voir plus clair concernant les orientations de chacun des membres. Maintenant c'est le flou total », a indiqué Salem Ali Al-Hammali, un membre du Congrès et de l'AFN.
(Avec AFP)

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