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06/08/2012 à 12:13
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Des policiers, avenue Bourguiba, avant une manifestation à Tunis. Des policiers, avenue Bourguiba, avant une manifestation à Tunis. © AFP

Le célèbre blogueur Sofiane Cheroubi a été arrêté dimanche 5 août pour ivresse et "atteinte aux bonne moeurs". Quelques heures plus tard, une manifestation contre le gouvernement a été violemment dispersée à Tunis

Sofiane Chourabi était-il trop gênant pour le gouvernement islamiste? Dimanche, au petit matin, le célèbre blogueur tunisien a été arrêté pour ivresse et "atteinte aux bonnes moeurs". Quelques heures plus tard, à Tunis, la police a dispersé sans ménagement une manifestation d'opposition qui dénonçait des atteintes aux libertés.

Sofiane Chourabi, rendu célèbre pour ses écrits acerbes contre le régime du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, a été arrêté au petit matin sur une plage du nord-est de la Tunisie en compagnie d'un ami journaliste, Mehdi Djellassi, et d'une jeune femme. Selon son avocat Anis Ezzine, ils sont poursuivis pour "ivresse sur la voie publique, tapage nocturne, et atteinte aux bonnes moeurs". Ils risquent jusqu'à sept mois de prison ferme.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khaled Tarouch, a indiqué à la radio Express-FM que les trois amis avaient "reconnu" les faits et avaient été placés en détention. Consommer de l'alcool en public est particulièrement mal vu en cette période de jeûne du ramadan.

Les partisans du blogueur voient une connotation politique dans cette affaire. Ils estiment que ses critiques visant le gouvernement actuel, dominé par les islamistes du parti Ennahda, pourraient être la véritable cause de ses déboires judiciaires.

« Je n'exclus pas que son arrestation soit liée à son appel via Facebook à manifester ce (dimanche) soir à Tunis contre le gouvernement », a déclaré à Express-FM une autre avocate, Me Leila Ben Debba.

Manifestation d'opposition dispersée

Cette manifestation, qui a rassemblé plusieurs dizaines de personnes avenue Habib Bourguiba, a été dispersée à coups de matraques par les forces de l'ordre tunisiennes. La police avait prévenu qu'elle ne tolèrerait aucun rassemblement sur cet axe, un haut lieu de la révolution de janvier 2011. Les manifestants protestaient contre les islamistes au pouvoir, les accusant notamment de violer la liberté d'expression et de vouloir remettre en cause l'égalité homme-femme.

Le mouvement islamiste a récemment mis en avant un projet de loi controversé pour punir de peines de prison les atteintes au sacré. Une proposition d'article de la future constitution évoquant la "complémentarité" et non l'égalité des femmes et des hommes a également soulevé la polémique.

L'opposition et de nombreux acteurs de la société civile craignent que Ennahdha cherche à mettre en oeuvre une islamisation rampante de la Tunisie, où un État laïc a été forgé dès l'indépendance. Sur les réseaux sociaux, de nombreux Tunisiens ont d'ailleurs vu dans l'arrestation de Sofiane Chourabi la preuve que ces craintes étaient fondées.

Ennahda a rejeté à maintes reprises ces accusations, à l'instar de son chef, Rached Ghannouchi, dans un entretien publié mardi par le quotidien La Presse. « Il n'appartient pas à l'État d'imposer un mode particulier de se vêtir, de se nourrir, de consommer des boissons, de suivre des coutumes. Ce n'est pas à l'État d'imposer une religion », a-t-il dit.

(Avec AFP)

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