Barcelone aura été le lieu du renouveau olympique. Minés depuis des décennies par les tensions politiques de la Guerre froide, les Jeux retrouvent en terre catalane leur vocation universelle. Le mur de Berlin et, côté africain, le régime de l’apartheid sont tombés. L’Afrique du Sud signe son grand retour dans une olympiade où le 10 000 mètres va offrir l’un des plus beaux moments de l’Histoire du sport.
Voilà vingt ans que les sportifs sud-africains n’ont pu s’exprimer dans les compétitions olympiques. Deux décennies durant lesquelles le régime de l’apartheid a fait d’eux des parias. En Catalogne, en 1992, ils font leur grand retour. L’olympiade espagnole est même la première depuis 1972 à ne souffrir d’aucun boycott, même si la guerre en Yougoslavie est alors dans beaucoup d’esprits.
Alors que la Dream Team américaine écrase la compétition de basket-ball et entre dans la légende, c’est bien la course du 10 000 mètres féminin qui va faire sensation. Ce vendredi 7 août 1992 en début de soirée, une favorite est bien décidée à s’imposer : la Britannique Liz McColgan, 28 ans, championne du monde de la discipline un an plus tôt.
Tour d’honneur
Comme prévu, la représentante du Royaume-Uni mène la course. Jusqu’au septième kilomètre lorsque, diminuée, elle voit la Sud-Africaine Elana Mayer, de trois ans sa cadette, prendre la tête, suivie de près par une jeune Éthiopienne de vingt ans, Derartu Tulu.
Et c’est bien cette dernière, plus fraîche, tout simplement plus forte, qui va marquer la course de son empreinte et aller conquérir l’or olympique en 31 minutes et 6 secondes, soit plus de 5 secondes d’avance sur sa dauphine d’Afrique du Sud.
Cela lui aurait certainement suffi à entrer dans l’Histoire. C’est pourtant son tour d’honneur qui va marquer les esprits. Attendant quelques secondes Elana Mayer, Derartu Tulu emmène la Sud-Africaine dans un tour de piste symbolique. Elle, première athlète africaine noire à décrocher un titre olympique, enlaçant sa dauphine, citoyenne blanche d’un pays qui vient à peine de sortir de la ségrégation raciale de l’apartheid. Quelque 80 000 spectateurs viennent de vivre un instant du « rêve arc-en-ciel » sud-africain.

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