Le gouvernement de Jeannot Ahoussou-Kouadio a suspendu la réforme des frais d’inscription universitaire – jugée excessive par les étudiants mais aussi la plupart des partis politiques.
Le gouvernement devra trouver de l’argent ailleurs que dans les poches pour la plupart vides des étudiants ivoiriens. Après le tollé suscité par la réforme proposée par les présidents d'universités, qui voulaient porter les frais d’inscription en première année de 6 000 F CFA (9 euros) à 100 000 FCFA (150 euros), puis à 200 000 F CFA (300 euros) pour le master et 300 000 F CFA (450 euros) pour le doctorat, il a dû faire marche arrière.
Selon un communiqué de la présidence, le Conseil des ministres a décidé de la « suspension de la mesure envisagée d'augmentation des frais d'inscription dans les universités publiques, le temps de poursuivre la réflexion ». Le porte-parole du gouvernement, Bruno Koné, a expliqué que la décision venait du président Alassane Ouattara lui-même, qui « prenant en compte la situation actuelle de pauvreté de notre pays, a demandé que la mesure soit suspendue ».
La renaissance des universités d’Abidjan
Dans un état de grand abandon depuis des années, les universités d’Abidjan ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Bastion de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci), puissant syndicat et allié du régime Gbagbo durant la décennie 2000, elles étaient soumise à une violente coupe réglée, mélange de racket et d’oppression politique. Gbagbo lui-même avait parlé d'une « association mafieuse ». Le responsable actuel de la Fesci, Augustin Mian, étudiant de longue date, vient d'être exclu de l'Université avec de nombreux autres « étudiants de carrière », selon l'expression du quotidien d'État Fraternité-Matin. Théâtre de violents combats pendant la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011, elles ont été ravagées et avaient dû fermer. Après de très lourds travaux de réhabilitation, elles doivent rouvrir le 3 septembre.
Cette décision intervient alors que le Premier ministre Jeannot Ahoussou-Jouadio est de plus en plus recadré par le chef de l’État, ce qui n’augure rien de bon sur son avenir à la tête du gouvernement dans les mois qui viennent.
Question de financement
Reste à savoir désormais comment financer le « relèvement de la qualité de l'enseignement » universitaire en Côte d’Ivoire. S’il faut sans doute que « les étudiants puissent contribuer partiellement » au financement de leurs études – ne serait-ce que pour les responsabiliser - des négociations avec des syndicats peu politisés sont à construire. De même qu’un système de bourse exempt de toute suspicion de clientélisme et de corruption.
Le Front populaire ivoirien (FPI) de l'ex-président Laurent Gbagbo ne conteste d’ailleurs pas le principe d'une hausse, mais ne s’était pas privé de dénoncer - à juste titre - un taux « scandaleusement excessif ». Même le Rassemblement des républicains (RDR) de Ouattara l'avait jugé « disproportionné », avant de se raviser néanmoins.
Avec (AFP)

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