Quatre jeunes animateurs de colonie, employés par la mairie de Gennevilliers, en région parisienne, avait été suspendus parce qu'il observaient le jeûne de Ramadan. La municipalité qui invoquait une rupture de contrat a finalement décider de faire marche arrière.
L’histoire commençait à faire du bruit. Il y a une dizaine de jours, quatre moniteurs de colonie de vacances ont été suspendus par la mairie de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) pour avoir observé le jeûne du Ramadan. D’après leur employeur, ce comportement constituait un danger pour la sécurité des enfants et allait à l’encontre de leur contrat, qui les obligeait à s'hydrater et à s'alimenter durant leurs journées de travail. Devant la polémique suscitée par la décision, la mairie a fait savoir, mercredi 31 juillet, dans un communiqué qu'elle renonçait à « imposer l'application de l'article incriminé du contrat de travail » tout en précisant qu'elle mettra en oeuvre « des moyens pour renforcer la visite régulière de ses centres de vacances ».
Obligation du contrat de travail
L’information avait été révélée par le site internet Bondyblog et confirmée par la mairie communiste de Gennevilliers. Les animateurs avaient été suspendus après la visite d’un responsable des centres de vacances, le 20 juillet, lors d’un séjour sportif à Port-d’Albret, dans les Landes. « Il est venu voir si tout se déroulait correctement avec les enfants et c'était le cas. Puis il est venu déjeuner avec nous. Il s'est mis à ma table et a remarqué qu'à l'heure du déjeuner je ne mangeais pas et Moussa non plus», a expliqué Nassim, l'un des animateurs jeûneur. Le responsable leur rappelle alors que, selon leur contrat de travail, ils devaient s’alimenter pendant la journée. « Je lui ai répondu que je m’étais hydraté et restauré convenablement et qu’en aucun cas je pouvais risquer de mettre en péril la sécurité des enfants » poursuit Nassim.
La réaction de la mairie ne s’est pas fait attendre : dès le lendemain, les quatre animateurs sont suspendus. S’il ne mentionne pas le ramadan, le maire Jacques Bourgoin explique, dans un communiqué, que les jeunes « n’ont pas respecté, en cours de séjour, les obligations de leur contrat de travail, pouvant ainsi mettre en cause la sécurité physique des enfants dont ils avaient la responsabilité. »
« Ce défaut d'alimentation et d'hydratation pouvait conduire ces agents à ne plus être en pleine possession des moyens requis pour assurer le bon déroulement et la sécurité des activités du séjour, ainsi que la sécurité physique des enfants dont ils avaient la charge », poursuit le communiqué de la mairie. « C'est pourquoi la ville de Gennevilliers, qui a la pleine responsabilité de la bonne conduite des séjours, a mis fin à leurs missions, sans préjudice financier », conclut la municipalité, qui avait embauché ces animateurs en CDD.
Ftour géant contre l'islamophobie
Pour les animateurs, « c’est l’incompréhension et la révolte », avait indiqué leur avocat, Me Mohand Yanat, qui s'aprêtait à « saisir le juge compétent pour faire valoir leurs droits ». « On réfléchit à aller devant les Prud'Hommes » avait pour sa part déclaré Samir, l'un des quatre employés suspendus.
Les autorités musulmanes françaises sont également montées au créneau face à la polémique naissante. Abdallah Zekri, président de l'Observatoire contre l'islamophobie, composante du Conseil français du culte musulman (CFCM), envisageait de déposer une plainte pour discrimination contre la mairie de Gennevilliers. « La liberté religieuse est une liberté fondamentale et on ne peut en aucun cas interdire à une personne de pratiquer sa religion. L'Observatoire se réserve le droit de porter plainte pour discrimination », a-t-il écrit dans un communiqué.
Le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, a lui aussi condamné cette décision. D’après lui, cette affaire « est de nature à porter atteinte à la liberté religieuse des animateurs de colonies qui pratiquent le jeûne ».
Suite à la suspension des animateurs jeûneurs, plusieurs personnes avait appelé à organiser un Ftour géant, le vendredi 4 août, devant la mairie de Gennevilliers. Une page publique Facebook, supprimée depuis, invitait les gens à participer à un repas de rupture du jeûne géant pour dire stop à l’islamophobie. Les organisateurs ont également relayé leur évènement sur les sites WhereEvent et Doodle.

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