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31/07/2012 à 18:29
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En 1998, le billet de 100 CDF représentait 72,5 USD. Aujourd’hui, il ne vaut que 0,1 USD. En 1998, le billet de 100 CDF représentait 72,5 USD. Aujourd’hui, il ne vaut que 0,1 USD. © D.R.

C'est une véritable histoire de désamour que vivent les Congolais avec leur monnaie nationale. Les coupures de CDF (francs congolais) se sont tellement dépréciées ces dernières années qu'elles sont peu considérées et tellement malmenées qu'on les surnomme les "blessés de guerre". Un phénomène auquel le gouvernement tente de remédier, sans grand succès jusqu'à présent.

« Pesa Nga Valeur na Nga ». Donne-moi de la considération, en lingala. C’est le nom d’une campagne que la Banque centrale de la République démocratique du Congo (RDC) a lancée en septembre 2010 pour promouvoir le respect du franc congolais (CDF). C’est aussi le titre d’une chanson de sensibilisation de Jean Goubald et Fally Ipupa. Mais à l’heure du bilan, alors que de nouveaux billets viennent d’être mis en circulation, il ne reste pas grand-chose de ces beaux slogans.

Les coupures  de CDF sont conçues localement par l’Hôtel des monnaies, la « seule imprimerie de sécurité existant en RDC et en Afrique centrale », se vante le site de l’institut de production, qui espère acquérir un certificat international de qualité et collabore avec de grandes firmes et institutions étrangères, comme « Giesecke & Devrient, Arjo Wiggins, Imprimerie Nationale de France, Orel Füssli »…

Le dollar roi

Mais les billets sont souvent manipulés sans grande considération et circulent sales, abimés... Si bien que les 68 millions de Congolais leur ont trouvé un surnom adapté : les « blessés de guerre ». À l’inverse, le dollar américain (USD) reste presque impeccable tant il est l’objet de toutes les attentions... « Les francs, c’est beaucoup d’argent sans grande valeur », explique - comme bien d’autres - Papi, un chauffeur de taxi de Kinshasa. « Un billet de 100 francs, si tu le perds, ça ne fait rien. Mais si tu perds un billet de 100 dollars, c’est une catastrophe pour la famille ! »

Jean-Claude Masangu, le gouverneur de la Banque centrale, confirme. « Lors de son lancement en juin 1998, le billet de 100 CDF représentait 72,5 USD. Aujourd’hui, il ne vaut que 0,1 USD. De même, la plus grande coupure actuelle de l’éventail fiduciaire, le billet de 500 CDF, ne représente que 0,6 USD », assurait-il au début de juin lors d’une allocution présentant le lancement, le 2 juillet, de coupures de 1 000, 5 000 et 10 000 CDF, pour accompagner celles de 50, 100, 200 et 500 déjà en circulation.

"Circuit parallèle" de petites coupures

En principe, les « blessés de guerre » peuvent être échangés dans des banques ou, de façon informelle, chez des vendeurs de billets en bon état, qui trouvent leur compte moyennant une commission. Trop détériorés ? Ils devraient être détruits, mais en fait ils « restent toujours en circulation », affirme un boutiquier de Kinshasa. « Les fonctionnaires sont parfois payés avec des billets censés être récupérés et détruits », renchérit un cambiste exerçant depuis une dizaine d’années dans la capitale, et qui dénonce un « circuit parallèle » où l’argent qui doit être détruit est « détourné et remis en circulation ».

Les fonctionnaires sont parfois payés avec des billets censés être récupérés et détruits.

Un cambiste de Kinshasa

La Banque centrale a cependant décidé de prendre le taureau par les cornes. D’ici à décembre 2012, elle prévoit d’injecter 20 milliards de nouveaux francs, et de détruire au moins 17 milliards de francs trop abîmés. Promesse : les petites coupures ne vont pas disparaître – comme le craignent des habitants, des opposants et des associations de la société civile – puisque les impressions des billets de 1 000, 5 000 et 10 000 CDF « seront assorties d’émission de coupures de 50 et 100 » CDF, a souligné le gouverneur Masangu.

Inflation artificielle

Une annonce qui rassure un tant soit peu en RDC car, avec la pénurie, certains se sont depuis longtemps spécialisés dans la vente de petites coupures de 50 et 100 CDF – là aussi contre une commission – pour permettre aux commerçants de rendre la monnaie, notamment. Conséquence : d’aucuns craignent que lesdites commissions augmentent si les nouveaux petits billets ne sont pas rapidement injectés. Car dans ce cas-là, pur paradoxe, les consommateurs devront payer plus cher des coupures à la valeur quasi nulle.

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Par Awa Diallo, à Kinshasa

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