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29/07/2012 à 13:13
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La Une du J.A. n° 2690, en kiosques du 29 juillet au 4 août. La Une du J.A. n° 2690, en kiosques du 29 juillet au 4 août. © J.A.

Arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie, au Maroc et en Égypte ; présence djihadiste dans le nord du Mali ; violences de la secte Boko Haram au Nigeria... La loi islamique est devenue un slogan politique pour les uns, une crainte pour les autres. Une enquête de Jeune Afrique dans son n° 2690, en kiosques du 29 juillet au 4 août.

L’arrivée d’islamistes au pouvoir en Tunisie et en Égypte, l’inquiétude sur l’avenir de la Libye, le chaos sécuritaire dans le Nord-Mali, la résurgence du débat identitaire en Europe, notamment en France, l’activisme saoudien et qatari en Syrie et ailleurs, tous ces événements épars, complexes et anxiogènes nourrissent une peur qui, semble-t-il, s’est trouvé un épouvantail : la charia.

Dans l’imaginaire occidental, ce terme est synonyme de mains coupées, de lapidation et des sinistres talibans afghans, geôliers de femmes et profanateurs de bouddhas géants. « L’hiver islamiste » sonnerait donc le glas des espoirs soulevés par le Printemps arabe. Pour ne rien arranger, la charia est un concept aux contours flottants. L’étymologie indique qu'elle est la voie tracée par Dieu. Dans la pratique, elle regroupe des actes obligatoires (wâjib), recommandés (mandûb), permis (mubâh), blâmables (makrûh) et interdits (harâm). Et comme le Coran n’est pas un vade-mecum de la loi islamique, il revient aux jurisconsultes, les fuqahâ’, de l’interpréter.

Réformateurs et rigoristes

Pour les réformateurs, il faut renouer avec l’effort d’interprétation, l’ijtihâd. Pour les rigoristes au contraire, il faut retrouver la pureté des origines, celle de la génération des compagnons du Prophète, et réintroduire par exemple des châtiments extrêmes. Voilà ce qui est en jeu actuellement en Afrique du Nord et au Sahel, sur fond d'avancée de la doctrine islamiste et de débats constitutionnels.

En Tunisie, le parti Ennahdha, au pouvoir, a renoncé à faire de la charia une source du droit, mais il envisage de « criminaliser » les atteintes à la religion. Chez le voisin libyen, le président du Conseil national de transition, Mustapha Abdeljalil, a annoncé, au lendemain de la mort de Kadhafi, la volonté du nouveau pouvoir de faire de la charia la source principale de la législation. En Égypte, le président, Mohamed Morsi, membre de la confrérie des Frères musulmans doit faire face à la surenchère salafiste dans l'élaboration de la prochaine Constitution. 
Au Sahel, tous les regards sont portés sur le Nord-Mali.

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Les images des moines-soldats d’Ansar Eddine troquant leur kalachnikov contre des massues pour détruire les mausolées des saints patrons de Tombouctou ne sont pas sans rappeler les talibans afghans, autres moines-soldats, qui ont dynamité les statues de Bouddha dans la vallée de Bamiyan, en mars 2001. Ce courant de pensée wahhabite est pourtant complètement étranger à l’école malékite qui caractérise l’islam en Afrique subsaharienne.

Primauté du droit divin

Hormis le cas du Soudan où la charia a été introduite en 1983, la revendication de la primauté du droit divin n’est apparue qu’à la fin du siècle dernier, quand quatre États (on en est aujourd’hui à douze) du Nord-Nigeria ont élargi le domaine d’application du droit coranique - jusque-là réduit aux seules affaires civile - aux affaires pénales. Mais la pression s'est progressivement renforcée avec notamment l’avènement de la secte Boko Haram, qui revendique attentats, incendies d'églises et d'écoles, pogroms anti-chrétiens...Et au Mali, les groupes armés annoncent pêle-mêle l’application de la charia, l’instauration d’une République islamique et à terme l’installation d’un califat.

En attendant, Ansar Eddine et le Mujao ont introduit la « charia spectacle » : flagellation d’un jeune couple coupable d’avoir conçu un enfant hors mariage, bastonnades contre les vendeurs et les consommateurs d’alcool, interdiction de fumer ou de jouer au football... Et pour les lapidations et autres amputations ? « Nous n’avons pas encore recours à de telles sentences car la société n’est pas prête », explique Omar Ould Hamaha, un chef militaire à Gao. Quand le sera-t-elle ? « Le jour où nous dominerons le Mali pour en faire un califat », répond le djihadiste.

 

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