En visite officielle à Paris, le président ivoirien Alassane Ouattara est reçu, jeudi 26 juillet dans la matinée, à l'Élysée. Ce premier entretien avec François Hollande sera centré sur la relance des relations franco-ivoiriennes et la crise malienne.
Après Moncef Marzouki la semaine dernière, c'est au tour d'un autre dirigeant africain d'être reçu à l'Élysée. Le président ivoirien Alassane Ouattara est accueilli officiellement pour la première fois, jeudi 26 juillet, par le nouveau chef de l'État français, François Hollande. Les deux hommes doivent s'entretenir de l'avenir des relations étroites et tumultueuses entre leurs deux pays et de la crise au Mali.
Pour la présidence française, il s'agit de donner un "nouvel élan" aux relations entre l'ex-puissance coloniale et la Côte d'Ivoire, après les convulsions d'une décennie ivoirienne tourmentée. L'intervention de la force française Licorne (450 militaires aujourd'hui à Abidjan) avait été décisive pour mettre un terme à la crise postélectorale (décembre 2010-avril 2011) qui avait fait environ 3 000 morts. Elle avait notamment permis l'installation d'Alassane Ouattara au pouvoir. L'actuel chef de l'État ivoirien avait été élu face à Laurent Gbagbo, l'ex-président aux rapports longtemps exécrables avec Paris (mais pas avec les multinationales françaises).
L'un des fondements des relations franco-ivoiriennes est désormais un "contrat de désendettement-développement" (C2D). Il avait été préparé sous la présidence de Nicolas Sarkozy et rendu possible par l'annulation de la dette ivoirienne envers Paris, signée mardi soir en présence d'Alassane Ouattara. Sur 20 ans, 2,85 milliards d'euros doivent ête affectés à des projets de développement.
Outre ces projets de coopération, les deux présidents doivent avoir aussi "un échange approfondi" sur le Mali, selon l'Elysée. Alassane Ouattara dirige actuellement la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), qui a donné jusqu'au 31 juillet à Bamako pour former un gouvernement d'"union nationale".
La France prête à soutenir les Africains au Mali
L'enjeu est de consolider les institutions de transition - mises en place après le putsch du 22 mars - pour affronter la crise dans le nord du pays, aujourd'hui contrôlé par des mouvements islamistes alliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). La Cedeao envisage d'envoyer une force régionale pour aider l'armée malienne à reconquérir le Nord, mais attend un mandat de l'ONU et une aide extérieure, notamment logistique.
La France est "prête à apporter un soutien à une éventuelle intervention africaine", "dans le cadre des Nations unies", a redit François Hollande mardi lors d'un entretien téléphonique avec le président malien par intérim, Dioncounda Traoré.
Alassane Ouattara, tout comme son hôte, insiste sur le danger que représente l'enracinement de "terroristes" en plein Sahel. Depuis son élection en mai, le président français a d'ailleurs déjà reçu plusieurs chefs d'État africains pour aborder la crise malienne.
Si des deux côtés on invoque de simples contraintes de calendrier, l'apparente lenteur de François Hollande à recevoir le président ivoirien a alimenté les spéculations à Abidjan sur un présumé refroidissement des relations.
"Partenariat inchangé", réplique l'entourage de Ouattara. Lui-même a très tôt assuré que le nouveau président français ne "changerait rien" à des "relations très fortes et historiques". A quelques exceptions près, les socialistes français, longtemps conduits par M. Hollande, ont rompu avant même la crise de 2010-2011 avec leur ancien "camarade" Laurent Gbagbo.
Réconciliation nationale en panne
La relation entre les présidents Ouattara et Sarkozy était d'avantage marquée par une amitié de longue date. Le numéro un ivoirien lui avait rendu visite à l'Elysée au lendemain de sa défaite et M. Sarkozy lui avait fait l'honneur de le recevoir en visite d'Etat en janvier.
La volonté de "normalisation" de François Hollande va "peut-être se traduire par un discours un peu plus critique" sur le pouvoir ivoirien que durant l'ère Sarkozy, en déduit Gilles Yabi, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).
Plus d'un an après la fin de la crise, la réconciliation en Côte d'Ivoire est en panne et, malgré certains progrès, l'insécurité reste préoccupante. De nouvelles violences dans l'ouest du pays, notamment une attaque contre un camp de déplacés, le 20 juillet près de Duékoué, ont fait au moins 12 morts selon l'ONU.
Reporters sans frontières (RSF) a appelé François Hollande à "ne pas éluder la question de la liberté de l'information" avec Alassane Ouattara, souhaitant la fin des "détentions de professionnels de l'information".

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