C’est en Afrique du Sud que sera installé le futur Square Kilometre Array (SKA), ou radiotélescope d’un kilomètre carré de superficie. Cet instrument technologique le plus puissant au monde dans sa catégorie, devrait permettre de comprendre la formation de l’univers depuis le Big Bang. Et donner une impulsion à la recherche scientifique sur le continent.
Un prototype du SKA avait déjà été implanté à 80 km de Carnarvon, ville du nord de la province du Cap, permettant l’observation des galaxies les plus éloignées du cosmos. La plupart des quelque 3 000 antennes paraboliques qui forment le SKA (et qui couvriraient un km² si elles étaient mises côte à côte, d’où son nom) seront dispersées sur le continent d’ici à 2024, chez les huit partenaires de l’Afrique du Sud : Namibie, Botswana, Ghana, Kenya, Madagascar, Maurice, Mozambique, Zambie.
Le cœur du radiotélescope se trouvera ainsi en Afrique, même si l’Afrique du Sud a dû laisser à l’Australie, son rival dans ce projet d’un montant de 2 milliards d’euros, la partie basse fréquence du SKA. L’ambition du projet est telle qu’un chercheur sud-africain a pu déclarer que celui-ci était « un instrument de pointe qui fera la lumière sur beaucoup de théories sur le cosmos. Il nous permettra de voir le fonctionnement de galaxies que nous n'avons jamais pu voir. Nous ne savons pas ce que nous allons trouver, mais nous sommes sûrs de trouver quelque chose. »
Inversion de la fuite des cerveaux ?
Si elle était atteinte, une avancée scientifique majeure obtenue en Afrique pourrait inverser la tendance à la fuite des cerveaux, qui serait même déjà « finie », à en croire Rupert Spann, l’un des superviseurs du télescope. « Les scientifiques du plus haut niveau dans le monde veulent venir en Afrique du Sud pour travailler sur le projet », se réjouit-il. Sahba Yahya, un doctorant soudanais, ajoute que, s’il est vrai qu’actuellement, on quitte « l’Afrique pour étudier en Europe, dans dix ans les gens viendront en Afrique pour étudier l’astronomie. »
Une nouvelle impulsion dans le domaine scientifique sur le continent : c’est ce que tout le monde attend du SKA. Car si l’Afrique accueille avec bonheur les nouvelles technologies sur son sol, ses populations les moins aisées se débattent encore avec les mathématiques. En Afrique du Sud, et ce en dépit de sa puissance économique, plus de la moitié des lycéens inscrits en mathématiques au baccalauréat ont échoué en 2011, et seul un tiers de ceux inscrits en sciences ont obtenu une note supérieure à 4/10. Le défi futur est donc de réussir à former la jeunesse africaine pour lui faire intégrer l’élite mondiale.
Boursiers
Le SKA doit recruter des ingénieurs, des scientifiques et compte déjà 400 boursiers. Daphne Lekwathi, chargée du développement local au SKA explique que le travail d’éducation des jeunes est déjà en marche : « On essaye de les intéresser, de leur montrer que les maths, la science, c'est facile pour qu'ils puissent un jour décrocher une bourse chez nous et devenir ingénieur ou astronome. (…)
« Ça prendra du temps pour toucher tout le monde mais quand on y sera, on aura plein de jeunes experts », reprend Nadeem Oozer, chercheur mauricien se rendant régulièrement dans les écoles de Carnarvon. L’Afrique compte d’ores et déjà de nombreux scientifiques tels l’astrophysicien malien Cheick Modibo Diarra, devenu Premier ministre du Mali, ou encore la Kenyane Wangari Maathai (1940-2011), prix Nobel de la paix. De quoi remettre en cause l’affirmation fameuse - et controversée - de Léopold Sédar Senghor, selon laquelle « l’émotion est nègre comme la raison hellène »...

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