Le sculpteur sénégalais Ousmane Sow a été élu à l'Académie des beaux-arts, à Paris, dans la section des membres associés étrangers.
En 1983, le poète-président Léopold Sédar Senghor était élu à l'Académie française. Un peu moins de trente ans plus tard, c'est au tour d'un autre Sénégalais d'envergure d'honorer de sa personne les institutions françaises. Le sculpteur Ousmane Sow vient d'être élu à l'Académie des Beaux-arts, dans la section des membres associés étrangers, au fauteuil précédemment occupé par le peintre américain Andrew Wyeth.
Cette consécration officielle n'est pas pour surprendre : l'histoire d'amour unissant Ousmane Sow et la France dure depuis longtemps. Si à son arrivée à Paris, après la mort de son père, le sculpteur dut vivre de petits boulots et renoncer à suivre l'enseignement des Beaux-arts, un diplôme de kinésithérapeute lui permit néanmoins de manger et, parallèlement, de développer sa pratique. Né en 1935, Ousmane Sow se dévoile en 1987 au Centre culturel français de Dakar avec sa série Les Noubas que lui a inspiré, trois ans plus tôt, la découverte des photos de Leni Riefenstahl, réalisatrice attitrée du régime nazi.
La France en série
Exposé à la Dokumenta de Kassel en 1995, au Palazzo Grassi en 1995 pour le centenaire de la biennale de Venise, l'artiste séduit la France en 1999 quand ses oeuvres sont exposées au coeur de Paris, au-dessus de la Seine, sur le Pont des arts. Quelque trois millions de visiteurs viendront déambuler, de jour comme de nuit, entre ses statues toutes de force contenue, modelées dans une glaise de sa fabrication – comme s'il s'agissait, à chaque fois, de faire naître de terre le premier homme ou la première femme de la création. Les Noubas, les Masaïs, les Peuls, la Bataille de Little Big Horn : Ousmane Sow sculpte sans modèle et travaille toujours par séries.
Dernièrement, il s'est attelé à celle des « grands hommes » qui ont marqué sa vie : son père, bien sûr, mais aussi Nelson Mandela, Gandhi, Mohamed Ali, Martin Luther King, le général de Gaulle, Victor Hugo. Reconnaissante, la ville de Besançon a acquis en 2003 la statue de l'écrivain, installée le 17 octobre 2003 sur la Place des droits de l'homme. Et dans quelques mois, la même ville inaugurera une autre oeuvre de Sow, L'Homme et l'enfant, destinée à compléter le monument aux morts en mettant en lumière « l'action de ceux qui, au péril de leur vie, ont protégé ou sauvé des personnes ». Autres villes à avoir adoubé l'artiste : Genève, qui expose en son centre L'Immigré, et Washington, où le Museum of African Art a acquis, pour près de 200 000 euros, Toussaint Louverture et la vieille esclave.
Petite histoire moins connue : en 2009, le sculpteur était déjà, d'une certaine manière, entré à l'Académie française. Le romancier (et ex-ambassadeur de France au Sénégal) Jean-Christophe Rufin lui avait en effet commandé son épée d'académicien, imaginée à partir de Colombe, le personnage du roman Rouge Brésil.

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