Mahamadou Camara est directeur de journaldumali.com.
Le Mali se débat dans la crise la plus grave de son histoire : rébellion armée, coup d’État, régions nord occupées, populations déplacées, femmes violées, imbroglio politique à Bamako, agression du chef de l’État, coups de fouets, tombeaux profanés, atteinte à la souveraineté nationale, journalistes passés à tabac… Si on y ajoutait une dose d’érotisme, n’en déplaise à Aqmi et ses acolytes, ce serait un cocktail idéal pour la trame d’un bon roman « SAS » ! Malheureusement pour nous, ce roman c’est la réalité que vit le Mali depuis quatre mois.
La crise est multidimensionnelle car politique, militaire, humanitaire, économique, sociale, voire même sociétale, tant les fondements de la société malienne sont en danger. Tout cela est accentué par un État effondré, héritage légué par Amadou Toumani Touré, planqué à Dakar depuis 3 mois, le parfait accusé de notre roman. Mais qui pour jouer le rôle du héros salvateur ? Le beau Blaise ? Dioncounda le rescapé ? Cheikh Modibo Diarra, dit tchè bélébélé ? Le capitaine Saka Nogo ? Les généraux algériens ? Un ange passe… Il faut l’admettre, aucun d’eux n’a les qualités du Prince Malko Linge.
Pour trouver l’oiseau rare, il faut une élection présidentielle, car seul un pouvoir légitime peut résoudre cette crise. Le président élu aura ainsi le soutien populaire indispensable pour mener une guerre forcément coûteuse en vies et en argent, ou pour négocier avec des groupes armés difficilement fréquentables. Il sera légitime pour mettre l’armée au pas et reconstruire l’État, un travail de longue haleine. « Last but not least », notre Malko national obtiendra facilement l’appui politique, financier et militaire de la communauté internationale.
Cela dit, des élections sont-elles possibles ? Doit-on attendre que tous les Maliens puissent être en capacité de voter ? Non, car qui sait quand le Mali sera entièrement libéré ? L’Algérie avec ses puissants moyens a mis 15 ans pour éradiquer de son territoire le GSPC, aujourd’hui devenu Aqmi. Comme l’a écrit le visionnaire Béchir Ben Yahmed dans Jeune Afrique, il faut une élection à court terme, même imparfaite.
Une seule condition doit être posée : de vraies élections ! Pas comme celles de 2002 et 2007, récemment décrites par un responsable du Quai d’Orsay comme des mascarades électorales, que la France a pourtant validées, avant de s’en mordre les doigts.
Au prochain chef du gouvernement de faire l’état des lieux, de bâtir un fichier incontestable et d’organiser l’élection dans les meilleurs délais. Sera-t-il à la hauteur de cet enjeu historique ? N’est pas prince qui veut...
D’ici là, on peut ronger son frein en lisant la prochaine livraison de Gérard de Villiers, SAS à Bamako (Numéro 195), à paraître dans les prochaines semaines.
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Par Mahamadou Camara, directeur de journaldumali.com.

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