Extension Factory Builder
18/07/2012 à 15:18
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Rached Ghannouchi (C.) et Hamadi jebali (D.), les deux principaux leaders modérés d'Ennahdha. Rached Ghannouchi (C.) et Hamadi jebali (D.), les deux principaux leaders modérés d'Ennahdha. © Féthi Belaid/AFP

Très attendu, le 9e congrès d’Ennahdha a joué les prolongations mais n’a pas permis la redistribution des cartes tant annoncée. Il a juste fait la synthèse des objectifs que le mouvement islamiste présente depuis sa légalisation et son arrivée au pouvoir.

De nombreuses spéculations ont accompagné le premier congrès officiel d’Ennahdha, au pouvoir en Tunisie depuis l’élection d'une Assemblée nationale constituante (ANC), le 23 octobre dernier. Certains prédisaient une lutte au couteau entre les tendances radicales et modérées, d’autres prévoyaient l’émergence de nouvelles figures. En fait, les assises de la formation islamiste n’ont rien apporté de vraiment nouveau. Sinon qu’elles sonnent comme la consécration pour un parti de masse sorti de l'exil et de la clandestinité.

Mais en voulant faire une démonstration spectaculaire de sa force et de sa popularité, Ennahdha a surtout donné l’impression d’utiliser les mêmes méthodes que le Rassemblement démocratique constitutionnel (RCD), le parti dissout - et honni - de l’ex-président Zine el-Abidine Ben Ali. Blocage des routes, mobilisation de bus publics pour transporter les militants, discours empreints d’auto-satisfaction et applaudissements tous azimuts ont rappelé aux Tunisiens l’hégémonie du parti unique.

Fortes dissensions internes

Si les motions adoptées lors du congrès mettent en avant la nécessité du consensus et de nouvelles alliances politiques, les doutes subsistent sur la sincérité de la position centriste officiellement revendiquée par le parti sous l’impulsion de son leader historique, Rached Ghannouchi. La longueur des débats conduits à huis clos laisse présumer de l’existence de fortes dissensions internes entre les différents courants qui traversent Ennahdha.

L'ambiguité subsistant sur la ligne du parti, son congrès a été une sorte de « non événement ». L’élection des cent membres du « Majless el choura » ou conseil consultatif d'Ennahdha, montre que l’équilibre a été préservé entre tendances radicales et modérées. Si Rached Ghannouchi a été reconduit à la tête du parti, les fondamentalistes n’ont pas été écartés. Des ultras tels que Sadok Chourou, Habib Ellouze et Sahbi Attig figurent parmi les vingt premiers élus aux côtés de modérés tels que Noureddine Bhiri, Samir Dilou et Ajmi Lourimi.

Faible présence de femmes

La faible présence de femmes dans le conseil est aussi notable que l’entrée d’Oussema Ben Salem et de Hichem Laârayedh, respectivement fils du ministre de l’Enseignement supérieur et du ministre de l’intérieur. Ennahdha s’installe dans la durée et prépare la relève future. Les motions du congrès soulignent également que le mouvement continuera à jouer la carte identitaire et religieuse, puisqu’il recommande d’ancrer l’enseignement autour de valeurs arabo-musulmanes, mais aussi de criminaliser les atteintes au sacré.

Les conclusions du congrès relèvent enfin plus de la feuille de route à l’usage des élus de l’ANC et du gouvernement que de la restructuration du parti. En insistant sur l’exclusion des anciens du RCD et l’instauration d’un régime parlementaire issu d’un scrutin à la proportionnelle absolue, le 9e congrès fait même figure de point de départ pour la campagne électorale d’Ennahda en vue des prochains scrutins. Bref, pour connaître la ligne politique du parti avec plus de précision, il faudra attendre le congrès extraordinaire annoncé... pour 2014.

________

Par Frida Dahmani, à Tunis

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Tunisie

Pourquoi les médias français ne comprennent rien à la Tunisie

Pourquoi les médias français ne comprennent rien à la Tunisie

Clichés éculés, raccourcis stupéfiants, partialité délibérée... Les internautes tunisiens n'ont pas de mots assez durs pour qualifier la couverture de leur pays par les m&[...]

Tunisie - Nida Tounes : après les législatives, le temps des alliances

L’enthousiasme suscité par les législatives tunisiennes du 26 octobre s’estompe. Les résultats sont tellement serrés que les alliances entre partis seront déterminantes.[...]

Législatives tunisiennes : Nida Tounes remporte le scrutin avec 85 sièges à l'Assemblée

Les résultats officiels des législatives tunisiennes sont tombés dans la nuit de mardi à mercredi. Ils donnent Nida Tounes vainqueur du scrutin.[...]

Les législatives tunisiennes décryptées 3/3 : une élection de BCE au premier tour de la présidentielle ?

Pour conclure une série de trois entretiens, Karim Guellaty et Cyril Grislain Karray, spécialistes en communication politique, évoquent, à la suite de la victoire de Nida Tounes aux[...]

Tunisie : résultats attendus ce soir, Nida Tounes annoncé vainqueur

À quelques heures de la publication mercredi soir des résultats officiels des législatives tunisiennes, Nida Tounes a déjà fait état de sa victoire et Ennahdha a reconnu sa[...]

Les législatives tunisiennes décryptées 2/3 : bipolarisation sur fond de désenchantement démocratique

Karim Guellaty et Cyril Grislain Karray, spécialistes en communication politique, commentent pour "Jeune Afrique", dans un second entretien d'une série de trois, la bipolarisation du paysage politique,[...]

Les législatives tunisiennes décryptées 1/3 : victoire de Nida Tounes, vote sanction ou plébiscite ?

Karim Guellaty et Cyril Grislain Karray, spécialistes en communication politique, décryptent pour "Jeune Afrique", dans un premier entretien d'une série de trois, la victoire de Nida Tounes aux[...]

Tunisie : Nida Tounes formera une coalition après sa victoire aux législatives

Le chef du parti Nida Tounes a assuré lundi qu'il ne gouvernerait pas seul après sa victoire aux législatives devant les islamistes d'Ennahdha mais avec des partis "proches". Le scrutin a[...]

Tunisie : les observateurs de l'UE saluent des élections "crédibles et transparentes"

La mission d'observation électorale de l'Union européenne a jugé mardi "crédibles et transparentes" les élections législatives en Tunisie. Ces dernières ont[...]

Tunisie : Nida Tounes en tête des législatives, le paysage politique recomposé

Les Tunisiens ont voté dimanche pour les législatives. Au terme d'un scrutin qui s'est déroulé dans le calme, c'est sur le parti Nida Tounes que s'est porté leur choix. Les autres partis ont[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers