Le congrès d'Ennahdha s'est achevé lundi 16 juillet dans la nuit. Les islamistes ont adopté un programme politique présenté comme "modéré", mais qui prône toutefois "la criminalisation de l'atteinte au sacré". Équilibrisme entre radicaux et modérés ? La plupart des motions adoptées n'ont en tout cas pas encore été rendues publiques...
Il n'y a pas eu de surprise. Réunis depuis cinq jours au Kram (banlieue nord de Tunis), le millier de délégués islamistes d'Ennahdha ont réélu triomphalement - 72,58% des voix - leur chef historique, Rached Ghannouchi, à la tête du parti.
Lisant la déclaration finale, le président du Congrès et ministre de la Santé, Abdelatif Mekki, a déclaré que les délégués avaient adopté une motion, figurant dans leur programme politique, prônant la nécessité de « criminaliser l'atteinte au sacré ». Il n'a cependant pas donné plus de précisions à ce sujet et les textes des motions adoptées par Ennahdha n'ont pas été publiés dans l'immédiat. Ils devraient être dévoilés dans les jours à venir, et seront décisives pour bien cerner l'orientation politique du parti islamiste.
L'atteinte au sacré est un sujet sensible en Tunisie. En juin, la mouvance salafiste avait déclenché une vague de violences contre une exposition d'art à La Marsa (banlieue nord de Tunis), jugeant certaines oeuvres offensantes pour l'islam. Ces troubles, les plus graves depuis la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011, avaient entraîné un couvre-feu dans plusieurs régions.
"Valeurs musulmanes et acquis humains"
Ennahdha a par ailleurs adopté pour principe d'« établir un État civil inspiré par les valeurs musulmanes et les acquis humains » et de « soutenir la société civile à développer ses capacités et son rôle ». Un peu vague... D'autant que le mot « droits de l'homme » est évité avec précaution.
Reste que Rached Ghannouchi, 71 ans, dont vingt passés en exil à Londres, a répété après sa réélection son engagement envers la construction d'un consensus national fondé sur la modération, message qu'il martelait depuis l'ouverture du congrès jeudi. « Nous rêvons d'une merveilleuse rencontre entre l'islam modéré et les acquis de la réforme et de la modernité », a-t-il déclaré, « le projet d'Ennahdha est un projet de civilisation qui peut réunir tous les Tunisiens ».
Ennahdha, qui domine le gouvernement, est néanmoins soupçonnée de visées hégémoniques par l'opposition parlementaire, qui craint une islamisation rampante du pays. Elle est notamment accusée de manquer de fermeté face aux salafistes qui agitent régulièrement la rue et dont les idées trouvent assurément des relais au sein même de la direction du parti.
Deux formations de centre-gauche, alliées aux islamistes estiment pourtant qu'Ennahdha a intégré les principes républicains, d'autant qu'il a renoncé à faire inscrire explicitement la charia - la loi coranique - dans la Constitution en cours d'élaboration. Ennahdha s'est inspiré à sa création des Frères musulmans égyptiens avant d'adoucir son discours.
Régime parlementaire
Au sujet de la Loi fondamentale, les délégués ont confirmé que le parti militera à l'Assemblée nationale constituante pour un régime parlementaire pur alors que leurs alliés du centre-gauche veulent que le chef de l'État gardent des prérogatives importantes. Selon Rafik Abdessalem, ministre des Affaires étrangères et gendre de Rached Ghannouchi, la porte des négociations reste cependant ouverte.
L'Assemblée doit aboutir à un projet de Constitution à l'automne en vue d'élections générales en mars. Les islamistes, forts d'une victoire au scrutin d'octobre, le premier après la révolution de 2011, y sont le principal parti mais ne disposent pas d'une majorité pour imposer leurs vues.
Le congrès d'Ennahdha, un parti violemment réprimé sous Ben Ali, était le premier en Tunisie depuis 1988. D'après des délégués, les débats y ont été parfois houleux, ce qui explique leur prolongation d'une journée. La négociations entre modérés et radicaux n'est apparemment pas paisible...
(Avec AFP)

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