Extension Factory Builder
17/07/2012 à 18:12
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Abdelatif Mekki, lors du 9e congrès d'Ennahdha au Kram. Abdelatif Mekki, lors du 9e congrès d'Ennahdha au Kram. © AFP

Le congrès d'Ennahdha s'est achevé lundi 16 juillet dans la nuit. Les islamistes ont adopté un programme politique présenté comme "modéré", mais qui prône toutefois "la criminalisation de l'atteinte au sacré". Équilibrisme entre radicaux et modérés ? La plupart des motions adoptées n'ont en tout cas pas encore été rendues publiques...

Il n'y a pas eu de surprise. Réunis depuis cinq jours au Kram (banlieue nord de Tunis), le millier de délégués islamistes d'Ennahdha ont réélu triomphalement - 72,58% des voix - leur chef historique, Rached Ghannouchi, à la tête du parti.

Lisant la déclaration finale, le président du Congrès et ministre de la Santé, Abdelatif Mekki, a déclaré que les délégués avaient adopté une motion, figurant dans leur programme politique, prônant la nécessité de « criminaliser l'atteinte au sacré ». Il n'a cependant pas donné plus de précisions à ce sujet et les textes des motions adoptées par Ennahdha n'ont pas été publiés dans l'immédiat. Ils devraient être dévoilés dans les jours à venir, et seront décisives pour bien cerner l'orientation politique du parti islamiste.

L'atteinte au sacré est un sujet sensible en Tunisie. En juin, la mouvance salafiste avait déclenché une vague de violences contre une exposition d'art à La Marsa (banlieue nord de Tunis), jugeant certaines oeuvres offensantes pour l'islam. Ces troubles, les plus graves depuis la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011, avaient entraîné un couvre-feu dans plusieurs régions.

"Valeurs musulmanes et acquis humains"

Ennahdha a par ailleurs adopté pour principe d'« établir un État civil inspiré par les valeurs musulmanes et les acquis humains » et de « soutenir la société civile à développer ses capacités et son rôle ». Un peu vague... D'autant que le mot « droits de l'homme » est évité avec précaution.

Reste que Rached Ghannouchi, 71 ans, dont vingt passés en exil à Londres, a répété après sa réélection son engagement envers la construction d'un consensus national fondé sur la modération, message qu'il martelait depuis l'ouverture du congrès jeudi. « Nous rêvons d'une merveilleuse rencontre entre l'islam modéré et les acquis de la réforme et de la modernité », a-t-il déclaré, « le projet d'Ennahdha est un projet de civilisation qui peut réunir tous les Tunisiens ».

Ennahdha, qui domine le gouvernement, est néanmoins soupçonnée de visées hégémoniques par l'opposition parlementaire, qui craint une islamisation rampante du pays. Elle est notamment accusée de manquer de fermeté face aux salafistes qui agitent régulièrement la rue et dont les idées trouvent assurément des relais au sein même de la direction du parti.

Deux formations de centre-gauche, alliées aux islamistes estiment pourtant qu'Ennahdha a intégré les principes républicains, d'autant qu'il a renoncé à faire inscrire explicitement la charia - la loi coranique - dans la Constitution en cours d'élaboration. Ennahdha s'est inspiré à sa création des Frères musulmans égyptiens avant d'adoucir son discours.

Régime parlementaire

Au sujet de la Loi fondamentale, les délégués ont confirmé que le parti militera à l'Assemblée nationale constituante pour un régime parlementaire pur alors que leurs alliés du centre-gauche veulent que le chef de l'État gardent des prérogatives importantes. Selon Rafik Abdessalem, ministre des Affaires étrangères et gendre de Rached Ghannouchi, la porte des négociations reste cependant ouverte.

L'Assemblée doit aboutir à un projet de Constitution à l'automne en vue d'élections générales en mars. Les islamistes, forts d'une victoire au scrutin d'octobre, le premier après la révolution de 2011, y sont le principal parti mais ne disposent pas d'une majorité pour imposer leurs vues.

Le congrès d'Ennahdha, un parti violemment réprimé sous Ben Ali, était le premier en Tunisie depuis 1988. D'après des délégués, les débats y ont été parfois houleux, ce qui explique leur prolongation d'une journée. La négociations entre modérés et radicaux n'est apparemment pas paisible...

(Avec AFP)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Mehdi Jomâa : 'Redresser l'État tunisien est une obligation'

Mehdi Jomâa : "Redresser l'État tunisien est une obligation"

Alors qu'il achève une tournée diplomatique visant à mobiliser les partenaires de la Tunisie pour la sortir du marasme, le Premier ministre Mehdi Jomâa s'est livré à Jeune Afrique. Il revie[...]

Racisme : en Tunisie, Slah Mosbah ne veut plus être "le Noir de service"

Le chanteur Slah Mosbah, l'un des plus populaires de Tunisie, ne veut plus être "le Noir de service" qui cache une forêt de préjugés. À 55 ans, il songe même à[...]

Le groupe jihadiste qui a enlevé les diplomates tunisiens en Libye diffuse une vidéo

Mohamed Ben Cheikh, employé de l'ambassade de Tunisie en Libye, avait été enlevé le 21 mars à Tripoli. Un mois plus tard, un groupe jihadiste a publié une vidéo dans laquelle[...]

Tunisie - Star Wars : Dark Vador SDF ?

Le site de Onk el-Jmel, qui a servi de décor au tournage de Star Wars, est menacé par le sable. Les fans de la saga vont-ils se mobiliser pour le sauver ?[...]

Tunisie : Moncef Marzouki va baisser son salaire des deux tiers

Moncef Marzouki a annoncé vendredi son intention de baisser son salaire des deux tiers.[...]

Vidéos - Football : les stades les plus chauds du continent

De Casablanca à Johannesburg en passant par Kumasi (Ghana), "Jeune Afrique" vous présente quelque-uns des stades de football les plus chauds du continent. Frissons garantis.[...]

Carte interactive : voyagez en Afrique sans visa !

En vertu d'accords bilatéraux ou dans le cadre d'organisations sous-régionales, plusieurs pays africains ont supprimé l'obligation de visa d'entrée sur leur territoire. Grâce à une carte[...]

Libye : un diplomate tunisien enlevé à Tripoli

Un diplomate tunisien a été enlevé jeudi à Tripoli, selon une source des services de sécurité.[...]

La Tunisie nomme quatre nouveaux ambassadeurs

Sans attendre le traditionnel mouvement diplomatique de l'été, quatre nouveaux ambassadeurs de Tunisie vont être nommés.[...]

Tunisiens noirs et mauvais oeil

Maha Abdelhamid est militante tunisienne, cofondatrice de l'Association de défense des droits des Noirs.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces