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17/07/2012 à 09:12
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La nouvelle présidente de l'UA félicitée par son ex-mari Jacob Zuma. La nouvelle présidente de l'UA félicitée par son ex-mari Jacob Zuma. © AFP

L'Union africaine (UA) a réussi à doter sa Commission, organe-clé de l’institution, d'un président en nommant la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Cette élection permet à l'Afrique d'effacer le catastrophique échec de janvier et d'afficher une unité retrouvée. Elle devrait également laisser de profondes cicatrices.

La nouvelle présidente élue de la Commission, Nkosazana Dlamini-Zuma, a prêté serment dans la nuit du lundi 16 juillet, lors de la clôture du 19e sommet de l'Union africaine (UA). L’ancienne ministre de l’intérieur sud-africaine était suivie des Commissaires de sa nouvelle équipe, élus plus tôt dans la journée.

L'élection de Nkosazana Dlamini-Zuma est inédite à plusieurs titres. Pour la première fois, une femme accède à la présidence de la Commission, organe exécutif de l'UA. Pour la première fois aussi, le poste échoit à une grande puissance continentale, celles-ci s'abstenant jusqu'ici de postuler conformément à une loi non écrite.

Enfin, autre première, la présidence de la Commission et sa vice-présidence, où a été réélu le Kényan Erastus Mwencha, sont toutes deux occupées par des anglophones. Lors du précédent sommet, le président sortant, le Gabonais Jean Ping, n'avait pu réunir les 2/3 des suffrages requis au quatrième tour, où il était statutairement seul en lice après avoir devancé Nkosazana Dlamini-Zuma au tour précédent.

Déjouant les pronostics, l'ex-épouse du président sud-africain Jacob Zuma a cette fois mené le scrutin de bout en bout et réuni la majorité qualifiée au 4e tour. « Elle est sortie en tête au premier tour et a ensuite profité de l'élan. Les chefs d'État voulaient une décision », a expliqué à Addis Abeba Jakkie Cilliers, de l'Institut pour les Études de sécurité (ISS). Le président en exercice de l'UA, le Béninois Thomas Boni Yayi, a lui salué une victoire de « l'Afrique toute entière ».

Goût amer

Tout le monde n’était pas de cet avis, ce succès laissant même un goût amer à certains. « On peut parler de victoire pour l'Afrique, parce que nous avons avancé », a expliqué le vice-ministre kényan des Affaires étrangères Richard Onyonka, dont le pays soutenait la candidature de Jean Ping.  « Mais pour nous, il s'agit d'une victoire aigre-douce. Cette élection a créé une profonde division au sein de l'UA et ce n'était pas nécessaire », a ajouté M. Onyonka, « très gêné par les méthodes et le style de l'Afrique du Sud ». « Ils avaient le droit de présenter un candidat (...) mais il y a eu trop d'intimidation, de torsions de bras et de menaces » de la part des Sud-Africains, afin de s'assurer la victoire, a-t-il dénoncé.

« Il y a quand même un soulagement » au sein de l'UA après l'élection, note un diplomate occidental ayant requis l'anonymat. Mais la campagne « très dure et offensive » menée par les candidats « va laisser des traces et des rancœurs », surtout « si effectivement il y a eu des pressions de la part des Sud-Africains », a-t-il ajouté.

Il est trop tôt pour évaluer les conséquences sur l'UA de cette élection, note ce diplomate. Le scrutin semble avoir créé une scission entre petits et grands pays, mais aussi entre francophones et anglophones.

« Cela prendra du temps avant que nous mesurions les conséquences » de l'arrivée de Mme Dlamini-Zuma à la tête de la Commission, a confirmé Richard Onyonka, tout en s'interrogeant sur les intentions de l'Afrique du Sud.

« Pourquoi l'Afrique du Sud a-t-elle eu une attitude aussi acharnée envers cette élection? Quel est l'objectif de l'Afrique du Sud envers l'UA? (...) « Viennent-ils avec une stratégie consistant à contraindre les pays africains à exprimer la position sud-africaine? », a-t-il poursuivi.

Ambition africaine ou plus large?

Le vice-ministre s'est aussi demandé si l'ambition de Pretoria, déjà membre du G20, des Brics (groupe de puissances émergentes) et qui postule à l'éventuel futur siège permanent de l'Afrique au Conseil de sécurité de l'ONU, était africaine ou plus large.

Nkosazana Dlamini-Zuma s'est crue lundi soir obligée devant la presse de « faire le serment de (sa) loyauté » à l'Afrique et d'assurer qu'elle travaillerait pour « l'intérêt du continent dans son ensemble ».

L’influence, notamment économique,  de l’Afrique du sud le continent et le fait qu'elle ait fait fi de la règle non-écrite de la non-candidature des principales puissances continentales à la présidence de la Commission, font craindre que Pretoria n'utilise le poste que pour imposer ses vues et servir ses intérêts. « Les divisions guériront » et Nkosazana Dlamini-Zuma « sera une présidente ouverte », assure Jakkie Cilliers. Son élection a surtout apporté, selon lui, « de la clarté sur qui est aux commandes », après six mois de blocage.

(Avec AFP)
 

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