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10/07/2012 à 16:02
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Djingareyber est l'une des trois principales mosquées de Tombouctou. Djingareyber est l'une des trois principales mosquées de Tombouctou. © AFP

La destruction continue à Tombouctou. Mardi 10 juillet, les islamistes se sont attaqués aux mausolées de saints musulmans situés dans l'enceinte de la plus grande mosquée de la ville, classée patrimoine mondial en péril, tout en promettant de détruire tous les autres mausolées de la région.

Armés de haches, de pioches et de burins, les hommes du groupe armé Ansar Eddine (Défenseurs de l'islam), maîtres de Tombouctou depuis plus de trois mois, se sont acharnés contre deux mausolées en terre de la mosquée de Djingareyber. D’après des témoins, ils ont été « totalement » détruits. Djingareyber est l'une des trois principales mosquées de Tombouctou avec celles de Sidi Yahia et Sankoré, toutes trois classées par l'UNESCO au patrimoine de l'humanité, aujourd'hui en péril.

Les 1er et 2 juillet, Ansar Eddine avait déjà détruit sept des seize mausolées de Tombouctou et brisé la porte sacrée de la mosquée Sidi Yahia, provoquant l'indignation au Mali et à l'étranger. Les destructions avaient été interrompues, mais Ansar Eddine avait promis qu'elles reprendraient. « Actuellement, les islamistes sont en train de détruire deux mausolées de la grande mosquée de Djingareyber de Tombouctou. Ils tirent en l'air pour chasser la foule, pour lui faire peur », a déclaré un des témoins.

« Les deux mausolées jouxtent la partie ouest du mur externe de la grande mosquée et les islamistes ont des houes, des burins, ils tapent fort sur les mausolées qui sont en terre calcaire. Ils disent qu'ils vont tout détruire », a pour sa part affirmé un proche de l'imam de la mosquée.

Selon un autre témoin, les islamistes « s'acharnent sur les mausolées de la mosquée » aux cris d' « Allah Akbar » (Dieu est grand). Il a ajouté qu'ils sont « nombreux et ont coupé les deux principales routes menant à la mosquée ». Ce témoin a affirmé que les islamistes ont demandé à une équipe de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, présente à Tombouctou, « de filmer la scène ».

"Il n'y a pas de patrimoine mondial"

En fin de matinée, un des témoins a déclaré: « C'est terminé, les deux mausolées ont été détruits. Les islamistes ont tout cassé, il n'y a plus rien. C'est triste! Ils ont commis un crime ». Un autre habitant a dit avoir vu « des gens pleurer », ajoutant : « Dieu ne va jamais leur pardonner ça ».

Ville mythique aux « 333 saints », ancienne métropole culturelle et intellectuelle du Sahara, Tombouctou abrite également des dizaines de milliers de manuscrits inestimables, dont certains remontent du XIIe siècle à l'ère pré-islamique.

Un proche du porte-parole d'Ansar Eddine à Tombouctou a déclaré que « désormais, dès que les étrangers vont parler de Tombouctou », les islamistes s'attaqueront à tout ce qu'on appelle « patrimoine mondial ».

« Il n'y a pas de patrimoine mondial. ça n'existe pas. C'est pour nous les musulmans. Les cafres (infidèles) ne doivent pas se mêler de nos affaires », a affirmé un djihadiste tunisien membre du « comité média » des islamistes dans le nord du Mali. « Nous allons tout détruire, même si les mausolées sont à l'intérieur des mosquées, et après nous allons détruire les mausolées qui sont dans la région de Tombouctou », a-t-il affirmé. D'autres mausolées sont notamment situés à Araouane et Gassra-Cheick, deux localités de la région de Tombouctou.

Charia

Les trois villes et régions administratives du nord du Mali, Tombouctou, Gao et Kidal, qui représentent plus de la moitié du territoire malien, sont occupées depuis fin mars/début avril par Ansar Eddine et un autre groupe armé islamiste, le Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao). Ils sont alliés aux djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Ces groupes, qui ont évincé la rébellion touareg de la région, entendent imposer la charia (loi islamique) dans tout le Mali. Ils ont déjà commencé à le faire dans le Nord du pays, où les femmes doivent porter le voile et où les buveurs d'alcool, les fumeurs et les couples illégitimes sont fouettés régulièrement en public.

Le gouvernement de transition, mis en place à Bamako après le retrait des militaires putschistes, est totalement impuissant face à ces exactions.

(Avec AFP)

 

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