Extension Factory Builder
05/07/2012 à 18:15
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
En raison de divergences, Mohamed Abbou a quitté le gouvernement tunisien. En raison de divergences, Mohamed Abbou a quitté le gouvernement tunisien. © AFP

À 46 ans, cet homme discret, redoutable défenseur des droits de l’homme, ne déroge pas à ses principes. Élu du Congrès pour la République (CPR) à l’Assemblée nationale constituante tunisienne, Mohamed Abbou refuse le cumul des fonctions et quitte son fauteuil pour celui de ministre chargé de la Réforme administrative. Fidèle du président Marzouki, cet avocat, père de 3 enfants, est le premier ministre à afficher son désaccord avec le gouvernement Jebali dont il a démissionné.

Jeune Afrique : vous quittez le gouvernement Jebali au moment d’une crise majeure entre la présidence et le gouvernement tunisien. Comment analysez-vous cette crise ? Quelles sont les raisons de votre démission ?

Mohamed Abbou : La crise entre le gouvernement et la présidence n’en est pas une. Les procédures pour l’extradition de Baghdadi Mahmoudi ont été respectées, c’est un problème de modalités, le président Marzouki n’en a pas été informé comme il aurait dû l’être. Ma démission n’est pas liée à ces événements. Je souhaitais, pour réformer la fonction publique et lutter contre la corruption, la création d’une instance de contrôle qui supervise tous les ministères et toutes les institutions. Autant le chef du gouvernement était d’accord d’avoir un garant de l’impartialité de la fonction publique, autant il estimait que le système en place se suffit à lui-même et qu’un corps central de contrôle de l’administration, sous tutelle d’un ministère, empièterait sur les attributions du gouvernement. Cette divergence est la raison de mon départ.

Qui dirige la Tunisie ? La troïka gouvernementale ou le parti majoritaire ? Le choix d’une troïka était-il judicieux ?

On sort de plusieurs siècles d’oppression où le pouvoir avait la mainmise sur le pays. Nous n’avons pas la pratique de la démocratie, nous manquons d’expérience mais, au vu de ce qui se passe dans d’autres pays arabes, on ne peut que se réjouir de la manière dont les choses se mettent en place. Les partis de la troïka n’ont pas les mêmes objectifs ; Ennahdha poursuit des fins religieuses, morales et politiques, au CPR nous visons la bonne gouvernance. Il est normal que chacun tente d’imposer ses vues, mais nous aboutissons à des consensus dans l’intérêt de la Tunisie. C’est ce qui prime.

La démocratie n’a jamais empêché les expressions violentes des idéologies

Certains accusent le gouvernement de passivité. Comment analysez-vous son rendement ?

La situation du pays est difficile et le gouvernement travaille à un retour de stabilité mais très clairement il y a eu du laxisme face aux agressions perpétrées par certains salafistes. Sous Ben Ali, leurs actes pouvaient êtres l’expression d’un droit de résistance à l’oppression ; aujourd’hui, ils sont libres de s’exprimer. S’imposer par la force est inutile, désormais c’est le choix du peuple qui mène au pouvoir. La démocratie n’a jamais empêché les expressions violentes des idéologies. Mais la violence est inacceptable et la loi est applicable à tous.

Vous avez eu un parcours de défenseur des libertés, à ce titre qu’éprouve-t-on quand on participe à un gouvernement qui met en prison des journalistes et qui n’applique pas la loi face aux violences des extrémistes ?

Est-ce qu’il a mis des journalistes en prison ? C’est le procureur de la République qui a décidé d’incarcérer un patron de presse qui a publié une photo. Maintenant il est clair que les lois ne sont pas bonnes et qu’il est impératif de les revoir et d’appliquer la loi sur la liberté de la presse et non aveuglément le code pénal.

Le paysage politique tunisien est en mutation ; que pensez-vous de l’initiative de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et celle de l’ancien Premier ministre, Béji Caïd Essebsi ?

Pour demeurer crédible, nul ne peut se présenter en sauveur du pays. L’UGTT est une force de proposition pertinente d’autant que sa hiérarchie n’est pas liée à un mouvement politique. Béji Caïd Essebsi aurait pu jouer un autre rôle que celui du libéral qui s’élève contre Ennahdha. Il fait une erreur en voulant rassembler aussi bien d’ex-destouriens que d’anciens responsables du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD). Ces derniers, à mon avis, devraient être écartés un temps de la vie politique.

Le départ de membres du CPR est une régulation naturelle et commune à l’évolution de tous les partis.

Comme beaucoup de partis, le CPR s’est divisé ; votre démission signifie-t-elle que vous êtes en campagne électorale et reprenez en main le parti ?

Les élections sont encore loin, même si la relance de l’Instance indépendante pour les élections est imminente. Le départ de membres du CPR est plutôt une régulation naturelle et commune à l’évolution de tous les partis. Mon objectif est de travailler à une meilleure structuration du CPR pour le rendre plus opérationnel. Nous avons un manque d’organisation mais les élections ont démontré que nous avons aussi un véritable poids électoral.

La Tunisie a-t-elle les moyens de concrétiser les objectifs de la révolution ?

Le véritable ennemi de la Tunisie n’est plus Ben Ali mais la corruption, d’où la nécessité de réformes mettant en place les bonnes pratiques, dont la transparence du financement des partis politiques. Ce qui est certain, c’est que la dictature ne reviendra plus et les droits de l’homme ne seront plus transgressés. Même les islamistes vont vers un consensus de modération, parfois opposé à leurs convictions. Les Tunisiens rejettent les idées extrémistes, mais tiennent à leurs valeurs, dont le respect du sentiment religieux et non pas du sacré tel qu’il est mis en débat. Aussi les libertés individuelles ne seront-elles sûrement pas confisquées.
___

Propos recueillis par Frida Dahmani

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Armée tunisienne : la grande désillusion

Armée tunisienne : la grande désillusion

Incapable de venir à bout des maquis jihadistes, minée par des querelles au sommet, gangrenée par la politique, la grande muette a beaucoup perdu de sa superbe. Enquête exclusive sur une institut[...]

Tunisie : sécurité maximale pour le pèlerinage juif de la Ghriba

La Tunisie a assuré dimanche avoir pris toutes les précautions pour assurer la sécurité du pèlerinage juif de la Ghriba la semaine prochaine, répondant ainsi à Israël qui a[...]

Des Tunisiens déploient "le plus grand drapeau du monde"

Des Tunisiens ont déployé samedi un drapeau de la taille de 19 terrains de football pour battre le record du "plus grand drapeau du monde", un évènement "patriote" qui doit aussi[...]

Tunisie : le gouvernement écarte des menaces d'attentats anti-juifs

Un responsable du ministère tunisien de l'Intérieur a démenti samedi soir l'existence de menaces d'attentats anti-juifs ou anti-israéliens en Tunisie comme évoqué par le bureau du Premier[...]

Tunisie : Ennahdha, wait and see

Rached Ghannouchi, président d'Ennahdha et artisan du virage pragmatique du mouvement islamiste tunisien, a déjà les yeux tournés vers le prochain congrès du parti.[...]

Tunisie : le trouble jeu de l'UGTT

Couverte de louanges pour son rôle pacificateur durant les quatre années qui ont suivi la révolution, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) inquiète gouvernement et milieux[...]

Tunisie : révolution dans la révolution

Quatre ans après la chute de Ben Ali, le pays a réussi sa transition démocratique. Mais sur le plan économique et social, le peuple s'impatiente. Heureusement, les signaux positifs et, surtout,[...]

Tunisie : 98 migrants perdus en mer arrivés au port de Zarzis

Trois bateaux de pêche ont amené samedi au port de Zarzis (Sud tunisien) 98 migrants africains en perdition en Méditerranée après avoir tenté de rallier illégalement l'île[...]

Tunisie : Ghannouchi tel qu'en lui-même dans "Au sujet de l'islam"

Rached Ghannouchi s'est livré dans un livre d'entretiens réalisé par le journaliste Olivier Ravanello : "Au sujet de l'islam". [...]

Tunisie : Samir el-Wafi, mauvais scoop pour animateur star

Le célèbre présentateur tunisien a été arrêté. Pas pour un délit de presse, mais pour une affaire de droit commun : il est soupçonné de racket.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120705175448 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120705175448 from 172.16.0.100