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25/06/2012 à 19:06
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Le premier ministre tunisien Hamadi Jebali, le 14 juin 2012 à Tunis. Le premier ministre tunisien Hamadi Jebali, le 14 juin 2012 à Tunis. © AFP

L'extradition vers la Libye de l'ex-Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi a déclenché une crise à la tête de l'État tunisien sans précédent depuis la révolution. Le président de la République Moncef Marzouki est furieux de ne pas avoir été consulté par son Premier ministre Hamadi Jebali.

Le camouflet est dur à encaisser pour Moncef Marzouki. Dimanche 25 juin, à l'aube, son Premier ministre Hamadi Jebali a pris la décision d'extrader Baghdadi Mahmoudi vers la Libye. Le président tunisien, opposé à cette extradition, n'aurait guère apprécié la nouvelle. D'après un de ses conseillers, il n'aurait pas été prévenu et aurait appris la nouvelle par la presse.

Moncef Marzouki avait fait savoir publiquement au début de juin son « opposition de principe » à toute extradition avant les prochaines élections en Libye. Il se trouvait dans le sud du pays pour des commémorations avec l'armée lorsque Baghdadi Mahmoudi a été extradé dimanche matin. Sans que le chef de l'État ne signé son décret d'extradition.

La violence de la réaction a été à la hauteur de l'humiliation : la présidence a publié dimanche soir un communiqué extrêmement virulent, dénonçant une extradition « illégale » qui « ternit l'image de la Tunisie dans le monde ». Le communiqué rend également Hamadi Jebali « responsable » de tout ce qui pourrait arriver à l'ex-Premier ministre libyen.

Le gouvernement n'assume pas

La présidence de la République tunisienne a été informée de l'extradition, a rétorqué lundi le porte-parole du gouvernement Samir Dilou, se gardant toutefois de préciser si c'était avant ou après l'extradition.

Depuis leur installation en décembre dernier, c'est la première fois que la présidence et le gouvernement affichent aussi crûment leurs divergences. L'affaire illustre la fragilité de l'attelage au sommet de l'État, tout en soulignant la prééminence du parti islamiste Ennahdha sur ses deux alliés de circonstance : le parti de gauche nationaliste CPR (Congrès pour la république), dont est issu Moncef Marzouki, et le parti de gauche Ettakatol, dont le leader Mustapha Ben Jaafar préside l'Assemblée.

Elle démontre aussi la faiblesse des prérogatives du président de la République, cruellement surnommé « tartour » (en arabe : personnage insignifiant, de décor) sur les réseaux sociaux tunisiens.

"N'envenimons pas la situation"

« L'extradition de M. Mahmoudi concerne la politique étrangère de la Tunisie et ce domaine fait partie des prérogatives de la présidence », a souligné le palais de Carthage dans son communiqué dimanche soir. Début juin, Hamadi Jebali avait pourtant affirmé que l'extradition était une décision de justice qui pouvait se passer de la signature du président de la République.

Lundi, les bureaux politiques des trois alliés de la « troïka » au pouvoir devaient se réunir pour examiner l'affaire, que la présidence a annoncé vouloir porter devant l'Assemblée constituante.

Le ton semblait être à l'apaisement, notamment au sein du parti de Moncef Marzouki. « Il y a un malentendu qu'il ne faut pas exagérer », a déclaré un élu du CPR, Abdelwahab Maattar. « A-t-on vraiment intérêt dans la situation actuelle du pays de déclencher une crise ? Le président a raison d'être en colère, mais il faut encaisser cette fois-ci et préserver la troïka », a-t-il ajouté.

"Alliance stratégique"

« N'envenimons pas la situation », a pour sa part déclaré le porte-parole d'Ennahdha, Nejib Gharbi, qui a toutefois lâché : « je ne pense pas que la troïka soit menacée. C'est une alliance stratégique ».

Pour le politologue Ahmed Manaï, l'affaire laissera des traces mais ne devrait pas faire exploser l'alliance au sommet de l'État. « C'est principalement Moncef Marzouki et son image dans le pays qui en pâtiront. Il sait qu'il doit tout à Ennahdha, que son avenir politique en dépend et qu'il ne peut se la mettre à dos », a-t-il estimé.

(Avec AFP)

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