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25/06/2012 à 10:12
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L'ex-Premier ministre libyen Al-Baghdadi Al-Mahmoudi, le 24 juin 2012 à Tunis. L'ex-Premier ministre libyen Al-Baghdadi Al-Mahmoudi, le 24 juin 2012 à Tunis. © AFP

Le gouvernement tunisien a extradé vers la Libye, dans la plus grande discrétion, dimanche 24 juin, l'ex-Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi. Cette décision a déclenché la colère de la présidence, qui n'avait pas donné son aval à l'extradition de cet ancien proche de Mouammar Kaddafi.

C'est le premier affrontement à la tête de l'État tunisien. En décidant d'extrader en catimini l'ex-Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi vers Tripoli, où il a été immédiatement emprisonné, le gouvernement a déclenché une crise interne sans précédent avec la présidence, qui n'avait pas donné son aval à cette procédure d'extradition.

Al-Baghdadi Mahmoudi, âgé de 67 ans et incarcéré en Tunisie depuis le 21 septembre, « a été extradé ce matin (dimanche) », a déclaré Ridha Kazdaghli, porte-parole du chef du gouvernement tunisien, l'islamiste Hamadi Jebali.

D'après le Premier ministre libyen Abdel Rahim al-Kib, cet ancien proche de Mouammar Kaddafi se trouve à présent en prison en Libye. « À la suite d'intenses efforts diplomatiques déployés par le gouvernement intérimaire libyen (...), le gouvernement libyen a reçu aujourd'hui Baghdadi Mahmoudi », a-t-il indiqué. « L'accusé sera bien traité, en conformité avec les enseignements de notre religion et les normes internationales en matière de droits de l'Homme », a-t-il assuré.

Selon son avocat tunisien Mabrouk Kourchid, qui a dénoncé un « crime d'État », Baghdadi Mahmoudi « a été extradé par avion privé à 05H00 du matin ». L'ancien Premier ministre libyen était détenu à la prison de la Mornaguia près de Tunis. « Il était à l'isolement depuis une semaine et on ne pouvait plus lui rendre visite », a précisé Mabrouk Kourchid.

Le gouvernement tunisien n'a respecté « ni la loi, ni les règles humanitaires, ni les droits de l'homme », a-t-il poursuivi. « Le pire, c'est que la présidence n'était pas au courant », a-t-il également souligné. Dans un communiqué très virulent publié dimanche soir, la présidence tunisienne a dénoncé une « décision illégale », prise de façon « unilatérale et sans concertation ». Elle a accusé le chef du gouvernement tunisien d'être « sorti de ses prérogatives » et de « ternir l'image de la Tunisie ».

Extradition contestée

Le porte-parole du président tunisien Moncef Marzouki, Adnen Manser, avait souligné auparavant que le président n'avait pas signé le décret d'extradition et avait parlé d'une « crise grave ». Moncef Marzouki, du parti de gauche nationaliste Congrès pour la République (CPR), est l'un des deux alliés de gauche du parti islamiste Ennahdha qui domine le gouvernement et l'Assemblée constituante.

Il avait affirmé début juin « son opposition de principe » à l'extradition d'Baghdadi Mahmoudi, réclamant des garanties du côté libyen sur le respect des droits de l'homme ainsi qu'un procès équitable. Mais le chef du gouvernement tunisien, Hamadi Jebali, avait riposté en estimant que la décision d'extradition était « irrévocable » et ne nécessitait pas la signature du président de la République.

Premier ministre jusqu'aux derniers jours du régime Kaddafi, Baghdadi Mahmoudi avait été arrêté le 21 septembre en Tunisie alors qu'il cherchait à gagner l'Algérie. Il est resté incarcéré depuis, Tripoli ayant réclamé son extradition à deux reprises.

La justice tunisienne avait répondu favorablement à cette demande, mais l'extradition, contestée notamment par des associations de défense des droits de l'homme, était restée en suspens. L'ancien président par intérim, Fouad Mebazaa, n'avait lui jamais signé le décret d'extradition.

"Violation flagrante des droits de l'homme"

Les défenseurs tunisiens de l'ex-Premier ministre libyen ont rappelé que leur client avait fait une demande de statut de réfugié politique auprès du HCR (Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés) et que l'extradition intervenait avant la réponse de l'organisation internationale.

« C'est une violation flagrante des droits de l'homme et des conventions internationales, le gouvernement prouve par sa décision qu'il ne respecte pas les engagements internationaux de la Tunisie », a déclaré l'avocate Radhia Nasraoui.

« Ce gouvernement a tourné le dos à tout le monde afin de terminer cette affaire pour de l'argent, c'est vraiment honteux », a-t-elle accusé, rappelant que l'accord de principe entre Tripoli et Tunis était intervenu en mai, après une visite du Premier ministre libyen Abderahim el-Keib, au cours de laquelle plusieurs accords économiques avaient été signés.

« Un rapport d'une commission tunisienne, qui s'est rendue récemment à Tripoli, a conclu que les conditions d'un procès équitable étaient réunies », a souligné dans son communiqué le gouvernement pour justifier sa décision.

(AFP)

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