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22/06/2012 à 18:52
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Les tombes des sept moines français aux abords du monastère de Tibehirine en Algérie. Les tombes des sept moines français aux abords du monastère de Tibehirine en Algérie. © AFP

Un nouveau témoignage recueilli par le juge anti-terroriste Marc Trévidic met en cause le Département algérien du renseignement et de la sécurité (DRS) dans l’enlèvement et l’assassinat des moines français de Tibéhirine, en 1996. La thèse de la manipulation par les services secrets resurgit.

L’affaire des moines de Tibéhirine n’a pas fini d’empoisonner les relations franco-algériennes. En charge du dossier de l’instruction dans l’affaire de l’assassinat des sept moines français en 1996, le juge anti-terroriste Marc Trévidic aurait recueilli de nouveaux éléments pointant directement la responsabilité des services secrets algériens, a rapporté jeudi 21 juin le site d’information français Médiapart.

Si l’on en croit un témoignage versé au dossier d’instruction, c’est le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) qui aurait pris la décision du rapt pour améliorer ses relations avec l’État français en récoltant la gloire de la libération des moines. Selon la même source, des membres de la DRS auraient eux-mêmes assassinés les religieux pour éviter d’être suspectés.

Il y avait de nombreuses opérations en 1995 et 1996 pour faire croire à une vraie menace terroriste en Algérie.

L’auteur de ces allégations est un ancien agent du DRS de 1987 à 2001, aujourd’hui exilé en Écosse et qui s’appellerait Karim Moulai. Interrogé par Marc Trévidic le 22 mai dernier, celui-ci raconte : « Mon patron et moi-même nous sommes rendus de nombreuses fois dans les villes de Médéa et Blida avant l’enlèvement des moines. Il y avait de nombreuses opérations en 1995 et 1996 pour faire croire à une vraie menace terroriste en Algérie. Je pense que le plan de l’enlèvement des moines date de début 1996 ».

Chantage

Et d’ajouter : « Je sais que la décision finale d’enlever les moines a été prise ce 24 mars 1996 », soit deux jours avant l’opération, « lors d’une réunion au Centre territorial de recherche et d’investigation (CTRI) de Blida », à 50 kilomètres au sud-ouest d’Alger. Le patron de la DRS, le général Ahmed Kherfi, et son numéro deux, le général Smaïn Lamari (décédé en 2007), étaient présents, affirme le témoin cité par Médiapart.

Très détaillé, ce témoignage étaye les dires d’Abdelkader Tigha, un ancien officier lui aussi en exil, interrogé par Marc Trévidic le 10 novembre 2010, puis le 4 mai 2011. Celui-ci avait affirmé que l’enlèvement avait été confié à une cellule de terroristes dirigée par l’un des chefs du Groupe islamique armé (GIA), Djamel Zitouni. Le kidnapping aurait été réalisé par l’adjoint de ce dernier, Mouloud Azzout. Karim Moulai assure que tous deux étaient des agents du DRS.

« Les GIA ont enlevé les moines (. . .) les services secrets avaient organisé l'enlèvement (…) pour faire un chantage vis-à-vis de la France et jeter un discrédit sur les mouvements islamistes », avait déclaré Tigha en 2011. « Le but de l’enlèvement était de négocier avec la DST et la DGSE (les services secrets français, NDLR) dans l’optique d’améliorer les relations du DRS avec les autorités françaises. Cela donnerait aux Algériens plus de pouvoir, plus d’autorité », précise Karim Moulai.

Versions divergentes

Si les deux hommes s’accordent sur les raisons de l’implication des services secrets algériens, leurs versions respectives de la mort des moines divergent. Abdelkader Tigha l’imputait à un groupe dirigé par Abou Mossab, un rival de Zitouni au sein du GIA. Quant à Karim Moulai, selon Médiapart, il raconte que le jeu dangereux des services algériens a mal tourné. Les moines auraient été assassinés par des agents de la DRS, après qu’une tentative de négociation directe de la France, menée par Jean-Charles Marchiani (un proche de Charles Pasqua, à l’époque préfet du Var) a failli mettre au jour le double jeu présumé des services secrets algériens.

« Ils ont été tués parce que les autorités françaises ont envoyé un émissaire secret pour essayer de prendre contact avec le GIA pour s’assurer de la libération des moines. Il a essayé de parler directement avec Zitouni », a-t-il expliqué au juge. Très précis, l’ancien membre de la DRS explique que « dix personnes au moins », dont il cite les noms, ont participé à l’assassinat, commis le 26 ou le 27 avril.

Entendu le 10 avril dernier par le juge Trévidic, Jean-Charles Marchiani a confirmé avoir été envoyé par Jacques Chirac afin de négocier une rançon pour la libération des moines trappistes. Dédouanant les services secrets algériens, il impute cependant la mort des Français aux islamistes : « Le GIA s’est lancé dans une opération sans préparation et sans réflexion (…) Ils ont été dépassés par les événements. Ils ont eu de grands espoirs à la suite du canal de négociations que j’avais ouvert et ils ont été très déçus quand ce canal a été fermé. Ils ont réagi avec la même irréflexion que lorsqu’ils avaient enlevé les moines en les exécutant », assurait Jean-Charles Marchiani.
 

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