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22/06/2012 à 18:32
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Les naufrages des 'boat people' africains auraient fait au moins 1 500 morts en 2011. Les naufrages des "boat people" africains auraient fait au moins 1 500 morts en 2011. © AFP

Les associations de défense des droits de l'homme dénoncent le passage sous silence d'un accord passé entre l'Italie et la le Conseil national de transition libyen (CNT) sur la maîtrise de l'immigration et le contrôle des frontières. Et pendant que l'Union européenne s'interroge sur la conduite à tenir avec le nouveau régime de Tripoli, le drame des migrants continue.

C’est en toute discrétion que la ministre de l’Intérieur italienne, Annamaria Cancellieri, a signé le 3 avril dernier avec le Premier ministre libyen, Abderrahim el-Keib, un accord « en matière de sécurité, relatif au trafic des migrants et à leur retour volontaire dans leurs pays d’origine ». Mais le 14 juin, un rapport d’Amnesty International soulignait l’opacité de l’accord et demandait au gouvernement italien d’en publier les détails.

Selon Antonio Marchesi, professeur de droit international à l’Université de Teramo, le gouvernement a « l’obligation de publier la totalité de l’accord conclu en Libye dans un supplément au journal officiel ». Contacté à plusieurs reprises par Jeune Afrique, le ministère italien de l’Intérieur n’a fourni aucune explication. Simple négligence ou omission volontaire ? La publication de ce texte est en tout cas attendue avec impatience par les défenseurs des droits de l’homme, qui suspectent l’Italie de ne pas respecter les traités internationaux en la matière, notamment la Convention de Genève de 1951, relative au statut des réfugiés.

Partition solitaire

Amnesty International rappelle que l’Italie a déjà été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), en février 2012, pour avoir illégalement refoulé des migrants. En mai 2009, la Marine italienne n’avait en effet pas hésité à renvoyer contre leur gré 11 Somaliens et 13 Érythréens vers les côtes libyennes – et donc vers un danger avéré de maltraitances ou de persécutions. Les autorités avaient affirmé procéder à une opération de sauvetage, sans prévenir les 24 migrants qu’ils étaient en réalité ramenés sur leur lieu d'embarquement.

Mais la tendance de l’Italie à jouer une partition « en solo » avec la Libye ne fait que souligner l’urgence de la situation migratoire et l’insuffisance des efforts actuels du Vieux continent. Si l’Union européenne (UE) a apporté son soutien à l’appel lancé le 16 mai dernier par le ministre italien des Affaires étrangères, Giulio Terzi, pour mettre en place avec la Libye une stratégie commune de contrôle des frontières, la réalité est encore loin d’être maîtrisée.

En mars dernier, l’UE a voté une aide de 30 millions d’euros à la Libye pour faire face, entre autres, au problème « urgent » posé par l’immigration clandestine. Mais ces subsides semblent très insuffisants au regard de la désorganisation qui règne à la frontière du sud libyen. Il y a urgence : le colonel libyen Abdelhakim indiquait fin avril sur les ondes de Radio France International (RFI) que plus de 1 000 candidats à l’immigration se présentaient chaque jour à l'oasis de Sebha, première grande ville du Sud de la Libye sur la route des migrants.

Les damnés de la mer

Un véritable flot humain – dont nombre de femmes et d'enfants – tente d’atteindre les côtes européennes à bord d’embarcations de fortune depuis les côtes libyennes. Les naufrages de ces « boat people » auraient fait au moins 1 500 morts en 2011. « Et encore, les chiffres sont volontiers sous-estimés par l'Europe, commente Olivier Clochard, président de l'association Migreurope. Le bon chiffre se situe plutôt autour de 2 000 morts pour l'année 2011». Selon le suivi établi par l'association United Against Racism, près de 200 migrants au moins ont déjà péri en mer depuis le début de l'année 2012.

Selon un rapport de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), daté du 19 juin, « les migrants et réfugiés qui se trouvent en Libye aujourd’hui font l’objet de graves violations de leurs droits fondamentaux ». Les Subsahariens en particulier sont régulièrement victimes de persécutions, car assimilés aux mercenaires engagés par le régime de Kaddafi pendant la guerre civile, de février à octobre 2011. Et les femmes sont particulièrement exposées aux violences sexuelles durant leur voyage.

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