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20/06/2012 à 17:19
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Une oasis de la région de Ouarzazate, au Maroc, le 13 juin 2012. Une oasis de la région de Ouarzazate, au Maroc, le 13 juin 2012. © AFP

L’une des plus belles et plus vastes oasis marocaines, située dans le Haut-Atlas, pourrait être à sec dans les prochaines années si l’exploitation non contrôlée des sources d’eau qui l’alimentent se poursuit. Un cas exemplaire de stress hydrique au moment où se tient le sommet de Rio+20.

« J'ai creusé quatre puits avant de trouver l'eau. Autour de moi, les voisins n'ont pas d'eau. Avant, il y en avait partout. C'est la volonté de Dieu », déplore Moha M'barek, agriculture octogénaire né dans l’oasis. Nichée dans les montagnes du Haut-Atlas marocain, la vaste oasis d'Errachidia est aujourd'hui menacée par l'exploitation irraisonnée des points d'eau qui lui donnent vie depuis des millénaires.

« L'eau a beaucoup baissé. Dieu seul sait pourquoi », ajoute le patriarche de la famille M’barek, cultivateurs de maïs et dépendants d’un puits qu’ils gardent jalousement. Ils vivent à quelques encablures d'une route goudronnée qui sillonne l'oasis de Goulmima, près d'Errachidia.

Autrefois Errachidia s'appelait « Ksar Souk ». Cette ville de 200 000 âmes est le chef-lieu de la province, connue pour la beauté et la richesse de ses oasis nichées dans un cadre montagnard aride, proche d'un désert qui s'étend jusqu'au Sahara occidental.

La répartition de l'eau dans l'immense oasis aujourd'hui menacée d'assèchement se faisait via les khattaras, un système d'irrigation séculaire assuré par la pratique des tours d'eau, et géré par les habitants selon des rites berbères ancestraux. Ce système permettait de maintenir un débit d'eau régulier tout au long de l'année.

Mais avec les années soixante-dix et l'arrivée des pompes à eau, les agriculteurs ont peu à peu asséché la nappe phréatique. Les champs cultivés et verdoyants sont devenus des terrains vagues abandonnés par les habitants de l'oasis. « Les traces des champs... vous voyez comme ils sont grands. Ca veut dire qu'il y avait beaucoup d'eau », s'indigne Lahcen Kabiri, professeur en géosciences de l'environnement à la faculté d'Errachidia.

Désastre écologique

Les pompes à eau installée sur des puits individuels sont responsables de l'assèchement de la nappe, ajoute le chercheur au milieu d'un immense terrain entouré de quelques palmiers à moitié desséchés.

Selon M. Kabiri, cette situation « pourrait évoluer vers une véritable catastrophe écologique compte tenu du rôle des oasis dans la lutte contre la désertification ».

« Si la nappe s'épuise, alors tout ce qui est en aval va être dans une situation dramatique. On va se retrouver avec un désastre écologique jamais vu », s'inquiète-t-il. Habitants et autorités locales prennent de plus en plus conscience des menaces qui pèsent sur cette oasis, parmi les plus vastes du Maroc. Dans la petite palmeraie d'Izilf, au coeur de l'oasis, quelques agriculteurs décident de faire face collectivement à ce problème.

« Nous avons créé une coopérative pour gérer l'eau collectivement. Sinon, tout ce que vous voyez autour de vous n'existerait plus. Il n'y aurait plus rien, tout serait mort, séché », prévient Moha Bousseta, le président de la coopérative d'eau d'Izilf.

Pour les habitants de la région d'Errachidia, pour la plupart des Berbères, la gestion de l'eau est « non seulement un enjeu écologique majeur, mais c'est une question de vie ou de mort », conclut M. Kabiri.

Comme pour faire écho à ce signal d'alerte, le sujet du stress hydrique et de la gestion de l'eau est au menu du sommet de Rio+20, qui se tient du 20 au 22 juin à Rio de Janeiro, au Brésil. Plus de 130 chefs d'État et de gouvernement, ainsi qu’environ 50 000 chefs d'entreprise, des militants, et des scientifiques, sont attendus pour y participer.

(avec AFP)

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