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15/06/2012 à 18:43
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Agonisant, Hector Pieterson porté dans les bras par son camarade Mbuyisa Makhubu. Agonisant, Hector Pieterson porté dans les bras par son camarade Mbuyisa Makhubu. © D.R.

Au départ, une simple manifestation d’élèves pour protester contre une décision administrative. À l’arrivée, un massacre qui va choquer la conscience universelle et affaiblir le système d’apartheid. Récit de la journée de révolte du 16 juin 1976 à Soweto. Et du crime contre l'humanité commis par les autorités sud-africaines de l'époque.

Mercredi 16 juin 1976, 8 heures du matin. Comme prévu trois jours plutôt, des milliers d’élèves de Soweto, grande banlieue située à quelques kilomètres au sud de Johannesburg, se rassemblent devant l’école Morris Isaacson. À l’appel de leur leader, Tsietsi Mashinini, ils veulent en cette période d’examens manifester contre la décision du gouvernement  d’imposer l’afrikaans, la langue des Boers qui ont instauré l’apartheid depuis 1949, pour l’enseignement de certaines matières (la géographie, les mathématiques, l’histoire). Pour les jeunes Noirs de Soweto, il n’est pas question d’accepter cette mesure discriminatoire. Depuis trois semaines, des élèves du lycée technique de Phefeni observent déjà une grève.

Devant l’école Morris Isaacson, la foule des manifestants enfle. Combien sont-ils ? Plusieurs milliers. Sur les banderoles qu’ils déploient, on peut lire leur opposition à l’afrikaans. Ce matin, ils comptent marcher dans tout Soweto, avant de se retrouver au stade d’Orlando. Mais la police n’est pas disposée à les laisser faire. Armée jusqu’aux dents, elle a déjà investi les rues. Et donne aux manifestants l’ordre de se disperser. Refus. Dans un premier temps, les policiers lâchent les chiens sur la foule. Ensuite, pour amplifier la panique, ils lancent des grenades lacrymogènes, avant de tirer à balles réelles. Première victime : Hector Pieterson, un garçon de treize ans, atteint dans le dos. Un photographe, Sam Nzima, immortalise le moment où Pieterson, agonisant, est porté dans les bras par son camarade Mbuyisa Makhubu, le visage ravagé par la douleur.

Champ de bataille

À l’heure du bilan, il sera question de 575 morts. Un chiffre, de toute évidence, en deçà de la réalité.

Cette photo fera le tour du monde pour montrer, à une communauté internationale hypocrite, la violence de l’apartheid. La mort d’Hector Pieterson met le feu à Soweto. Les élèves sont rejoints par d’autres habitants du township qui se transforme, en un clin d’œil, en un véritable champ de bataille où s’affrontent une armée et une police suréquipées et une population dont les seules armes, celles de la colère, se résument à quelques cailloux et des bricoles.

L’émeute gagne Soweto malgré la répression sauvage et aveugle à laquelle se livre le gouvernement. Elle s’étend à d’autres banlieues noires autour de Johannesburg et, très vite, à quasiment  l’ensemble du pays. Fait significatif, des étudiants et élèves blancs manifestent à leur tour au centre de Johannesburg et expriment leur solidarité aux émeutiers de Soweto où les forces de sécurité continuent à faucher des vies. Le 21 juin on parle, officiellement, de 140 morts, dont deux Blancs. À l’heure du bilan, il sera question de 575 morts. Un chiffre, de toute évidence, en deçà de la réalité. Face à l’ampleur du drame, le régime de John Vorster est contraint de retirer la circulaire sur l’afrikaans.

Les événements de ce 16 juin 1976 se déroulent à un moment où le gouvernement raciste sud-africain a brisé l’opposition noire dont les principaux leaders, à l’instar de Nelson Mandela, sont en prison depuis de nombreuses années ou en exil. Face à ce vide, des syndicats et quelques organisations d’étudiants et d’élèves essayent, à leurs risques et périls, de résister à un système qui les réduit à une condition de sous-hommes, sans droits, condamnés à obéir à l’ordre blanc.

Libération

Parmi les organisations étudiantes qui s’imposent, on trouve d’abord l’African Students Movement, fondée en 1968. En 1972, elle devient South African Students Movement (SASM), qui se transformera ensuite en South African Student’s Organisation (SASO), avec une branche lycéenne. La coordination des activités de la SASO est assurée par la Black Consciousness, le mouvement de la Conscience noire, à caractère politique et dont le leader s’appelle Steve Bantu Biko (il mourra en détention en 1977). L’idéologie de la Black Consciousness est claire : si les Noirs veulent se libérer politiquement du système d’apartheid, ils doivent commencer par ne plus se sentir inférieurs aux Blancs.

Dix-sept ans plus tard, l’apartheid rend l’âme.

C’est ce que les lycéens de Soweto ont mis en pratique ce 16 juin 1976, en brandissant le poing vers le ciel et en évoquant le pouvoir noir. La répression qui s’abat sur eux ne les fait pas reculer. Elle touche le monde entier au point que les pays occidentaux, jusque-là englués dans une sorte de double jeu consistant à condamner l’apartheid du bout des lèvres tout en coopérant avec l’Afrique du Sud, acceptent que le Conseil de sécurité de l’ONU décrète, en 1977, un embargo sur la vente d’armes à ce pays. Au moment de la révolte des jeunes Noirs, la situation de Soweto est la suivante : 1 million d’habitants dont 54 % au chômage, des logements trois pièces qui contiennent en réalité plus du double, 86 % des logements sans électricité et 93 % sans aucune installation sanitaire, quatre heures de trajet quotidien pour les travailleurs… Dix-sept ans plus tard, l’apartheid rend l’âme.

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Par Tshitenge Lubabu M.K.
 

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