Extension Factory Builder
15/06/2012 à 19:23
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des manifestants égyptiens protestent contre l'armée, le 15 juin 2012 sur la place al-Tahrir. Des manifestants égyptiens protestent contre l'armée, le 15 juin 2012 sur la place al-Tahrir. © AFP

En Égypte, la transition vers la démocratie semble en péril, après l’invalidation des élections législatives remportées en novembre par les forces islamistes, et le maintien de la candidature à la présidentielle d‘Ahmed Chafiq, l’ancien Premier ministre d’Hosni Moubarak.

Coup d’État contre la démocratie. Telle semble être la position d’une très grande partie des forces politiques égyptiennes, suite au deux décisions controversées de la Haute cour constitutionnelle. Encore une fois, le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige la transition politique du pays depuis plus d’un an et demi, est dans le viseur.

La mise hors-jeu de l’Assemblée nationale pourrait en effet permettre aux militaires de récupérer le pouvoir législatif, comme c’était le cas entre février 2011 et l’entrée en fonction du Parlement égyptien, en février 2012.

L’armée pointée du doigt

Les militaires, considérés à la chute de Moubarak comme les protecteurs du peuple, sont aujourd'hui les ennemis jurés des jeunes révolutionnaires. Ces derniers mois, les affrontements entre les deux camps se sont intensifiés. Début mai, au pied du ministère de la Défense, de véritables combats de rue ont opposé des manifestants à des militaires et des petites frappes de l’ancien régime. Bilan : des dizaines de morts, et une centaine d’arrestations arbitraires.

« Le scénario de la contre-révolution est clair à travers une série d’épisodes passant par les acquittements dans le procès de Moubarak, la décision de donner à la police militaires et aux renseignements militaires le pouvoir d’arrêter les civils, et enfin l’invalidation du Parlement », a ainsi fait savoir un collectif de partis de gauche, laïcs et libéraux, dans un communiqué, qui précise également que « toutes ces mesures démontrent que le CSFA est déterminé à reproduire l'ancien régime et que la présidentielle n'est qu'une mauvaise comédie visant à permettre au CSFA de renforcer son emprise sur les rouages de l'État et de les mettre au service du candidat de l'ancien régime, Ahmed Chafiq

Une opinion partagée par des observateurs plus objectifs, comme Khalil al-Anani, spécialiste du Moyen-Orient à l’université britannique de Durham : « ce qui se passe fait partie du plan global de transition mis au point par les militaires, qui essaient depuis près d’un an et demi d’absorber le choc de la révolution. »

Pour Matthieu Guidère, spécialiste du monde musulman à l’université de Toulouse, en France, les derniers évènements venus rythmer la transition politique égyptienne relèvent « avant tout d'une stratégie politique pensée de façon sérieuse par l'institution militaire, qui essaie de garder la totalité des options ouvertes quel que soit le résultat de la présidentielle. »

Un second tour maintenu

Dans une déclaration reproduite par l'agence de presse officielle Mena, l’armée a fait savoir qu'elle ferait « fermement face à quiconque empêcherait les citoyens de choisir le futur président de l'Égypte ». Elle a aussi annoncé le déploiement de 150 000 militaires pour assurer la sécurité dans plus de 13 000 bureaux de vote à travers le pays.

Pour inciter les 50 millions d'électeurs à se rendre aux urnes, les autorités ont décrété samedi et dimanche jours fériés. Le ministère de l'Intérieur a par ailleurs annoncé un plan de sécurité draconien pour prévenir d'éventuels troubles.

Le candidat des Frères musulmans à l’élection présidentielle dont le second tour doit avoir lieu les 16 et 17 juin, Mohamed Morsi, a annoncé qu’il respectait la décision de la Cour, qui a aussi invalidé une loi privant les piliers de l’ancien régime de leurs droits civiques. Permettant ainsi à Ahmed Chafiq, le dernier Premier ministre de Moubarak, d’être le numéro deux d’un scrutin considéré comme historique.

L’ancien commandant en chef de l’armée de l’air fait campagne en promettant le rétablissement de la sécurité. Ces derniers jours, il a également multiplié les promesses de « reconstruire un État et une économie modernes », de « lancer des grands projets pour résorber le chômage » et de « garantir les libertés individuelles et de la presse. »

(Avec AFP)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Egypte

Gaza : vers un accord a minima entre Israël et les Palestiniens ?

Gaza : vers un accord a minima entre Israël et les Palestiniens ?

Israéliens et Palestiniens se sont mis d'accord lundi soir sur la prolongation de vingt-quatre heures du cessez-le-feu en vigueur à Gaza. Cette décision adoptée in extremis, peu avant l'expiration de la[...]

Égypte : trois morts dans des heurts en marge de manifestations pro-Morsi

Trois personnes ont péri vendredi en Égypte dans des heurts en marge de manifestations des partisans du président déchu Mohamed Morsi, a affirmé un responsable de la sécurité, au[...]

Égypte : trois morts dans la répression de la commémoration des massacres de 2013

Au moins trois personnes ont été tuées jeudi au Caire en marge de manifestations des partisans du président déchu Mohamed Morsi qui ont peiné à mobiliser à l'occasion du[...]

Fatma, survivante de Rabaa : "Il y avait du sang partout"

Il y a un an, les autorités égyptiennes dispersaient dans le sang deux sit-ins en soutien à Mohamed Morsi, sur les places Nahda et Rabaa. Une répression d’une rare violence que HRW a[...]

Sissi et le massacre de Rabaa al-Adawiya, le Tian'anmen égyptien

Selon l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, la tuerie de Rabaa al-Adawiya, perpétrée il y a tout juste un an contre des partisans des Frères musulmans, est[...]

Gaza : prolongation de la trêve pendant cinq jours

Après de nouveaux raids aériens sur Gaza en riposte à des tirs de roquettes, l'Égypte a annoncé mercredi soir la prolongation pour une durée de cinq jours de la trêve entre[...]

Égypte : un an après, Sissi veut tourner la page des massacres d'août 2013

Le 14 août 2013, une répression terrible s’est abattue sur les partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi. Un an après, le maréchal au pouvoir, Abdel Fattah al-Sissi, veut[...]

Répression des Frères musulmans : deux dirigeants de HRW interdits de séjour en Égypte

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a annoncé lundi que deux de ses directeurs ont été interdits d'entrer en Égypte où ils devaient présenter un rapport sur la sanglante répression[...]

DP World en pleine tourmente sur le continent

Alors qu'il aligne les bonnes performances à travers le monde, en Afrique, le troisième opérateur portuaire mondial collectionne les ennuis et les scandales. Le dernier en date, à Djibouti,[...]

L'Égypte finit d'éradiquer les Frères musulmans de la scène politique

L'Égypte a achevé samedi d'éradiquer les Frères musulmans de la scène politique en prononçant la dissolution de leur branche politique plus d'un an après que l'armée a[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers