Extension Factory Builder
13/06/2012 à 19:25
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Bilal Ag Achérif dans son bureau de Gao, au Nord-Mali. Bilal Ag Achérif dans son bureau de Gao, au Nord-Mali. © Baba Ahmed, pour J.A.

Exclusif. L’ex-secrétaire général du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA, rébellion touarègue), Bilal Ag Achérif, est depuis le 7 juin président du nouveau Conseil transitoire de l’État de l’Azawad (CTEA). Il s’est fixé au Mali en août 2010, après de nombreux allers et retours entre la région de Kidal et la Libye, où il a obtenu une maîtrise en économie. Âgé de 35 ans, parlant parfaitement l’arabe et l’anglais, l’enfant de l’Adagh (région montagneuse de Kidal) nous a reçu longuement dans son bureau de l’ancien gouvernorat de la ville de Gao. Interview.

Jeune Afrique : Pourquoi le protocole d’accord signé le 26 mai entre le MNLA et Ansar Eddine a-t-il fait long feu ?

Bilal Ag Achérif : Les deux groupes ont signé cet accord dans le but d’officialiser leurs relations car nous avons chassé ensemble l’armée malienne de l’Azawad, nous nous sommes coordonné avant même le 17 janvier [début des attaques de la rébellion, NDLR]. L’accord du 26 mai a été signé pour notre intérêt commun et la sécurité de l’Azawad. Mais on s’est vite rendu compte que certains leaders ne l’ont pas bien compris. Le manque de communication a laissé certains cadres croire que nous étions tombés dans le terrorisme ou le salafisme. Mais le dialogue continue, et l’accord reste d’actualité.

Si les discussions continuent, pourquoi n’y a-t-il pas de membres d’Ansar Eddine dans votre conseil transitoire ?

Ansar Eddine n’a pas voulu participer car, après la signature de l’accord, il y a eu des divergences sur le calendrier des activités. Iyad Ag Ghali [chef d’Ansar Eddine, NDLR], avec qui nous avons défini les axes de notre future Constitution, voulait commencer tout de suite par élaborer son texte. Mais selon nous, cela aurait fait perdre du temps. Il faut d’abord former ce conseil transitoire de l’État de l’Azawad (CTEA), et c’est lui qui mènera les discussions avec les médiateurs, tout en élaborant la Constitution.

Sur quels principes sera basé cette Constitution ?

Notre Constitution sera basée sur le Coran ainsi que sur d’autres principes issus des traités internationaux qui ne vont pas à l’encontre de l'islam.

Elle sera basée sur le Coran tel qu’interprété par l’imam Malick ainsi que sur d’autres principes issus des traités internationaux qui ne vont pas à l’encontre de la religion. Le peuple de l’Azawad est musulman à 100%, et c’est un islam modéré. Les gens ont toujours réglé leurs problèmes chez les imams et les cadis de la ville avant d’aller à la police ou devant la justice du Mali. Nous avons juste officialisé sur le papier la réalité des Azawadiens. Donc nous ne sommes pas laïques ni extrémistes mais modérés. Le mot « laïque » n’a jamais été écrit dans aucun document officiel du MNLA. Ceux qui disent que l’Azawad est laïque ne connaissent pas la réalité du terrain.

Des combattants vous ont abandonné pour rejoindre Ansar Eddine. Cela ne risque-t-il pas de vous affaiblir ?

Certains combattants du MNLA ont rejoint Ansar Eddine et vice-versa. D’ailleurs, à Tombouctou, certains de nos hommes qui étaient partis sont revenus le lendemain de la signature de l’accord du 26 mai, grâce au rapprochement entre les deux groupes. Ces mouvements de personnes ne nous font pas peur car Ansar Eddine, le MNLA, le Mujao [Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest, NDLR] et le FNLA [Front national de libération de l'Azawad, NDLR] sont tous de l’Azawad et aiment leur patrie.

Combien de combattants appartiennent au MNLA ?

Nous les estimons à 10 000. Ce chiffre comprend les volontaires, ceux qui sont actuellement en formation et les combattants aguerris.

Est-ce que le MNLA est d’accord pour négocier une fédération au sein du Mali ?

Pourquoi ? Le MNLA a chassé le Mali de l’Azawad, que nous considérons désormais comme indépendant. Depuis 50 ans, le Mali n’a pas fait un hôpital digne de son nom ni de routes bitumées, aucune université, donc pourquoi voulez-vous qu’on soit encore avec le Mali ?

Est-ce que vous êtes en contact avec le gouvernement malien ?

Nous n’avons aucun contact direct avec le gouvernement malien, car nous ne sommes pas de la même famille. C’est un conflit régional et international, nous passons par des pays médiateurs.

Quels sont les pays qui vous soutiennent ?

Les pays suivent leurs intérêts. Aujourd’hui, l’intérêt des pays voisins réside dans la sécurité et la stabilité de l’Azawad. Depuis 50 ans, le Mali a échoué sur ces deux plans. Les puissances mondiales comme la France et d’autres ne sont pas contre notre indépendance, et leurs déclarations hostiles ont été dictées par des considérations politiques.

Nous sommes en guerre avec le Mali car ce pays n’a pas encore déclaré le cessez-le-feu demandé par l’ONU.

Est-ce que le MNLA est prêt à combattre Aqmi ?

Nous sommes en guerre avec le Mali car ce pays n’a pas encore déclaré le cessez-le-feu demandé par l’ONU. Notre priorité aujourd’hui, c’est d’avoir une politique claire vis-à-vis du Mali et de la communauté internationale. Ensuite, il s’agira de régler le problème de la sécurité et de la stabilité de l’Azawad. Nous prendrons alors part aux combats régionaux et internationaux, et Aqmi est un problème international.

Votre allié, Ansar Eddine, ne cache pas sa proximité avec Aqmi. Cela ne vous pose-t-il pas un problème ?

Certains combattants d’Aqmi, notamment des jeunes chômeurs, ont été enrôlés par Aqmi. Je pense qu’Ansar Eddine peut obtenir d’Aqmi qu’il quitte l’Azawad, car sa présence nuit à nos intérêts. Ansar Eddine a compris cela. Mais Aqmi ne nous fait pas peur.

Si l’ONU envoie une force militaire au Nord-Mali, est-ce que le MNLA fera appel à Ansar Eddine et Aqmi pour la repousser ?

Le MNLA accepte Ansar Eddine à ses côtés, pas Aqmi. Et si Ansar Eddine fait appel à Aqmi, c’est son problème. Et c’est aussi celui des gens qui ont laissé ce groupe venir s’installer ici, qui lui ont donné de l’argent [sous forme de rançons pour la libération d'otages, NDLR]. C’est comme cela qu’Aqmi est devenu puissant.

________

Propos recueillis par Baba Ahmed, envoyé spécial à Gao

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Mali : l'armée accusée d'avoir exécuté neuf personnes à Tin Hama

Mali : l'armée accusée d'avoir exécuté neuf personnes à Tin Hama

Des combats entre les rebelles de la CMA et l'armée malienne ont eu lieu jeudi matin à Tin Hama, près d'Ansongo, dans le nord-est du Mali. Dans un communiqué, les rebelles accusent les soldats maliens d[...]

Les femmes africaines peinent à percer le plafond de verre

Éducation, travail, indépendance... Malgré de timides avancées, le statut des femmes n'a que peu progressé en Afrique, selon les participantes du 5e forum social d’Essaouira, au Maroc, du[...]

Deux importants chefs jihadistes tués dans le nord du Mali par l'armée française

Le ministère français de la Défense a affirmé mercredi dans un communiqué avoir neutralisé deux importantes figures du jihadisme dans le nord du Mali : Abdelkrim al-Targui et Ibrahim Ag[...]

Mali : le chef jihadiste Abdelkrim al-Targui tué par l'armée française

Abdelkrim al-Targui, l'un des principaux chefs d'Aqmi, a été tué dans la nuit de dimanche à lundi par l'armée française dans le nord-est du Mali. Plusieurs autres jihadistes ont[...]

Mali : un blessé dans une attaque contre la Minusma à Bamako

Un gardien d'une résidence de la Minusma à Bamako a été blessé par balle, mercredi, par un homme armé qui a réussi à prendre la fuite, abandonnant sur place deux grenades[...]

Le Mali parviendra-t-il à sceller son accord de paix ?

Officiellement signé le 15 mai à Bamako par le gouvernement, l'accord de paix n'est pas encore définitivement scellé au Mali. Les rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) souhaitent[...]

Mali : trois militaires maliens tués près de Tombouctou

Trois soldats maliens ont été tués lundi matin près de Tombouctou, lors d'une attaque menée par les rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad. [...]

L'ONU accuse le Mali de manquer de reconnaissance pour ses "sacrifices"

Le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, s'est insurgé samedi à Bamako contre un manque de reconnaissance des autorités maliennes envers la force internationale dans[...]

Le jihadiste français Gilles Le Guen condamné à huit ans de prison

Le Français avait rejoint les rangs d'Aqmi au Mali. Il a été condamné vendredi par le tribunal correctionnel de Paris à huit ans de prison ferme.[...]

Mali : Rokia Traoré, l'afro-optimiste

Invitée à siéger au jury du Festival de Cannes, qui se tient du 13 au 24 mai, la chanteuse et musicienne malienne n'en finit pas de se battre pour faire avancer son continent, en gardant un pied[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers